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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 17:00

 

 

J’ai écrit ce texte entre 1995 et 2000. 

« L’année du crocodile, chronique divertissante d'une ville de banlieue » est une succession de tableaux de la vie à Thébeauville, caractérisée par l’abondance de ses populations d'origines étrangères et la diversité de  leurs cultures. 

La ville va connaître un bouleversement politique après la défaite des Rospoints et l’arrivée à la Mairie du Marquis de la Rupée. 

La chronique est construite autour de trois moments : avant, pendant et après la campagne électorale. 

L’ensemble de la période est vue à travers le regard de Victorem, Directeur des Fêtes et des Divertissements ; acteur et témoin de cette restauration bonapartiste locale. 

J’ai dit

 


 

 

LE KAÏDOSCOPE

 

 

LA NAISSANCE DE DAVID

 

 

 

L

 

a carrière politique du Marquis de La Rupée eût été des plus anonymes si un événement inattendu n’était venu briser tout net l’élan de sa course vers la magistrature locale. 

Sorti indemne d'une perte de connaissance dans laquelle il avait été plongé pendant de longues semaines à la suite d’une mauvaise chute en descendant le grand escalier du Palais du Gouverneur des Cantons, il avait réintégré toutes ces facultés intellectuelles, ses valeurs managériales, dans un même souffle. Animé d’une foi inflexible dans les principes néo républicains de son parti, l’énergie dont il faisait preuve montrait un appétit de vivre sans commune mesure avec sa petite taille et sa silhouette déjà ventripotente malgré son jeune âge. 

Il se sentait comme sorti d’un songe dans lequel une divine apparition lui eût annoncé sa vision de l’avenir de la Nation et son destin d’homme d’Etat, dans l’éblouissement des révélations qui bouleversent une vie d’homme. 

On aurait dit que ce long sommeil lui avait été salutaire et que dans le repos cataleptique du corps, son esprit s’était libéré de cette carapace si lourde et contraignante. C’était comme si par la force de la pensée dégagée alors de la gangue du monde matériel, il avait tiré parti de cette longue traversée pour conforter ses opinions, affirmer ses ambitions, définir sa stratégie et affûter ses arguments. Bref, se concentrer sur l’essence même de sa vocation : restaurer l’ordre de la République en instaurant la république de l’Ordre. 

Ses sens ne s’en étaient que plus aiguisés dans le silence de la retraite, et son caractère plus aguerri par l’épreuve. 

Ce long voyage à l’intérieur de lui-même avait-il eu des propriétés revigorantes, peut-être prémonitoires ou initiatiques ? Il n’en demeurait pas moins à le voir et à l’entendre que les effets apparents de cette accidentelle cure de repos valaient bien mille séjours en stations balnéaires, thermales ou climatiques. Et si cette absence n’avait plongé la famille et les proches dans une interminable angoisse, on aurait pu en conclure que son parcours dans « l’en deçà » n’était en définitive qu’une facétie de brillant collégien - au mieux -, et au pire une plaisanterie de bien mauvais goût. 

Comme surgissant d’outre-tombe, il donnait à présent l’impression qu’il avait rattrapé le temps perdu.  L’intrigante présence-absence de l’homme public avait attiré la curiosité des journalistes du monde entier, et du coup elle avait puissamment concouru à générer une image publique insolite, originale qui apportait une touche d’innovation émouvante et personnalisée à son portrait, en même temps qu’une contribution significative à l’évolution des sciences de la communication politique contemporaine. 

Le premier cadet de la République capable de se doter d'une image positivement décalée, par défaut. 

En fait non seulement le Marquis n’avait pas perdu de temps mais il en avait gagné : son aura n’avait cessé de croître tandis que s’étendait l’inquiétude sur son état de santé, et sans qu'il n'y fît quoi que ce soit. 

L’absence avait suscité l’attachement, un large sentiment populaire d’injustice et de compassion pour cet homme foudroyé en pleine jeunesse par cette parenthèse tragique. 

Pour fêter son retour aux affaires, un mandarin de la presse locale avait avec tact et subtilité su traduire le sentiment général en citant Monsieur de La Rochefoucault séparé de sa Dulcinée par les événements de la Fronde: « L’absence diminue les médiocres passions et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies et allume le feu ». 

