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7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 17:00

 

J’ai écrit ce texte entre 1995 et 2000.

 

« L’année du crocodile, chronique divertissante d'une ville de banlieue » est une succession de tableaux de la vie à Thébeauville, caractérisée par l’abondance de ses populations d'origines étrangères et la diversité de  leurs cultures. 

La ville va connaître un bouleversement politique après la défaite des Rospoints et l’arrivée à la Mairie du Marquis de la Rupée. 

La chronique est construite autour de trois moments : avant, pendant et après la campagne électorale. 

L’ensemble de la période est vue à travers le regard de Victorem, Directeur des Fêtes et des Divertissements ; acteur et témoin de cette restauration bonapartiste locale. 

J’ai dit

 


 

 

LE KAÏDOSCOPE

 

CROCODILE AVENUE 

 

 

 

A

 

lors, en bon épicurien, le petit Marquis se dépêcha de succomber à la tentation avant qu’elle ne s’éloigne, et de conquérir la place au pas de course, franchissant les étapes du parcours du combattant, avec une diligence et une agilité qui en avaient surpris plus d’un. 

Dans son imagination la bataille était déjà gagnée. La méthode était simple et éprouvée : écraser la vermine rospoin [1] en chaussant les bottes des nationalistes, et en piétinant rageusement les plates-bandes populistes. 

Son principe était celui de la voie romaine c’est-à-dire le plus court chemin d’un point à un autre. Contrairement aux voies dessinées par nos rudes mais champêtres ancêtres qui épousaient les contours des paysages, suivant les vallées où ils installaient leurs villages, le Marquis alla droit au but avec l’aisance d’un sémillant général enfonçant, disloquant les armées adverses qu'il poursuivit dans leur débandade jusqu’aux confins de leurs territoires. Accumulant victoire sur victoire il se préparait déjà aux triomphes que ne manqueraient pas de lui réserver ses amis Jacobleus à son arrivée dans les cénacles de la République. 

Le Bourgmestre avait-il à peine annoncé qu’il ne se représentera pas au Conseil des Cantons[2], que le Marquis, anticipant l’abandon, était déjà parti en campagne. 

Saisissant opportunément toutes ses chances, le Marquis s’était toujours précipité dans chaque élection et avait gagné haut la main l'une après l'autre, les positions clés de la vie locale, comme un collectionneur de poupées russes. 

Alors Conseiller Provincial, il s’était entendu avec le Gouverneur de Province[3], pour poser les verrous interdisant à la ville d’accéder aux aides financières régionales. 

Il lui fut donc aisé de répéter l’opération avec la complicité du nouveau Gouverneur des Cantons. 

Puis ce fut le tour de la nouvelle majorité nationale d'organiser le siège de la ville en l’enserrant dans l’étau de la pauvreté, dont il s’imposerait à tous que le Marquis seul, pouvait être capable de l’en sortir. 

Thébeauville fut donc progressivement isolée des financements publics indispensables à la poursuite de l’action de l’équipe en place. 

Pour dorer son blason, il invita devant un parterre choisi, quelques anciens ministres qui l’avaient porté sur les fonds baptismaux de la vie politique, en s’abstenant avec bon sens l’année suivante d’exprimer une solidarité aussi démonstrative lorsque le premier, ancien Ministre de la Sécurité, fut incité par la justice à rembourser une partie des salaires des fonctionnaires de la capitale qui travaillaient à son service ; tandis que l’autre, moins heureux dans ses relations avec l’argent des manufactures, fit un séjour très remarqué dans les geôles de la République. 

Pas à pas, le Bourgmestre se retira comme un père recru, harassé par les haines, rompu par la violence des émeutes, moulu d’avoir voulu jusqu’au dernier instant soutenir et aider les plus pauvres. 

Le Marquis en diverses occasions, ironisa au cours de ses conférences électorales sur ce qu'il présentait comme une capitulation, une reculade du Bourgmestre pour éviter l'affrontement. 

De ce singulier combat qui le privait de l'auréole d'une grande victoire, le Marquis n'en tira pas moins son épingle du jeu. 

Les thébeauvillois perdaient un brave, et réclamaient un héros. 

C’était comme si les thébeauvillois l’attendaient, l’appelaient de leurs voeux, le désignaient d’office pour occuper les fauteuils vides. 

