Overblog Tous les blogs Top blogs Sport Tous les blogs Sport
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 17:00

 



Source :  carlscoaching

 


 

Le référé est une procédure exceptionnelle et rapide, dont le formalisme est réduit à l'essentiel ; elle permet d'obtenir du magistrat compétent une décision provisoire exclusive de toute contestation sérieuse et dont la solution est urgente.


A présent, la matière des référés est réglementée par les articles 482 à 492 N.C.P.C. qui constituent les dispositions générales applicables à toutes les juridictions de référé ; mais d'autres articles du livre II du N.C.P.C. réglementent la procédure de référé devant le Président du T.G.I., le juge d'Instance, le Président du Tribunal de Commerce, le Conseil de Prud'hommes, le Président du Tribunal Paritaire des Baux Ruraux et le Premier Président de la Cour d'Appel.


Le pouvoir de statuer en référé se rapproche de celui du Président d'ordonner, sur simple requête, des mesures urgentes ; mais il en diffère de façon fondamentale, en ce que la procédure de référé est contradictoire, alors que la procédure sur requête est précisément prévue dans les cas où les circonstances exigent que la mesure urgente sollicitée ne soit pas prise contradictoirement (art. 493 N.C.P.C.).


Du fait de ses multiples avantages, le Référé a pris une importance considérable dans la pratique judiciaire.



      1.    Le référé devant le Président du Tribunal de Grande Instance


Le référé relève des attributions propres du Président du Tribunal de Grande Instance telles qu'elles sont énoncées par les articles 808 à 811 N.C.P.C. Mais les textes lui donnent la possibilité de déléguer à un ou plusieurs magistrats qu'il désigne tout ou partie de ses pouvoirs de statuer en référé. Par ailleurs, le Président a toujours la faculté de renvoyer l'affaire, en état de référé, à une audience du Tribunal dont il fixe la date (art. 487 N.C.P.C.), les difficultés particulières d'une demande en référé pouvant, en effet, justifier son examen par une formation collégiale.


Il convient à ce propos d'ouvrir une parenthèse sur l'organisation intérieure séculaire du Tribunal de Paris qui répartit ces attributions entre les magistrats des référés sur placet et des référés sur procès verbaux :


- Les référés sur placet sont introduits par le dépôt au Greffe, d'un placet rédigé par l'avocat reproduisant l'assignation.


- Les référés sur procès-verbaux sont introduits par la mise à l'audience du procès-verbal de l'Huissier instrumentaire. Il est admis que les référés du domaine de l'Huissier de Justice doivent être introduits sous la forme d'un procès-verbal constatant le refus d'exécution et non par voie d'assignation directe ; le référé ne doit s'introduire que pour lever un obstacle à une exécution.


Cette répartition se justifie pour plusieurs motifs : bien que, rappelons-le, il s'agisse d'une réglementation d'ordre intérieur qui ne diminue en rien la compétence respective des Magistrats


- D'une part, les référés sur placet évoquent des questions graves par leur nature ou par leur importance alors que les référés sur procès-verbaux ne soulèvent que des questions qui ne prêtent pas à contrevue.


- D'autre part, alors que les référés sur placet sont l'accessoire ou le préliminaire d'une instance, seul l'huissier instrumentaire qui a été sur place, qui a connu personnellement la difficulté, peut donner au Magistrat des éléments d'appréciation qui lui permettront de juger en connaissance de cause.

 


      a)      Compétence d'attribution


Juridiction d'exception, le Juge des Référés ne peut être valablement saisi que dans les cas spécifiés par la loi ces cas sont les suivants :

- L'urgence (art. 808 N.C.P.C.)

- Les mesures conservatoires et le référé au fond (art. 809 N.C.P.C.)

- La difficulté d'exécution d'un jugement ou d'un autre titre exécutoire (art. 811 N.C.P.C.).


L'urgence

Aux termes de l'article 808 N.C.P.C., l'urgence fonde à elle seule la compétence du Juge des Référés dès lors que la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse ou bien se trouve justifiée par l'existence d'un différend.


