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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 20:52

 

 

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http://agora.qc.ca/Dossiers/Humanisme

  

Humanisme

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Définition

L’humanisme est une vision du monde où tout gravite autour de l’homme comme tout gravitait autour de Dieu dans la vision antérieure en Occident. Ainsi défini, l’humanisme est le produit d’une révolution copernicienne inversée: l’homme, auparavant satellite de Dieu, devient l’astre central.


Les humanistes à la Renaissance, ces hommes qui redécouvraient l’Antiquité avec enthousiasme, n’avaient pas achevé ce renversement. L’homme pouvait prendre plus de place dans la pensée et dans les arts sans se substituer à Dieu au centre de tout. Les figures humaines sculptées par Donatello, peintes par Holbein ou décrites par Thomas More ne se prennent nullement pour des dieux. Elles ne sortent pas de leur orbite. Dans leur nudité, dans leur vérité, elles inspirent au contraire la compassion. On est surtout frappé par leur humilité.


Cet humanisme renaissant est un humanisme chrétien. L’homme s’observe et se représente lui-même, mais à la lumière du Dieu dont il s’est distingué depuis le Moyen Âge, avec pour lui-même autant de compassion que d’admiration. La révolution copernicienne inversée s’accomplira plus tard, avec Kant.


Elle est accomplie quand Napoléon rencontre Goethe à Erfurt en 1808. Le maître des hommes dit au maître de leur esprit : «Vous êtes un Homme» (autre interprétation, il aurait dit de Goethe: «Voilà un Homme». Ce mot a inspiré le commentaire suivant à Paul Valéry: «Vous êtes un Homme. Un Homme? C’est-à-dire une mesure de toutes choses et c’est-à-dire un être auprès duquel les autres ne sont que des ébauches et des fragments d’hommes, des hommes à peine, car ils ne mesurent pas toutes choses comme nous le faisons vous (Goethe) et moi (Napoléon).»

L’homme ici n’est pas seulement la pyramide qui sert à mesurer les ombres à ses pieds, il est aussi le soleil qui éclaire la pyramide.


Valéry emprunte l’expression mesure de toutes choses à Protagoras, l’auteur de cet aphorisme souvent cité dans les discussions sur l’humanisme: «L’homme est la mesure de toutes choses, de celles qui sont pour ce qu’elles sont, et de celles qui ne sont pas pour ce qu’elles ne sont pas.»


Pour Platon et Aristote, qui ont été parmi les premiers à le commenter, cet aphorisme équivaut, au sujet de la connaissance, à une prise de position que nous qualifierions de relativiste ou de subjectiviste: l’être n’est rien d’autre que ce qui est appréhendé par la connaissance sensible ou intellectuelle de l’homme. Pour l’un et l’autre de ces grands philosophes, ce n’est pas l’homme mais Dieu qui est la mesure de toutes choses.


Au début du XXe siècle, le philosophe écossais F.C.S. Schiller, auteur de Humanism, Philosophical Essays, s’inspirera de l’aphorisme de Protagoras pour soutenir que la vérité ou la fausseté dépendent de ce à quoi l’on tend, que toute connaissance est subordonnée à la nature humaine et à ses besoins fondamentaux. Ceux qui soutiennent que les valeurs au centre de notre éthique ne peuvent être que le contenu d’un consensus auquel nous accédons par le dialogue sont aussi des disciples de Protagoras.

Valéry écrit le mot Homme avec une majuscule. C’est pour lui l’homme accompli qui est la mesure de toutes choses et non pas l’homme quelconque dont parle Protagoras. L’éloge qu’il fait de Goethe est une apothéose. On peut comprendre qu’il divinise Goethe, mais quand il fait le même honneur à Napoléon, on est amené à penser qu’il partage au fond les vues de Protagoras: l’homme accompli n’existe pas hors de la conception qu’en a Paul Valéry. Si un jour un homologue de Valéry présente Hitler comme un être accompli et s’il suscite un consensus autour de son opinion, que pourra-t-on lui objecter?

Nous nous rapprochons par là de l’humanisme défini comme une «conception générale de la vie (politique, économique, éthique) fondée sur la croyance au salut de l’homme par les seules forces humaines» (Denis de Rougemont). Dans cette perspective, le néo-libéralisme qui préside à l’actuelle mondialisation est un humanisme, comme hier le marxisme.

