Regarder les vidéos de l'INA sur Andréï Sakharov
Regarder l'émission de la Télévision Suisse Romande "Temps présent" du 26.05.1977 : "Les dissidents"(66 minutes)
Le dimanche 11 juillet, en sortant d’un stage d’arts martiaux, j’avais décidé de rentrer en bus pour regarder et encore regarder Paris. En descendant rue de Rivoli pour prendre le Métro, ma curiosité est attirée par le barnum blanc de la Place de l’Hôtel de Ville.
A l’entrée il y a une affichette qui annonce la projection dans 15 minutes d’un documentaire sur Andreï Sakharov. Sans prendre le temps de voir l’exposition photographique sous la tente, je dirige mes pas vers l’entrée de l’Hôtel de Ville de la rue Lobau. La file d’attente est clairsemée, essentiellement composée de personnes russophones ou russophiles âgées. Nous pénétrons dans l’Hôtel de Ville et descendons à la salle de conférence au sous-sol.
Et commence une plongée dans l’histoire. L’histoire d’un homme qui s’oppose de l’intérieur à l’une des deux plus grandes puissances politiques et militaires du monde.
Un homme seul qui agit en harmonie avec sa conscience. Un homme adulé par le système soviétique.
Il suffit d’avoir envie de prendre le bus un jour pour qu’une aventure commence. De se laisser guider par sa curiosité, accepter l’évènement, l’inattendu, le vivre.
Pour revenir comblé chez soi.
J’ai dit
Plume Solidaire
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Un homme libre, Andreï Sakharov
Durée : 1 heure 35 minutes
Le sujet
Le physicien le plus honoré du régime soviétique en fut aussi le dissident le plus inflexible : images d'archives et entretiens composent un portrait de l'intellectuel.
Pour raconter le parcours du savant et dissident russe Andreï Sakharov, Iossif Pasternak a puisé dans les rapports et les images déclassifiés du régime soviétique – dont celles des premiers essais nucléaires, que Sakharov contribua en 1963 à faire interdire internationalement, et celles filmées par les caméras de surveillance du KGB, à Gorki. En contrepoint aux entretiens accordés autrefois par Sakharov et sa veuve Elena Bonner, il a interrogé des proches du physicien, anciens dissidents et collaborateurs, dont le mathématicien Leonid Pliouchtch. Evitant le piège de l'hagiographie, ce film passionnant et émouvant interroge le sens de la vie humaine et ce qui fait sa valeur.
La critique
Une forêt de caméras attend en gare de Moscou le retour de l'enfant prodigue de la physique soviétique. Nous sommes en 1986. L'événement est considérable. Au pouvoir depuis vingt et un mois, Mikhaïl Gorbatchev vient d'accorder la liberté à Andreï Sakharov, 65 ans, père de la bombe atomique en URSS, devenu dissident et pour cela exilé durant sept ans dans la ville interdite de Gorki. C'est le retour à la lumière d'un héros, couvert d'honneurs en son pays, jusqu'à ce qu'il se mêle de dénoncer la répression en URSS.
Né à Moscou en 1921, Andreï Sakharov fait ses études sous la direction de son père, un célèbre professeur de physique. En 1942, à la fin de son cursus universitaire, il est déclaré inapte à
l'armée. Le jeune homme atterrit en tant qu'ingénieur dans une usine d'armement. Trois ans plus tard, il entre en doctorat à l'Institut Lebedev - son directeur de recherches, Igor Tamm, obtiendra
le prix Nobel de physique en 1958. Le jour de son inscription, le président américain Harry Truman annonce à Staline qu'il détient l'arme suprême : une bombe atomique dont le premier essai vient
d'avoir lieu au Nouveau-Mexique. Mais c'est le bombardement d'Hiroshima, un mois après cette rencontre, qui va changer le destin d’Andreï Sakharov, alors promis à la recherche fondamentale. «
J'en ai eu les jambes coupées, écrira-t-il plus tard. [ ... ] Quelque chose de neuf et de terrible venait de faire irruption dans la vie, et cela provenait de la science la plus haute
devant laquelle je m'inclinais. » Pourtant, « quand on lui a demandé de travailler sur la bombe, en 1948, il a refusé », assure le physicien Boris Altshuler.
C'est donc sur ordre que Sakharov partira pour le site secret d'Arzamas. « J'avais l'impression d'être un soldat de cette guerre scientifique », écrira-t-il, convaincu néanmoins « qu'il était nécessaire pour l'équilibre des forces de mettre au point l'arme suprême soviétique ». Grâce à lui, l'URSS entre en 1953 dans l'ère thermonucléaire. Il n'a que 32 ans lorsqu'il est nommé académicien. Trois ans plus tard, il met au point une bombe à hydrogène d'une puissance illimitée. Son essai, en janvier 1955, se soldera par deux morts, dont une fillette. Sakharov commence à douter, craignant « de voir cette force que nous avons libérée échapper à notre contrôle ».
Ses ennuis commencent lorsque ce partisan d'un arrêt des essais nucléaires s'oppose sans succès à Khrouchtchev à propos du test d'une bombe 50 000 fois plus puissante que celle d'Hiroshima. L'essai a lieu. Suivi par d'autres, à ses yeux non motivés par la recherche. Sakharov a 40 ans. Il a déjà été décoré trois fois du titre de héros soviétique. En 1963, il obtient que soit signé le traité de Moscou, interdisant les essais nucléaires. Mais le climat politique se durcit. Khrouchtchev est évincé du pouvoir. Leonid Brejnev le remplace en 1964. L'étau se resserre avec l'arrestation d'intellectuels dissidents. Sakharov ne veut plus rester passif. Bien que tenu au secret, il dit haut et fort ce qu'il pense. A l'étranger, il publie « Réflexion sur le progrès, la coexistence pacifique et la liberté intellectuelle ». Le texte est diffusé clandestinement en URSS. C'en est trop pour les dirigeants du Parti ! En 1972, après avoir reçu chez lui des journalistes étrangers, Sakharov est assigné à résidence à Gorki avec sa nouvelle épouse, Elena Bonner. Trois ans plus tard, c'est elle qui ira recevoir le prix Nobel de la paix décerné à son mari, interdit de quitter le pays. Durant ses sept années d'exil, Sakharov écrit ses Mémoires, plusieurs fois dérobées par le KGB. Il fait trois grèves de la faim, est interné et alimenté de force dans un hôpital psychiatrique. C'est un homme usé qui revient en 1986 à Moscou. Elu en 1988 au congrès des députés du peuple, Sakharov ne cessera d'y dénoncer la corruption des élites, l'injustice, les ravages de la guerre en Afghanistan. Il poursuivra ce combat jusqu'à sa mort... Trois ans seulement après la fin de son exil.
Sylvie Véran
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