L’émotion avait traversé toutes les sensibilités, unissant dans une unanimité brève et sincère, tout ce qui comptait d’humanité dans le Thévillois, et tous ceux qui manifestaient encore un tant soit peu d'intérêt pour la vie publique. 

Le Marquis dans son sommeil, avait créé l’événement, dissous les différences, réduit les oppositions, et comblé la fracture sociale. 

Il n’était point d’almanach, de lettre et feuille, de dépêche, d’écho, de télégramme, de courrier et de gazette ; ni stations, ni chaînes qui ignorassent cette étrange mésaventure, ne l’étalassent dans leurs colonnes et la propageassent sur les ondes. 

Un nouvel Alexandre venait de renaître pour la gloire de Thébeauville, tel un Phénix de ses cendres. 

 

J’ai dit

Plume Solidaire

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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 17:00

 

 

 

 

LA TRANSE DU CANTONNIER

 

M

 

 

ais revenons aux faits et à nos moutons, comme disait si bien le loup baguenaudant dans ses vertes estives.

 

Les fêtes absorbaient toutes les énergies et le rythme de vie nocturne accentuait chaque jour la fatigue des populations malgré la joie intacte des retrouvailles et des rencontres. La fête n'était déjà plus tout à fait la fête et l'intensité de la transe s'amenuisait au fil des nuits. L'imagination et l'enthousiasme des préparatifs s'émoussaient bien avant l'aube et l'on commençait à se soucier de rentrer de moins en moins tardivement. En laissant aux derniers partants la corvée de nettoyage. Et les derniers en question étaient bien incapables de faire la différence entre une tour de Notre-Dame de Thébeauville, un bec de gaz et un manche à balai. 

C'est là que les choses commencèrent à se compliquer. 

La mauvaise humeur des cantonniers et des éboueurs pointa lorsque, du fait du travail supplémentaire dont ils héritaient au chant du coq, ils arrivèrent un matin après l'heure de fermeture réglementaire des Ateliers Municipaux. Le concierge les avait alors menacés de fermer le portail à clé en les laissant dans la rue avec leurs charrettes remplies d'ordures, si d'aventure ils recommençaient le lendemain. Piqués au vif dans leur dignité d'agent d'entretien de la salubrité extérieure, ils abandonnèrent leur convoi dans la cour des ateliers, suspendirent le service public et s'en allèrent après le café-calva voir le directeur de la Voirie qui les reçut en pyjama à rayures, la braguette baillant à l'air frais et à la rosée du joli printemps thévillois. Le directeur, qui connaissait tout des pouvoirs des concierges et de leurs mille sortilèges les rappela à la réalité en indiquant que le concierge était payé pour fermer et ouvrir les portes à l'heure, pas avant, encore moins après. Et qu'on n'y pouvait rien changer à moins d'un avis circonstancié de la Commission Paritaire qui "en tout état de cause" leur précisa -t-il, ne serait pas réunie avant les élections.

- Rentrez plutôt aux Ateliers, ordonna-t-il, et videz vos bennes. Je ne peux prendre le risque de me heurter à un concierge qui est dans la plénitude de ses droits et de ses devoirs ! 

Blessés dans leur conscience ouvrière du travail bien fait juste à temps, le cortège d'éboueurs et des cantonniers se concerta autour de quelques bouteilles de vin des Corbières et prit la décision de se diriger d'un bon pas vers le local syndical. Ils appelèrent le délégué qui venait de prendre son poste au garage, où il était chargé de l'entretien mécanique des autogaz du parc municipal. Le responsable du syndicat arriva et les reçut sur le pas de la porte. Puis, retroussant ses manches, il les harangua en ces termes : 

- Comment osez-vous faire des heures supplémentaires sans exiger la juste rémunération de votre dur labeur ? leur dit-il, sur un ton qui ne souffrait pas la moindre objection. Comment pouvez-vous vous permettre de venir me voir pour vous défendre, vous qui trahissez sans vergogne la classe ouvrière et son représentant ici devant vous ? Dîtes-vous bien que si vous êtes syndiqués, câmârâdes, ce n'est pas pour faire servir à table comme à la maison : c'est pour vous battre vous-mêmes ! Allez-y et soyez sans crainte, libérez-vous de ces chaînes qui entravent vos bras d'airain et de ces boulets qui ralentissent votre marche vers un digne combat ! 