Même si, historiquement, l’humanisme s’est défini par opposition à une vision du monde théocentriste, on l’invoque parfois pour marquer la différence entre l’homme et l’animal et la supériorité du premier sur le second.


Dans le langage courant, le mot humanisme est souvent utilisé pour désigner tout ce qui est humain par opposition à ce qui est inhumain. Dans ce contexte, on utilise l’expression «à la mesure de l’homme», laquelle, il faut le préciser, n’a rien à voir avec l’aphorisme de Protagoras. Une ville à la mesure de l’homme est une ville où l’homme ne se sent pas écrasé par des édifices d’une taille disproportionnée par rapport à la sienne. Cette mesure de l'homme, les Anciens en ont donné l'exemple: d'où cet autre sens du mot humanisme: méthode de formation intellectuelle basée sur les humanités.

On ne soulignera jamais trop l’ambiguïté du mot humanisme.

Enjeux

«Jusqu’ici les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, ce qui importe c'est de le transformer.» Cette pensée de Marx, qui résume la modernité, explique aussi l’impasse dans laquelle l’humanité se trouve en ce moment. Transformer le monde soit, mais quelle forme lui donner? La nôtre, de toute évidence, celle de l’être humain que nous sommes ou, ce qui revient au même, une forme quelconque que nous aurions imaginée à partir de ce que nous sommes. Mais que sommes-nous justement, quel est cet être humain qui transforme le monde? S’agit-il de l’homme accompli que Napoléon a reconnu en Goethe ? Il s’agit plutôt de ces milliards d’individus faits de désirs dont la variété et l’intensité sont sans limites. Bien entendu, cet ensemble d’individus entend assurer son salut par ses propres forces. Voilà pourquoi l’humanité est engagée dans une croissance à laquelle elle ne peut imposer de limite, même si la nécessité d’une limite devient chaque jour plus manifeste. Un être informe qui transforme le monde en se prenant lui-même comme modèle ne peut que rendre le monde informe.

Essentiel

Où l’homme informe, réduit à lui-même, trouvera-t-il la forme qui lui servira de modèle et l’énergie, l’inspiration dont il aura besoin pour se rapprocher de son modèle?


Voici d'abord un passage de Mein KampfHitler soutient que l'homme doit chercher son modèle dans un univers dominé par la force: «l'homme ne doit jamais tomber dans l'erreur de croire qu'il est seigneur et maître de la nature…Il sentira dès lors que dans un monde où les planètes et le soleil suivent des trajectoires circulaires, où des lunes tournent autour des planètes, où la force règne partout et seule en maîtresse de la faiblesse, qu'elle contraint à la servir docilement ou qu'elle brise, l'homme ne peut pas relever de lois spéciales» .


Et voici le commentaire de Simone Weil: «Hitler a très bien vu l'absurdité de la conception du XVIIIe siècle encore en faveur aujourd'hui, et qui d'ailleurs a sa racine dans Descartes. Depuis deux ou trois siècles, on croit à la fois que la force est maîtresse unique de tous les phénomènes de la nature, et que les hommes peuvent et doivent fonder sur la justice, reconnue au moyen de la raison, leur relations mutuelles. C'est une absurdité criante. Il n'est pas concevable que tout dans l'univers soit soumis à l'empire de la force et que l'homme y soit soustrait, alors qu'il est fait de chair et de sang et que sa pensée vagabonde au gré des impressions sensibles. Il n'y a qu'un choix à faire. Ou il faut apercevoir à l'œuvre dans l'univers, à côté de la force, un principe autre qu'elle, ou il faut reconnaître la force comme maîtresse et souveraine des relations humaines aussi.


«Dans le premier cas, on se met en opposition radicale avec la science moderne telle qu'elle a été fondée par Galilée, Descartes et plusieurs autres, poursuivie notamment par Newton, au XIXe, au XXe siècle. Dans le second on se met en opposition radicale avec l'humanisme qui a surgi à la Renaissance, qui a triomphé en 1789, qui sous une forme considérablement dégradée a servi d'inspiration à la IIIe République».

Pour apercevoir dans l’univers un principe autre que la force il faudrait, comme s’est efforcée de le faire Simone Weil, pouvoir réanimer, en tenant compte de la science actuelle, l’une ou l’autre des visions anciennes du monde où dominait la certitude que le monde, le macrocosme, possède une forme telle que l’homme puisse en faire son modèle et sa source d’inspiration.