Un sourd assentiment se dessinait et s’affirmait pour le jeune chef d’entreprise, portant l’aventurier des temps nouveaux vers le triomphe. Les espoirs se tournaient vers celui qui symbolisait la vie et le rêve du travail et du salaire mérité ; fleurait le bon sens, le réalisme, et le doux parfum des solutions pratiques. Sur son nom se cristallisaient les choix, et se condensait la certitude des jours meilleurs. La Corne d’Abondance était à portée de mains, et la vapeur de la locomotive du progrès crachait ses premières volutes blanches. 

Le Marquis avait ressenti chaque élection comme un plébiscite qui consacrait son ascension vers la gloire ; comme si les oppositions avaient compris d’elles-mêmes qu’elles devaient s’effacer, s’incliner courtoisement, chapeau bas, devant la nouvelle égérie de celui que le peuple venait de conduire au pouvoir suprême de la République quelques mois plus tôt. 

Si bien qu'un jour, il se trouva tout marri lorsqu’il s’aperçut que dans sa course effrénée il était allé trop loin. Emporté par trop d’enthousiasme, il s’était retrouvé en contravention avec la Loi. Il était maintenant détenteur de titres et de fonctions en trop grand nombre. Son ascension fulgurante l’avait rendue victime de son propre succès. 

Il en fût profondément troublé. 

Il était présentement l’un des rares élus du royaume à être investi simultanément des fonctions de Conseiller Provincial, de Conseiller Cantonal. Et voilà maintenant que le peuple l’avait porté à la Chambre ! 

Et si d’aventure, s’interrogeait-il, je me présente au Palais Communal ; et si la providence qui ne cesse de m’aiguillonner et de m’accorder ses faveurs me conduisait à m’asseoir dans le fauteuil damassé aux armes de la Ville, devrai-je renoncer à l’une ou l’autre de mes fonctions, à deux d’entre elles peut-être ? Me faudrait-il reculer, capituler de ces positions si chèrement acquises ; et que je ne dois pourtant qu’à mon talent, à ma persévérance et à mes savoir-faire? 

Pour la première fois depuis qu’il avait posé pied ici, le Marquis était songeur. 

Pour la première fois une limite surgissait dans la trajectoire bénie de cette étoile filante au firmament de la nouvelle politique ; une contrainte le forçant à contenir provisoirement Sa Représentativité. 

- Qu'à cela ne tienne, puisque la nuit porte conseil pensa-t-il, je déciderai ce soir. 

Le lendemain matin il informa la presse locale qu’il sera candidat à la magistrature locale, annonçant dans la foulée les grandes lignes de ses « orientations de programme », et les choix cornéliens auxquels il avait dû se résoudre pendant la nuit. 

- Adieu Province, adieu Marches des Cantons ! Vive la Commune et vive la Chambre Bleue[4] ! avait-il conclu en portant un toast à l’avenir du Thévillois et à la bonne étoile qui le guidait. 

Sur ces entrefaites, il constitua son cabinet, rencontra les notables, consulta ses parrains et sa Pythie, recruta son Consul, et échafauda son plan d’action au cours de pantagruéliques repas.

 

J’ai dit

Plume Solidaire

 


 

 

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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 17:00

 

 

J’ai écrit ce texte entre 1995 et 2000. 

« L’année du crocodile, chronique divertissante d'une ville de banlieue » est une succession de tableaux de la vie à Thébeauville, caractérisée par l’abondance de ses populations d'origines étrangères et la diversité de  leurs cultures. 

La ville va connaître un bouleversement politique après la défaite des Rospoints et l’arrivée à la Mairie du Marquis de la Rupée. 

La chronique est construite autour de trois moments : avant, pendant et après la campagne électorale. 

L’ensemble de la période est vue à travers le regard de Victorem, Directeur des Fêtes et des Divertissements ; acteur et témoin de cette restauration bonapartiste locale. 

J’ai dit

 


 

 

LE KAÏDOSCOPE

 

 

LA NAISSANCE DE DAVID

 

 

 

L

 

a carrière politique du Marquis de La Rupée eût été des plus anonymes si un événement inattendu n’était venu briser tout net l’élan de sa course vers la magistrature locale. 