Un peu déconcertés, les éboueurs et les cantonniers se réunirent le long du comptoir du Bar Biture Hic !, plus connu sous le nom de Bar des Ateliers et encore plus couramment appeléle magasin  à cause de la fameuse expression "Chef, il manque une pièce, il faut j'vais au magasin". Là, ils s'interrogèrent sur le point de savoir si les fêtes valaient une grève ; et s'il ne serait pas mieux de reprendre le problème à l'origine en demandant aux communautés de respecter leur contrat moral avec le Bourgmestre. Solution simple qui permettrait d'éviter la poursuite du conflit. On mit la proposition aux voix,  qui l'acclamèrent comme un seul l'homme dans l'euphorie des grandes conquêtes des agents de la filière du nettoyage urbain. On leva le coude pour fêter la victoire ; et on élit une délégation. La délégation, profitant de l'état de grâce décida de se rendre sine die au Palais Communal, pour obtenir une rencontre avec le Bourgmestre dans les plus courts délais, compte tenu de la tournure que prenaient les événements. Mais le Bourgmestre, qui venait de faire une rechute était à nouveau dans son lit avec ses glaçons sur la tête. 

- Il ne sera pas visitable avant une semaine peut-être, pronostiqua prudemment Quentin Plonpète, d'une voix soigneusement tragique et sincèrement désolée. 

A cet endroit précis de notre histoire la coque du navire s'inclinait, baissait culotte et montrait ses dessous, tandis que le château s'élevait en basculant à l’horizontale au-dessus des vagues.

Abattus par tant d'indifférence à leur juste cause, les délégués pensèrent alors qu'il serait peut-être bon qu'ils s'en aillent rendre des comptes à leur base. Sitôt dit, sitôt fait. 

De retour à la base, les cantonniers des quartiers voisins, les équipes d'éboueurs de jour qui prenaient leur service et les agents des espaces verts qui passaient par là, alarmés et révoltés par ce que le concierge osait faire endurer à leur collègues, avaient interrompu le travail. Une longue queue de salopettes et de casquettes s'étirait pour s'inscrire dans les différents groupes de discussion thématique installés dans la cour des Ateliers : "Fête et hygiène publique", "L'histoire mondiale du balayage ","Du balayage au traitement de surface", "Le tri des ordures dans la société civile : monastère ou pénitencier ?", "Les taxes ménagères : vache à lait ou corne d'abondance pour l'Etat ?". 

On approchait les 10h30 quand les premières bouteilles d'anis étoilé, l'absinthe du travailleur, succédant aux canettes de bière qui avaient animé et élevé les débats, firent une apparition attendue et ovationnée dans les groupes de réflexion en attendant l'heure de l'apéritif. 

A 11heures, à la suggestion des délégués, la base décida pour en finir avec ce scandale, de se rendre avant midi heure de fin de service, au bureau d'Archibald Champêtre qui, en qualité de Premier Echevin semblait de l'avis de tous, le seul à pouvoir dénouer l'écheveau des relations tendues entre "les immigrés qui ne travaillent pas et ne pensent qu'à faire la fête", les travailleurs laborieux humiliés par le concierge, et la hiérarchie administrative alliée objective du porte-clés. Aux alentours de 11heures et 5 minutes, les délégués se consultèrent quelques instants, et s'avisèrent qu'il serait peut-être judicieux de proposer à l'assistance de changer légèrement l'ordre du jour en prenant l'apéritif avant midi comme il se doit. Mais pour être sûr que la chose se fasse, il valait mieux anticiper maintenant. L'assemblée et ses carrefours approuvèrent massivement à verres levés. 

Les peintres en bâtiment, les maçons, les chaudronniers et les chauffagistes qui n'avaient pas grand chose à faire à l'approche de l'été furent les premiers à soutenir cette revendication. Puis vers 11h10 tous les personnels techniques municipaux, débrayèrent par solidarité, à l'appel du Syndicat qui prit la tête du mouvement à la fin du dernier Pastis. 

