Tzvetan Todorov est décédé le 7 février 2017
Derrière le titre assez vendeur, ce livre contribue à une réflexion de fond sur les notions de civilisation, de culture et d'identité.
Paru en septembre 2008, il reste d'actualité pour ce que ce qui concerne notamment les réponses au terrorisme et la défense des valeurs démocratiques.
Cette analyse prend tout son sens au moment où nous apprenons par les révélations du site WikiLeaks, que le ministre Sarkozy était favorable à une intervention militaire de la France en Irak aux côtés des Etats-Unis. Site qui confirme ce que nous avions compris; à savoir que notre président est apprécié pour son profil libéral, son atlantisme (comprendre son alignement sur les positions militaires des Etats-Unis), et son communautarisme.
L'article de Nonfiction.fr peut paraître un peu long mais il dresse un tableau d'ensemble intéressant de la justesse de l'approche de Todorov.
En introduction, je vous invite à lire l'article ci-dessous paru dans Mediapart.
J'ai dit
Plume Solidaire

Tzvetan TODOROV sur Wikipedia
"La peur des barbares" de Tzvetan Todorov
24 Mai 2009 Par Oliv92
Dans son ouvrage „La peur des Barbares“ Tzvetan Todorov nous propose de redéfinir quelques notions de base telles que Culture, Civilisation, travail indispensable si nous voulons encore croire au « vivre ensemble » et en nos démocraties.Il part de la célèbre thèse de Samuel Huntington « Le choc des civilisations » et explique que le terme de « civilisation » ne peut être mis au pluriel. Il n’existe qu’une civilisation, celle de l’humanité. Est civilisé tout être humain, tout Etat, qui inclut tous les autres hommes dans l’humanité, qui ne nie à personne son appartenance à l’humanité. Par opposition, est Barbare celui qui retire à un autre homme, même temporairement, même sans se l’avouer, son statut d’être humain, et qui, par voie de conséquence, se permet de le torturer, de l’emprisonner arbitrairement, de l’humilier gratuitement.
TT explique que chaque homme nait nécessairement au sein d’une culture. La culture est constituée par la langue, qui aide à penser le monde, par les habitudes alimentaires, par la religion, le territoire dans lequel on évolue etc etc…Les cultures, évidemment, ne sont pas figées, stables, isolées. Elles se côtoient, évoluent d’elles-mêmes mais surtout au contact des autres cultures. Beaucoup d’hommes, d’ailleurs sont influencés par plusieurs cultures. Je peux etre breton, catholique, d’origine africaine, français. Chacune de ces cultures m’apporte quelque chose, me façonne, constitue mon identité. Il est également possible de choisir, dans une certaine mesure, la culture dans laquelle je souhaite me développer. Tacle prononcé, au passage, au ministère de Identité Nationale…
Il est évidemment impossible de hiérarchiser les cultures. La culture « occidentale » (comme s’il était d’ailleurs possible de la définir) a été capable de Rembrandt, Beethoven mais aussi d’Auschwitz. Comme les 8 dernières années nous l’ont montré, nos démocraties sont capables de torturer, d’emprisonner sans juger, d’humilier gratuitement l’Autre que nous avons catégorisé comme « Barbare ». Nous nous comportons en être civilisés lorsque nous laissons à chacun le droit d’avoir sa culture propre (tant que celle-ci ne nous considère pas comme des Barbares).
TT se penche longuement sur nos relations avec les pays Musulmans, avec l’Islam en général, et sur notre « peur » vis-à-vis d’eux. En particulier, il décrypte 3 exemples récents d’incompréhension, de tensions, d’affrontement, 3 écueils : le meurtre de Théo Van Gogh et les menaces contre sa scénariste Ayaan Hirsi Ali aux Pays-Bas, les caricatures de Mohammed au Danemark, le discours du Pape comparant Islam et Christianisme.
Pour opposer un modèle du monde actuel à celui d’Huntington, TT propose un regroupement en 4 blocs : Celui de l’Appétit (Brésil, Inde, Chine…) regroupant les pays souhaitant acquérir un niveau de richesse équivalent au notre. Celui du Ressentiment, regroupant justement les pays « Arabo-Musulmans » n’arrivant pas à sortir du ressentiment vis-à-vis de l’Occident, utilisé comme prétexte par les dirigeants pour mieux éviter d’affronter les vrais problèmes. Celui de la Peur, il s’agit ici de nous, de notre peur face au reste du Monde, peur qui nous incite à nous fermer, et qui peut nous mener à commettre des atrocités. Enfin, le 4ème bloc est constitué des « Indécis ».