Documentation

Heidegger, Martin, Lettre sur l'humanisme,Traduction et présentation de Roger Munier. Nouv. éd. revue, Paris, Aubier, Éditions Montaigne, 1964.


Jaeger, Werner, Humanisme et théologie, Traduit de l'anglais par H. D. Saffrey. Paris, Cerf, 1956.


Maritain, Jacques, Humanisme intégral, Paris, Fernand Aubier, 1936.


Guillebaud, Jean-Claude, Le principe d'humanité, Paris, Seuil, 2001.


Textes en ligne


Jean Grondin, Gadamer on Humanism. Paru dans L.E. Hahn (dir.), The Philosophy of Hans-Georg Gadamer, The Library of Living Philosophers vol. XXIV, Peru, Il., Open Court Publishing, 1997, 157-170.


Hendrick Birus, The Archeology of «Humanism», Surfaces, vol. 4, 1994.


Wang Hui, Humanism as the Theme of Chinese Modemity, Surfaces, vol. 5, 1995: Étudiant le discours humaniste des Lumières en référence à la Chine et à l'Ouest, cet essai ouvre à nouveau la question suivante: comment les intellectuels chinois ont-ils assimilé les idées de l'Ouest et les ont-ils appliquées à leur propres pratiques sociales? Il met en évidence les conceptions historiques qui sous-tendent l'humanisme occidental et trace l'évolution des discours humanistes chinois dans les termes de leur diffusion médiatique et de leur impact sur l'organisation du savoir ainsi que de leurs relations avec les concepts marxistes de mode de production.


Tony Davies, Humanism, Routledge, 1997


Requiem pour l'humanisme, in "Enquête sur l'Empire", Immédiatement, no 20, février 2002.

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 18:00

 

 

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Le 24 décembre 2010

 


 

Accès au droit, les notaires répondent à vos questions

 

 

Site de notaires gratuits

 

 

1 - Consultations à Paris Notaires Infos, le Centre d’information de la Chambre des Notaires de Paris

 

Le Centre d’information de la Chambre des Notaires de Paris organise tous les jours des consultations gratuites pour les particuliers.

 

 

Pour obtenir un rendez-vous avec un notaire, vous devez au préalable vous inscrire auprès de "Paris Notaires Infos", le centre d'information de la Chambre des Notaires de Paris. Renseignements et inscriptions au 01.44.82.24.44

 

La consultation avec le notaire dure environ 20 minutes. Elle se déroule boulevard Sébastopol à Paris 1er.

 

Le Centre est ouvert tous les jours de 10 h 00 à 18 h 00 (17 h 00 le vendredi).

 


Paris.notaires



 


Contact : 01 44 82 24 44 pour vous inscrire aux prochaines consultations au Centre d'information.

  

2 - Consultations téléphoniques – Notaires Infos

 

 Tous les jours de 9 h 30 à 13 h, « Notaires Infos », centre de renseignements téléphoniques des notaires de France, répond aux interrogations des particuliers sur des questions d’ordre juridique. Une borne interractive vous permet d'accéder rapidement aux informations que vous recherchez ou d'obtenir une consultation par téléphone.

 

Numéro d'appel direct : 0 892 011 012 (0,34 cts / min.)


 

Informations juridiques gratuites

 

 

Rubrique d'informations gratuites sur le site de la Chambre des Notaires de Paris. Sur le thème de l'immobilier, vous pouvez consulter gratuitement les conseils donnés dans les dossiers suivants : le déroulement de la vente immobilière (avant-contrat et documents à fournir, sommes à verser, acte de vente définitif et rôle du notaire, emprunt et hypothèque, fiscalité, saisie immobilière), les sûretés immobilières (hypothèque, purge amiable, pacte commissoire, hypothèque rechargeable, prêt viager hypothécaire), la copropriété (mise en copropriété, parties communes et privatives, assemblées de copropriété, le syndic et la vente, règles comptables, conditions de retrait de la copropriété), les différents baux (bail d'habitation, bail commercial), la société civile immobilière (création d'une SCI, droits et obligations des associés, rôle du gérant, imposition sur le revenu de la SCI), expertise immobilière (expertise notariale : coût, diagnostic d'immeubles, la Base d’Informations Economiques Notariales), les ventes aux enchères des notaires (comment vendre et acheter aux enchères), servitudes et mitoyenneté des biens immobiliers, autorisations d'urbanisme, achat de terrain individuel à bâtir, vente à rénover, contrat de construction de maison individuelle).