Pour apprécier l'urgence, le juge doit se placer à la date à laquelle il rend sa décision, et cette urgence est en fait présumée dans diverses matières


• En matière de voies d'exécution : décharge du gardien en matière de saisie, nomination d'un séquestre de l'immeuble saisi, ouverture des portes en matière de saisie-revendication, de scellés, etc.

• Certaines mesures d'instruction : expertises, constats d'audience.

• Toutes mesures telles que séquestre, saisie et autres propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à la vie privée (art. 9 C. Civil).


Les mesures conservatoires

En vertu de l'article 809 N.C.PC., le Président peut toujours prescrire en référé "les mesures conservatoires" ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite.


Les difficultés d'exécution

Le Président est compétent pour trancher les difficultés qui peuvent s'élever à l'occasion de l'exécution d'un jugement (T.G.I., ou T.I. ou T.C.), d'un arrêt de la Cour d'Appel ou de tout autre titre exécutoire.


Le juge des référés ne peut toutefois, sauf dans le cas de l'article 1244 du Code Civil où l'octroi de délais entraîne, en fait, suspension de l'exécution, paralyser, même provisoirement, l'exécution d'un titre revêtu de la formule exécutoire.


Limitation de la compétence en matière de référé

Les décisions du juge des Référés sont toujours provisoires et ne peuvent acquérir autorité de chose jugée au principal : par suite, la compétence de cette juridiction est primée par celle de la juridiction du fond chaque fois que la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse.


La notion de contestation sérieuse, inspirée par les solutions jurisprudentielles a été substituée par le décret du 9 septembre 1971 à celle de "préjudice au principal".


D'autre part, selon l'article 810 N.C.P.C., les pouvoirs du président du T.G.I. s'étendent à toutes les matières où il n'existe pas de procédure particulière de référé.


       b)       Compétence territoriale

La jurisprudence a toujours fait preuve d'une certaine souplesse dans l'interprétation de la compétence territoriale du Juge des Référés : le demandeur peut, selon les cas, saisir le juge soit:

- du domicile du défendeur;

- du lieu où le litige a pris naissance;

- du lieu où les mesures urgentes doivent être réalisées;

- s'il s'agit d'une difficulté d'exécution, de l'endroit où doit s'effectuer l'exécution.


      c)       Procédure du référé

La doctrine insiste sur le caractère exceptionnel de la procédure de référé : absence de délai d'assignation, ministère d'avocat non obligatoire.


L'assignation

Le ministère d'avocat n'étant pas obligatoire en matière de référé, il n'a pas lieu d'indiquer une constitution d'avocat comme pour les assignations ordinaires. Par ailleurs, si aucun délai n'est prescrit entre l'assignation et l'audience, encore faut-il qu'il y ait un délai suffisant pour que la partie assignée ait pu préparer sa défense (art. 486 N.C.P.C.).


La représentation

Les parties peuvent se présenter en personne, être assistées ou représentées, non seulement par un avocat mais aussi par tout mandataire muni d'une procuration spéciale, sous la réserve toutefois d'un règlement intérieur particulier au Tribunal.


La représentation par un Huissier de Justice muni d'une procuration spéciale est admise par la jurisprudence sous les distinctions suivantes :


- Ou l'Huissier est porteur d'un titre exécutoire et la possession de ce titre vaut mandat légal du client;

- Ou l'Huissier n'est porteur que d'un titre sous seing privé ou n'a pas de titre et dans ce cas le pouvoir spécial sera nécessaire.


Les contestations sur la compétence

La procédure du déclinatoire de compétence (art. 75 et suivants N.C.P.C.) n'est pas applicable en cas de contestation de la compétence du Juge des Référés ; seule la voie de l'appel est ouverte. Elle est commandée par le fait qu'avec son système de délais et de sursis à statuer, la procédure de contredit est inconciliable avec la nature même du référé.


L’ordonnance

L'ordonnance contient la décision du Juge et peut porter condamnation à une astreinte aux dépens ; elle est exécutoire à titre provisoire et sans caution, mais le juge peut toujours décider, en fonction de l'espèce, qu'il en sera fourni une. En cas de nécessité, il peut ordonner l'exécution de son ordonnance sur minute.


 

      2.    Le référé devant le Juge d'instance

Il obéit aux règles générales prévues par les articles 482 à 492 du Code Civil, quant aux ordonnances de référé.