La dernière partie est consacrée à L’Identité Européenne. Je vous cite l’hypothèse de TT, riche d’espoirs et de possibilités :
« L’unité de la culture européenne réside dans sa manière de gérer les différentes identités régionales, nationales, religieuses, culturelles qui la constituent en leur accordant un statut nouveau et en tirant profit de cette pluralité même. L’identité spirituelle de l’Europe n’amène pas à effacer les cultures particulières et les mémoires locales. Elle consiste non en une liste de noms propres ou en un répertoire d’idées générales, mais en l’adoption d’une même attitude face à la diversité. »
Je vous laisse découvrir la démonstration et plusieurs exemples et contre exemples dans ce livre admirable, « La peur des Barbares ». Un grand merci à Tzvetan Todorov, par ailleurs contributeur à Médiapart, notamment l’an dernier lors du décès de Germaine Tillion.
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Extrait de l’article « Le plaidoyer de Tzvetan Todorov sur la civilisation » sur Nonfiction
ü La peur conduit à faire croire que ce qui est inacceptable est nécessaire, au motif qu'il nous faut répondre à une menace. Comment sortir de cette spirale et affirmer avec force les valeurs de tolérance et de pluralisme sans tomber dans la démonstration de force ? La réponse de Tzvetan Todorov passe par une analyse précise des concepts de civilisation, de barbarie, d'universalité et d'identité ; analyse qui permet de rectifier les conséquences fâcheuses des perceptions erronées que l'on a de ces sujets.
ü Il insiste sur le fait que la civilisation consiste d'abord en une capacité à reconnaître l'humanité de l'autre homme, en articulant l'unité de l'humanité en général avec la pluralité de ses expressions culturelles.
ü L'identité n'est en effet pas définie par la seule appartenance culturelle : celle-ci en est certes un trait essentiel, mais au même titre que l'appartenance à un État et la reconnaissance de valeurs. Ces trois niveaux ne se confondent pas mais peuvent coexister.
ü ... tous les échelons constitutifs de l'identité doit prévaloir la notion d'ouverture.
...toute clôture de l'identité est néfaste et de toute façon méthodologiquement erronée. Elle nierait à la fois le fait que toute identité culturelle est le fruit d'une construction, tant individuelle que collective, où se multiplient les apports et se mêlent les influences ; le fait que la structure étatique n'a pas pour mission de cultiver une culture nationale mais qu'elle doit être garante de la reconnaissance de droits égaux pour chacun en liant entre eux les différents groupes qui le constituent sans les enfermer dans leur particularité ; le fait que les valeurs sont indépendantes des cultures dont elles sont issues et qu'elles peuvent être épousées indépendamment de toute appartenance culturelle.
ü De manière générale, Tzvetan Todorov insiste sur le fait qu'il est essentiel, dès lors que l'on réfléchit à la notion d'identité, de la faire se joindre à la notion de civilisation. Il nous faut prendre conscience de notre identité [ non pas pour nous distinguer comme membre d'un groupe, mais ] pour être mieux à même de prendre du recul et de considérer les autres cultures : "L'aspiration à l'identité, l'acquisition d'une culture fournit la condition nécessaire à la construction d'une personnalité pleinement humaine ; mais seule l'ouverture à l'altérité avec pour horizon l'universalité, donc la civilisation, nous en livre la condition suffisante."
ü L'occultation de la complexité des identités ne peut conduire qu'au conflit, par un mécanisme qui fait passer de la réduction de l'identité à un seul trait au manichéisme.
ü Tzvetan Todorov formule donc une position humaniste, cherchant à aller "au-delà du choc des civilisations". La lecture de cet ouvrage permet de réfuter toutes les étiquettes que l'on voudrait adjoindre à la réalité, pour mieux en saisir la complexité, en formulant un appel au progrès de la civilisation, c'est-à-dire à la libre reconnaissance des individus, des peuples et des cultures, par la dialogue et la compréhension, seules oppositions viables et véritables à la violence et aux menaces qui pèsent sur nous, membres d'une commune humanité.