A 14heures on arrosait la victoire. Le Syndicat avait convaincu Archibald que la meilleure solution était de payer le concierge en heures supplémentaires ; et que l’entretien de la voirie revenait aux professionnels, seuls dignes de la confiance accordée par les élus en matière d’hygiène publique. Archibald venait de s’engager à mettre le concierge dans l’obligation d’ouvrir les portes des ateliers municipaux, et consentait dans la foulée à suspendre le principe des récupérations d’heures supplémentaires antérieurement adopté en raison des contraintes qui pesaient sur le budget municipal, en le remplaçant par le paiement des heures effectuées. Pour le personnel des services techniques exclusivement, précisait le protocole d’accord signé par les deux parties. Car si l’on payait le concierge, il convenait que la Ville respecte avant tout le principe du droit à l’égalité de tous les agents techniques devant les devoirs de la fonction publique territoriale. 

La bombe à présent désamorcée, Archibald pouvait en toute sérénité envisager de se présenter devant ses concitoyens, et s’activer à la préparation de sa campagne électorale. 

J’ai dit

Plume Solidaire

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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 17:00


 

 

LES HESPERIES – 2

 

Jusque là tout allait bien, le navire fendait fièrement les flots.  

Le Théâtre municipal ne désemplissait plus. Les concerts de râpes succédaient aux ballets du Sahel, les chants des nomades de la Mongolie Extérieure aux nostalgies du fado intérieur, les gavottes de la Bretagne aux bourrées vergnates. Un vrai mailing pot disait Victorem aux journalistes auxquels il présentait le programme des fêtes hebdomadaires, ponctuant ses annonces en tapant avec son crayon de bois sur la table qui restait de marbre, les rythmes rituels des coupeurs de têtes nagas partant à la guerre.  

Par ailleurs, il ne manqua pas de souligner que maintenant les voyous - hélas il en restait - devaient non seulement se cacher pour commettre leurs forfaits mais, de plus, se trouvaient relégués au simple statut d'exceptions qui confirmaient la règle.  

Thébeauville était devenue un pôle centripète de rayonnement culturel international, et l’on venait parfois de loin pour participer aux réjouissances.  

On voyait certains soirs au centre ville, un défilé de luxueuses litières s’arrêter devant la salle de spectacle à la façade illuminée d'arabesques néons. Des femmes, richement habillées de robes aux couleurs vives et parées de bijoux tous plus scintillants les uns que les autres dans la nuit thébeauvilloise, en descendaient. Puis c'était le tour du reste de la famille de s'extraire des limousines, des phaétons et des tilburys aux pots d'échappement chromés : l’homme, les autres épouses, leurs nombreux enfants, leurs chiens afghans, leurs chats siamois, et leurs bonnes espagnolettes à tout faire qui gardaient le poisson rouge sur son âne. On venait de tous les cantons environnants, des départements voisins et de Necmerfriture à pieds, en chevalvaps, en omnibus et en aéronef. Le lendemain matin, les boules de crottin de tous calibres qui constellaient la place du Théâtre étaient ramassées l'une après l'autre par une famille gitane Maïs qui les revendait quelques heures plus tard aux jardiniers du dimanche en bas dans la vallée.  

Rien ne se perdait ; la nouvelle politique des divertissements générait de l'emploi et participait au recyclage des déchets des peuples du monde en goguette. 

Le service des Divertissements et des Fêtes faisait feu de tous bois pour que chacun se sentît comme chez soi. 

Les fêtes succédaient aux galas. Et dans le Théâtre communal devenu populaire, un désordre réjouissant emplissait les travées aux fauteuils de velours fatigué. On y entrait, sortait, mangeait, buvait, riait, et s’apostrophait amicalement comme dans les venelles du village au pays. On dansait dans les allées. Les enfants jouaient, se poursuivaient dans les couloirs, s’introduisaient et se cachaient partout où ils pouvaient se faufiler. Les lances à incendie avaient leur préférence. Parfois le flot de l'eau salvatrice s'étendait sur le déambulatoire du balcon, descendait l'escalier, se répandait dans les toilettes déjà inondées, et finissait par s'infiltrer sous les portes d'entrée pour se perdre dehors en coulées reptiliennes et en flaques cartographiques. "C'est l'printemps, on ouvre la piscine !" proclamait Victorem pour amuser la galerie.