Le juge du tribunal peut toujours prescrire, en référé, les mesures conservatoires ou de remise en état (art. 849 N.C.P.C.) ; dans les cas d'urgence, il peut ordonner en référé toutes les mesures qui se heurtent à aucune contestation sérieuse (art. 848 N.C.P.C.).

 

      3.    Le référé Prud'homal

La procédure est justifiée par l'urgence en cas d'absence de contestation sérieuse. L'audience des référés est tenue par un Conseiller employeur et un Conseiller salarié. La demande en référé est formée au choix du demandeur par acte d'huissier de justice ou par LR adressée au secrétariat du greffe du Conseil de Prud'hommes.


Les ordonnances de référé sont susceptibles d'appel dans un délai de 15 jours.

 

      4.    Le Référé commercial

Juridiction d'exception, le Tribunal de Commerce, et par voie de conséquence son Président, ne peuvent connaître que des matières qui leur ont été spécialement attribuées par la loi. C'est ainsi que le Tribunal de Commerce est incompétent pour connaître de l'exécution de ses jugements, comme de toute procédure d'exécution, même pratiquée en vertu de jugements rendus par lui.


L'article 873 N.C.P.C. reproduit exactement les termes de l'article 809 (T.G.I.) et 849 (T.I.).


Parmi les principaux cas de référé commercial, on peut citer :

- l'octroi d'un délai de grâce (art. 1244 Code Civil) s'agissant d'une créance commerciale;

- la nomination d'un administrateur de fonds de commerce;

- d'un administrateur provisoire de société;

- d'un séquestre de prix, de billets de fonds;

- d'un expert ou d'un huissier de Justice aux fins de constat.

 


       5.    Le référé rural

Au point de vue compétence d'attribution, les articles 893 et 894 reproduisent exactement les termes des articles 848 et 849 N.C.P.C. concernant le référé d'Instance. Dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, le président peut accorder une provision au créancier (Décret du 17 décembre 1985) ou même ordonner l'exécution de l'obligation, quand bien même il s'agirait d'une obligation de faire.


Le Président ne peut statuer que dans les limites de la compétence du Tribunal Paritaire mais en vertu de l'article 895 N.C.P.C., il peut aussi statuer sur les difficultés d'exécution d'un jugement rendu par le Tribunal Paritaire. L'Huissier de Justice peut représenter les parties sans avoir à justifier d'un pouvoir spécial.


 

       6.    Le référé devant la premier Président de la Cour d'Appel

L'article 956 du N.C.P.C. confère au premier Président de la Cour d'appel ou à son délégataire, le pouvoir de statuer en référé pendant le cours de l'instance d'appel, à condition qu'il y ait urgence et que la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse ou se justifie par l'existence d'un différend.


De même, le Premier Président peut ordonner en référé, au cours de l'instance d'appel, toutes mesures utiles sur demandes tendant à la suspension de l'exécution d'un jugement improprement qualifié en dernier ressort, ou à exercer les pouvoirs qui lui sont conférés en matière d'exécution provisoire.


 

       7.    Le référé administratif

L'article R. 102 C. Tribunal administratif donne au Président du Tribunal administratif ou au magistrat qu'il délègue le pouvoir de statuer suivant une procédure analogue à celle du "référé". Le président est saisi par voie de requête qui est immédiatement notifiée au défendeur éventuel avec fixation d'un délai de réponse.

 

Le Président peut ordonner toute mesure utile, à condition de ne pas faire préjudice au principal et de ne pas faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative. La décision est exécutoire par provision et est susceptible d'appel dans la quinzaine de sa notification.

Partager cet article
Repost0
26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 18:00

 

 



Point besoin d'adhérer au Parti Communiste ou d'être marxiste pour comprendre et décrypter le monde dans lequel nous vivons.


Il suffit de constater l'évolution de notre société au fil des décennies vers l'individualisme et les contraintes du monde du travail qui corrodent les fraternités de proximité.