Sorti indemne d'une perte de connaissance dans laquelle il avait été plongé pendant de longues semaines à la suite d’une mauvaise chute en descendant le grand escalier du Palais du Gouverneur des Cantons, il avait réintégré toutes ces facultés intellectuelles, ses valeurs managériales, dans un même souffle. Animé d’une foi inflexible dans les principes néo républicains de son parti, l’énergie dont il faisait preuve montrait un appétit de vivre sans commune mesure avec sa petite taille et sa silhouette déjà ventripotente malgré son jeune âge. 

Il se sentait comme sorti d’un songe dans lequel une divine apparition lui eût annoncé sa vision de l’avenir de la Nation et son destin d’homme d’Etat, dans l’éblouissement des révélations qui bouleversent une vie d’homme. 

On aurait dit que ce long sommeil lui avait été salutaire et que dans le repos cataleptique du corps, son esprit s’était libéré de cette carapace si lourde et contraignante. C’était comme si par la force de la pensée dégagée alors de la gangue du monde matériel, il avait tiré parti de cette longue traversée pour conforter ses opinions, affirmer ses ambitions, définir sa stratégie et affûter ses arguments. Bref, se concentrer sur l’essence même de sa vocation : restaurer l’ordre de la République en instaurant la république de l’Ordre. 

Ses sens ne s’en étaient que plus aiguisés dans le silence de la retraite, et son caractère plus aguerri par l’épreuve. 

Ce long voyage à l’intérieur de lui-même avait-il eu des propriétés revigorantes, peut-être prémonitoires ou initiatiques ? Il n’en demeurait pas moins à le voir et à l’entendre que les effets apparents de cette accidentelle cure de repos valaient bien mille séjours en stations balnéaires, thermales ou climatiques. Et si cette absence n’avait plongé la famille et les proches dans une interminable angoisse, on aurait pu en conclure que son parcours dans « l’en deçà » n’était en définitive qu’une facétie de brillant collégien - au mieux -, et au pire une plaisanterie de bien mauvais goût. 

Comme surgissant d’outre-tombe, il donnait à présent l’impression qu’il avait rattrapé le temps perdu.  L’intrigante présence-absence de l’homme public avait attiré la curiosité des journalistes du monde entier, et du coup elle avait puissamment concouru à générer une image publique insolite, originale qui apportait une touche d’innovation émouvante et personnalisée à son portrait, en même temps qu’une contribution significative à l’évolution des sciences de la communication politique contemporaine. 

Le premier cadet de la République capable de se doter d'une image positivement décalée, par défaut. 

En fait non seulement le Marquis n’avait pas perdu de temps mais il en avait gagné : son aura n’avait cessé de croître tandis que s’étendait l’inquiétude sur son état de santé, et sans qu'il n'y fît quoi que ce soit. 

L’absence avait suscité l’attachement, un large sentiment populaire d’injustice et de compassion pour cet homme foudroyé en pleine jeunesse par cette parenthèse tragique. 

Pour fêter son retour aux affaires, un mandarin de la presse locale avait avec tact et subtilité su traduire le sentiment général en citant Monsieur de La Rochefoucault séparé de sa Dulcinée par les événements de la Fronde: « L’absence diminue les médiocres passions et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies et allume le feu ». 

L’émotion avait traversé toutes les sensibilités, unissant dans une unanimité brève et sincère, tout ce qui comptait d’humanité dans le Thévillois, et tous ceux qui manifestaient encore un tant soit peu d'intérêt pour la vie publique. 

Le Marquis dans son sommeil, avait créé l’événement, dissous les différences, réduit les oppositions, et comblé la fracture sociale. 

Il n’était point d’almanach, de lettre et feuille, de dépêche, d’écho, de télégramme, de courrier et de gazette ; ni stations, ni chaînes qui ignorassent cette étrange mésaventure, ne l’étalassent dans leurs colonnes et la propageassent sur les ondes. 

Un nouvel Alexandre venait de renaître pour la gloire de Thébeauville, tel un Phénix de ses cendres. 

 

J’ai dit

Plume Solidaire

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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 17:00

 

 

 

 

LA TRANSE DU CANTONNIER

 

M

 

 

ais revenons aux faits et à nos moutons, comme disait si bien le loup baguenaudant dans ses vertes estives.