 

 

 

Adresse : paris.notaires

 

Informations juridiques


Dès l'acte d'acquisition, outre les formalités à respecter, il faut également réfléchir au mode de jouissance ou de gestion du bien le plus adapté à la situation.

http://www.paris.notaires.fr/images/ligne_grise.gif

Thèmes disponibles

 

 

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 18:00

Hommage à Maurice Arnoult

 

Lire l'article et voir la vidéo : L'école Tafanel (1) : Adieu au bottier de Belleville, écrivain public à ses heures Illettrisme

 

 

 

Ils sont très gentils avec moi et sont très reconnaissants des petits services que je leur rends.

Non seulement je les aide pour leur correspondance

mais je conseille les mères pour le choix d’une école.

Chapitre 26 – Les Colombiens

Page 194

 

 

 

 

 

 

Moi, Maurice bottier à Belleville – Histoire d’une vie

– Préface de Alain Seksig -

Editions L’Harmattan

 

Extraits

 

Chapitre 4

Page 34

 

Un jour, Monsieur Talbottier me prend à part : « Dis donc, Maurice, j’ai l’impression que tu peines à comprendre ce que je te donne à lire. Et pourtant, quel âge as-tu ? ». Je me suis senti rougir jusqu’au trognon. (…) « Eh bien, mon garçon, tu ne peux pas rester comme ça. Descends au deuxième étage, et demande de ma part  Pascal Tricone, le monteur. Lui et son frère ont débarqué de Naples il y a quelques années sans savoir un mot de français. Maintenant, ils le parlent comme toi et moi, ou presque. Et ils le lisent et l’écrivent. Quand j’embauche des étrangers, grecs, arméniens, italiens, je leur dis à tous : allez voir Tricone, il vous dira ce qu’il faut faire pour apprendre le français. Alors pourquoi pas toi ? »

 

J’avais beau vivre dans mon petit monde entre l’hôtel de la Poste, le Faubourg du Temple et le Canal Saint Martín, et connaître par cœur toutes les rues et les magasins du quartier, j’étais  gêné de ne savoir ni lire ni écrire.

 

Page 35

 

 Quand je recevais une lettre de ma grand-mère de Bagneaux, (...) il fallait que je demande à Duberka de me la lire. Par contre, côté chiffres je me débrouillais. Je déchiffrais les notes de restaurant et aussi ma paie. Mai au fond de moi-même j’étais honteux d’être ignorant. (…)

 

« Ecoute-moi, Maurice » m’a dit Pascal, « tu connais Tafanel, le grand café au coin de la rue Rébeval et de la rue Lauzin. Je t’y donne rendez-vous demain soir à six heures devant la grande porte ».

 

Tafanel  était connu dans tout le quartier pour ses billards où s’affrontaient, après le turbin, les ouvriers bottiers de Belleville. J’y avais été une ou deux fois assister à des parties sacrément disputées. Aujourd’hui le coin a disparu, remplacé par ces grands immeubles qui ont poussé partout comme des champignons.

 

Ce que je ne savais pas c’est que Tafanel était aussi fréquenté par des étudiants du Quartier Latin qui avaient découvert que les restaurants et les hôtels de Belleville étaient de loin les moins chers de Paris et que, derrière les billards, il y a avait deux arrière-salles où on discutait jusqu'à la fermeture. Certains de ces étudiants voulaient devenir professeurs et, pour se faire la main, s’amusaient à donner des leçons de français aux étrangers qui en avaient besoin pour trouver du travail.

 

Page 36

 

(…)

Le premier professeur à qui Pascal m’a présenté est un étudiant en philosophie de la Sorbonneu du nom d’Edouard Frey. C’est lui qui va m’apprendre l’écriture et la lecture.

 

Le premier jour, sur une feuille de papier, il trace une ligne au crayon, dessine un A et me demande d’en faire autant (…). Je n’oublierai jamais la première phrase que j’ai su déchiffrer : PAPA A BATTU MAMAN. J’étais trop jeune à l’époque pour comprendre que derrière ces quatre mots se cachait de la dialectique anarchiste.

 

Trois mois passent, et je commence à savoir lire et écrire. Edouard est content de mes progrès, mais il n’arrive pas à me débarrasser de mon accent du Gâtinais. Aussi a-t il l’idée de m’emmener écouter quelqu’un parler un beau français. C’est ainsi que je vais faire la connaissance de Charles-Auguste Bontemps, un orateur populaire qui connaîtra une certaine notoriété entre les deux guerres.