Pour les concerts Victorem prenait toujours ses précautions pour qu’il n’y ait pas d’histoire. Il en engageait suffisamment des « grands frères » bien connus des jeunes, aux concerts. Et ça se passait plutôt bien, finalement. Certes il n’aurait pu nier qu’on y fumât en certaines occasions. Et il aurait volontiers confessé même sous la torture que les soirs de concerts tant prisés des jeunes populations, d’âcres odeurs flottaient dans les travées surpeuplées. S’adonnant aux pratiques rituelles tribales, ceux-ci se transmettaient de main en main d’étranges calumets et de curieuses cigarettes roulées dans du tabac aux parfums envoûtants d'Orient ou d’Amérique latine. Les corps frêles des jeunes gens transportés par la musique se balançaient harmonieusement dans la brume ; leurs silhouettes fines se découpaient dans le halo des projecteurs de la rampe de scène. 

L’étranger qui honorait les communautés d’une visite, même rapide était accueilli à bras ouverts. Car l’étranger était l'invité personnel du marabout quand il n’était pas considéré comme l’invité de toute la tribu. Ses représentants ne manquaient pas de lui offrir à boire et de lui faire déguster les plats du pays, même s'ils arrachaient la gueule. Ainsi Victorem se vit offrir ces années là un repas exotique chaque samedi soir sans bourse délier, geste auquel il était particulièrement sensible par ces temps difficiles. Avec en plus le sourire édenté de la cuisinière arborant fièrement sa canine en or. Preuve qu'ils en avaient. 

Pourtant, dans ces lointaines cultures, les autochtones semblaient bouder leurs voisins. Ceux qui le pouvaient, préféraient voyager à l'étranger pour retrouver les signes de la culture blanche dans les grands hôtels ventilés par de larges hélices de paquebot en cuivre rutilant, sur les plages de sable blanc nacrées de coquillages mystérieux, sous l'ombre indolente des feuilles de palmiers, et de cocotiers.

Leurs oreilles fragiles supportaient difficilement les mélodies aux sons répétitifs et les cris atrocement stridents des femmes. Leurs regards se détournaient des danses dont les chorégraphies leur paraissaient trop simples, parfois un peu lourdes, préférant l'entrechat du chausson sur le parquet de la salle de danse au martèlement du sabot de bois sur le carrelage de la cuisine. Ils se refusaient à considérer les costumes, aux couleurs primaires et chatoyantes comme l'habit de lumière maculé du sang du bœuf sacrifié quand le toréador exhibe aux foules en délire chauffées à blanc par le soleil de l'été andalou, les oreilles et la queue disproportionnées de l'animal immolé sur l'autel d'une corrida crépusculaire. Les paroles qui célébraient l’eau, le feu, le ciel et les saisons, l’amour de la terre et la mémoire des ancêtres échappaient à leur entendement. 

Eux qui se plaignaient qu'on leur en donnât pas assez et toujours plus aux ethnies qui clamaient bien fort en rigolant de toutes leurs dents qu'on leur donnait trois fois rien. 

"On tient toujours du lieu dont on vient. Parlez au diable, employez la magie, vous ne détournerez nul être de sa fin".Ils se demandaient qui ils étaient dans tout ce mélange trivial d'expressions horriblement rurales de gambilles et de séguedilles, et de générations montantes et descendantes sur le grand escalier de bronze du temps. 

C’est dans les cuivres et les ors d’une belle journée d’automne que le Bourgmestre annonça qu’il ne solliciterait pas un nouveau mandat des thébeauvillois au Palais Communal.

  

Victorem voulait dire melting pot  : pot mélangé et non pas mailing pot qui veut dire pot à lettres.

naga : peuple chrétien de Birmanie en guerre contre l'Inde et la Birmanie

 


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