 

Les fêtes absorbaient toutes les énergies et le rythme de vie nocturne accentuait chaque jour la fatigue des populations malgré la joie intacte des retrouvailles et des rencontres. La fête n'était déjà plus tout à fait la fête et l'intensité de la transe s'amenuisait au fil des nuits. L'imagination et l'enthousiasme des préparatifs s'émoussaient bien avant l'aube et l'on commençait à se soucier de rentrer de moins en moins tardivement. En laissant aux derniers partants la corvée de nettoyage. Et les derniers en question étaient bien incapables de faire la différence entre une tour de Notre-Dame de Thébeauville, un bec de gaz et un manche à balai. 

C'est là que les choses commencèrent à se compliquer. 

La mauvaise humeur des cantonniers et des éboueurs pointa lorsque, du fait du travail supplémentaire dont ils héritaient au chant du coq, ils arrivèrent un matin après l'heure de fermeture réglementaire des Ateliers Municipaux. Le concierge les avait alors menacés de fermer le portail à clé en les laissant dans la rue avec leurs charrettes remplies d'ordures, si d'aventure ils recommençaient le lendemain. Piqués au vif dans leur dignité d'agent d'entretien de la salubrité extérieure, ils abandonnèrent leur convoi dans la cour des ateliers, suspendirent le service public et s'en allèrent après le café-calva voir le directeur de la Voirie qui les reçut en pyjama à rayures, la braguette baillant à l'air frais et à la rosée du joli printemps thévillois. Le directeur, qui connaissait tout des pouvoirs des concierges et de leurs mille sortilèges les rappela à la réalité en indiquant que le concierge était payé pour fermer et ouvrir les portes à l'heure, pas avant, encore moins après. Et qu'on n'y pouvait rien changer à moins d'un avis circonstancié de la Commission Paritaire qui "en tout état de cause" leur précisa -t-il, ne serait pas réunie avant les élections.

- Rentrez plutôt aux Ateliers, ordonna-t-il, et videz vos bennes. Je ne peux prendre le risque de me heurter à un concierge qui est dans la plénitude de ses droits et de ses devoirs ! 

Blessés dans leur conscience ouvrière du travail bien fait juste à temps, le cortège d'éboueurs et des cantonniers se concerta autour de quelques bouteilles de vin des Corbières et prit la décision de se diriger d'un bon pas vers le local syndical. Ils appelèrent le délégué qui venait de prendre son poste au garage, où il était chargé de l'entretien mécanique des autogaz du parc municipal. Le responsable du syndicat arriva et les reçut sur le pas de la porte. Puis, retroussant ses manches, il les harangua en ces termes : 

- Comment osez-vous faire des heures supplémentaires sans exiger la juste rémunération de votre dur labeur ? leur dit-il, sur un ton qui ne souffrait pas la moindre objection. Comment pouvez-vous vous permettre de venir me voir pour vous défendre, vous qui trahissez sans vergogne la classe ouvrière et son représentant ici devant vous ? Dîtes-vous bien que si vous êtes syndiqués, câmârâdes, ce n'est pas pour faire servir à table comme à la maison : c'est pour vous battre vous-mêmes ! Allez-y et soyez sans crainte, libérez-vous de ces chaînes qui entravent vos bras d'airain et de ces boulets qui ralentissent votre marche vers un digne combat ! 

Un peu déconcertés, les éboueurs et les cantonniers se réunirent le long du comptoir du Bar Biture Hic !, plus connu sous le nom de Bar des Ateliers et encore plus couramment appeléle magasin  à cause de la fameuse expression "Chef, il manque une pièce, il faut j'vais au magasin". Là, ils s'interrogèrent sur le point de savoir si les fêtes valaient une grève ; et s'il ne serait pas mieux de reprendre le problème à l'origine en demandant aux communautés de respecter leur contrat moral avec le Bourgmestre. Solution simple qui permettrait d'éviter la poursuite du conflit. On mit la proposition aux voix,  qui l'acclamèrent comme un seul l'homme dans l'euphorie des grandes conquêtes des agents de la filière du nettoyage urbain. On leva le coude pour fêter la victoire ; et on élit une délégation. La délégation, profitant de l'état de grâce décida de se rendre sine die au Palais Communal, pour obtenir une rencontre avec le Bourgmestre dans les plus courts délais, compte tenu de la tournure que prenaient les événements. Mais le Bourgmestre, qui venait de faire une rechute était à nouveau dans son lit avec ses glaçons sur la tête. 