 

Bontemps donne des conférences à  La Bellevilloise au 23 de la rue Boyer à Ménilmontant. (…) Je suis loin de tout comprendre mais les phrases de l’orateur claquent comme des  drapeaux dans le vent (...) Tout en évitant de devenir le compagnon de marche d’un parti, il restera l’éternel défenseur des oubliés de la société. Mort à quatre-vint-huit ans en 1981, il laissera le souvenir d’un grand tribun plus que celui d’un penseur profond.

 

La période des examens approchant, Frey n’a plus beaucoup de temps à me consacrer. Aussi va-t-il me confier à deux messieurs (…) que j’avais remarqués, toujours assis à la même table, faisant d’interminables parties de cartes. Bientôt nous allons devenir inséparables. Le plus grand est Henri Champenois. Né de mère et de mère inconnus, pupille de l’Assistance Publique, il faillit être prêtre avant de devenir professeur dans différentes écoles paroissiales. Il portait toujours les Palmes académiques à son veston. Quand je l’ai connu, il travaillait dans un obscur bureau à la Préfecture de Police. Ne plus avoir de devoirs à corriger lui manque, aussi va-t-il accepter, avec son ami le docteur B., de s’occuper de moi.

 

B. a mené pendant dix ans une existence paisible dans une petite ville du Cher. Décoré de la médaille des Epidémies pour avoir risqué sa vie en soignant des malades de la diphtérie en un temps où le vaccin n’existait pas encore, il a du quitter sa pratique à la suite d’une sombre histoire avec la femme du pharmacien.

 

Avec monsieur Champenois, j’ai l’impression d’être dans une vraie école avec trois matières au programme : lecture, écriture, calcul. (…) Dans le même temps, le docteur B. m’initie aux sciences de l’homme et de la nature : physique, chimie, et de solides connaissances de médecine. Je n’ai jamais oublié les leçons du docteur B. Non seulement elles m’ont permis de soulager certaines souffrances autour de moi mais de m’échapper des camps de prisonniers en 1941.

 

Au bout d’un an, mes maîtres me disent que j’ai atteint le niveau du brevet que l’on passe à la fin de la troisième dans les lycées. Je lis de vrais livres (…)

 

Champenois remarque que les idées abstraites ne me font pas peur. Il décide de m’intéresser à la grande philosophie, et me fait découvrir Descartes, Kant, Hegel, Marx, Bergson. Parmi les théosophes allemands du XVIIème siècle, je rencontre avec émotion Jacob Boëhme, qui, lui aussi, a commencé sa vie comme cordonnier.

 

Champenois, qui a gardé des amis parmi les professeurs de la Sorbonne, décide de me préparer à un des certificats qui composent la licence de philosophie, celui de philosophie générale (…) Le jour de l’examen il obtient la question posée aux étudiants « officiels ». Elle vient en droite ligne des soirées à La Bellevilloise : « Quelle idée les philosophes matérialistes se font-ils de Dieu ? Vous l’opposerez à celles des pensées spiritualistes. Y a-t-il une unité de doctrine entre ces deux écoles ? » Champenois glisse ma copie dans la liasse des dissertations que corrige un des ses amis et je suis reçu (fictivement) quarantième sur quatre vingt.

 

A l’annonce des résultats mes deux professeurs m’ont emmené faire un fameux gueuleton dans l’un des bons restaurants du quartier. Je pense que c’est de ce jour qu’est née une légende qui disait : « Vous savez, Maurice Arnoult, le bottier  rue de Belleville, il est licencié de philosophie ». Ce que j’ai toujours démenti.

 

Au début des années trente, l’atmosphère chez Tafanel a bien changé et mes deux professeurs ne s’y plaisent plus autant qu’avant. Je vais les présenter à mon frère René (…) qui tient une grande brasserie (…) en bas de la Butte aux Cailles. C’est là que, dorénavant, ils feront leurs interminables parties de piquet.

 

 

Pour moi (…) il n’est pas question que je quitte Belleville (…) maintenant que je sais lire, et que je peux me promener dans Paris en suivant un plan.

 

 (…) Dès qu’il fait beau je pends mes bouquins et mes cahiers et je m’installe dans un champ au bout de la rue du Transvaal et de la rue des Envierges, avec une vue formidable sur tout Paris.

 

 

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