- Il ne sera pas visitable avant une semaine peut-être, pronostiqua prudemment Quentin Plonpète, d'une voix soigneusement tragique et sincèrement désolée. 

A cet endroit précis de notre histoire la coque du navire s'inclinait, baissait culotte et montrait ses dessous, tandis que le château s'élevait en basculant à l’horizontale au-dessus des vagues.

Abattus par tant d'indifférence à leur juste cause, les délégués pensèrent alors qu'il serait peut-être bon qu'ils s'en aillent rendre des comptes à leur base. Sitôt dit, sitôt fait. 

De retour à la base, les cantonniers des quartiers voisins, les équipes d'éboueurs de jour qui prenaient leur service et les agents des espaces verts qui passaient par là, alarmés et révoltés par ce que le concierge osait faire endurer à leur collègues, avaient interrompu le travail. Une longue queue de salopettes et de casquettes s'étirait pour s'inscrire dans les différents groupes de discussion thématique installés dans la cour des Ateliers : "Fête et hygiène publique", "L'histoire mondiale du balayage ","Du balayage au traitement de surface", "Le tri des ordures dans la société civile : monastère ou pénitencier ?", "Les taxes ménagères : vache à lait ou corne d'abondance pour l'Etat ?". 

On approchait les 10h30 quand les premières bouteilles d'anis étoilé, l'absinthe du travailleur, succédant aux canettes de bière qui avaient animé et élevé les débats, firent une apparition attendue et ovationnée dans les groupes de réflexion en attendant l'heure de l'apéritif. 

A 11heures, à la suggestion des délégués, la base décida pour en finir avec ce scandale, de se rendre avant midi heure de fin de service, au bureau d'Archibald Champêtre qui, en qualité de Premier Echevin semblait de l'avis de tous, le seul à pouvoir dénouer l'écheveau des relations tendues entre "les immigrés qui ne travaillent pas et ne pensent qu'à faire la fête", les travailleurs laborieux humiliés par le concierge, et la hiérarchie administrative alliée objective du porte-clés. Aux alentours de 11heures et 5 minutes, les délégués se consultèrent quelques instants, et s'avisèrent qu'il serait peut-être judicieux de proposer à l'assistance de changer légèrement l'ordre du jour en prenant l'apéritif avant midi comme il se doit. Mais pour être sûr que la chose se fasse, il valait mieux anticiper maintenant. L'assemblée et ses carrefours approuvèrent massivement à verres levés. 

Les peintres en bâtiment, les maçons, les chaudronniers et les chauffagistes qui n'avaient pas grand chose à faire à l'approche de l'été furent les premiers à soutenir cette revendication. Puis vers 11h10 tous les personnels techniques municipaux, débrayèrent par solidarité, à l'appel du Syndicat qui prit la tête du mouvement à la fin du dernier Pastis. 

A 14heures on arrosait la victoire. Le Syndicat avait convaincu Archibald que la meilleure solution était de payer le concierge en heures supplémentaires ; et que l’entretien de la voirie revenait aux professionnels, seuls dignes de la confiance accordée par les élus en matière d’hygiène publique. Archibald venait de s’engager à mettre le concierge dans l’obligation d’ouvrir les portes des ateliers municipaux, et consentait dans la foulée à suspendre le principe des récupérations d’heures supplémentaires antérieurement adopté en raison des contraintes qui pesaient sur le budget municipal, en le remplaçant par le paiement des heures effectuées. Pour le personnel des services techniques exclusivement, précisait le protocole d’accord signé par les deux parties. Car si l’on payait le concierge, il convenait que la Ville respecte avant tout le principe du droit à l’égalité de tous les agents techniques devant les devoirs de la fonction publique territoriale. 

La bombe à présent désamorcée, Archibald pouvait en toute sérénité envisager de se présenter devant ses concitoyens, et s’activer à la préparation de sa campagne électorale. 

J’ai dit

Plume Solidaire

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