Effritement des relations de voisinage en milieu urbain, éloignement des amitiés de travail engendrées par la mobilité professionnelle, relations familiales épisodiques, réduction de la durée de vie des couples, conduites suicidaires, autodestructrices et dépressions, incivisme et vandalisme, agressivité et petite délinquance,  dénigrement de la politique, vie civique marquée par l'abstentionisme (élections européennes, élections régionales)...La liste est longue de nos fragilités relationnelles et des contingences de nos rapports sociaux.


La vie économique structure l'individu, accapare de plus en plus son énergie. Elle infléchit sa conduite pour qu'il se conforme aux modèles de consommaton induits par la publicité, les médias, ses groupes d'appartenance  (famile, amis, collègues, loisirs...) et ceux vers lesquels il aspire (groupe de référence). Elle l'écartèle en créant la frustration de ce qu'il ne parvient pas ou plus à possèder.


Le monde dans lequel nous vivons enferme l'individu dans la solitude de son devenir. Il nous contraint à bâtir notre projet professionnel, à nous autoévaluer, à accroître par nous-mêmes nos performances. En nous donnant plus d'autonomie, il nous a convaincu que nous sommes libres et nous nous sommes emparés de cette responsabilité comme un cadeau désintéressé qui nous aurait été offert.


Nous sommes enjoints à devenir l'autoentrepreneur de notre vie. Et à assumer seul les conséquences de nos choix car tout a été mis en oeuvre pour nous convaincre que "la solution à notre problème est en nous".



Nous y avons cru.


Corollairement nous avons intériorisé -inconsciemment- que puisque la solution est en nous, "nous sommes aussi LE problème".


Alors chaque chômeur s'est senti entièrement responsable et coupable de sa situation, et cherche en lui-même de nouvelles ressources pour accomplir son destin individuel. Un destin individuel, libéral, libéré de l'empreinte de l'entreprise et de la pression des managers qui rêvent eux aussi de créer leur propre entreprise.


Tandis que, dans le même temps, les ressources et les canaux de retours  ou de maintien dans l'emploi continuent de se resserrer au fil des difficultés économiques et des restrictions des crédits publics (racisme, discriminations, harcèlements...). Et que de nouveaux ennemis sont désignés à la vindicte des dedans d'aujourd'hui (dehors de demain) : délinquants, étrangers, femmes, chômeurs...


La période du mandat présidentiel actuel s'est ouverte sur une volonté affirmée d'une gouvernance des comportements. Le slogan "travailler plus pour gagner plus" est la caricature de cette injonction gouvernementale à changer nos conduites. Les projets orwelliens de multiplication de la vidésurveillance, d'intrusion pour raison d'Etat sur l'Internet représentent au-delà des objectifs  rationnels qui les justifient, des arsenaux de contrôle des populations.


Le désarroi de certains usagers de nos permanences d'écrivains publics atteste de cette course éperdue vers la solution de problèmes qui ne sont pas de leur ressort : contrats de travail de courte durée, diminution ou suppresson d'aides sociales non ou mal justifiées, insuffisance du nombre des logements...Les conséquences de la "culture" néolibérale qui s'est déployée de manière affichée depuis les années 80 aux USA  puis en Europe, conduisent les pauvres dans le cercle infernal de l'obligation d'espoir dans la désespérance.

 
A cette «rationalité» néolibérale, qui est "une façon d’amener les sujets à agir sur le mode de la concurrence " en faisant "en sorte que les individus cherchent à maximiser leur intérêt au détriment de toute considération éthique", je réagis en apportant une pierre à  la construction d'une société fraternelle et solidaire.

 

En commençant par bâtir une micro société d'amitié, d'entraide, de coopération entre les plus pauvres qui vivent à côté de moi.

 

Un réseau de compréhensoin mutuelle.

 

A présent, nous sommes plusieurs. Et s'ils m'aident nous serons nombreux.

 

Car ils ont l'énergie de l'espoir quand le néolibéralisme nous impose l'énergie du désespoir.
Plume Solidaire


 


Archives de LIBERATION

Le 19 février 2009
Comment fabriquer un individu néolibéral
Interview

Concurrence. Rencontre avec Pierre Dardot et Christian Laval, auteurs de «la Nouvelle Raison du monde».

 

Par ERIC AESCHIMANN

Pierre Dardot et Christian Laval La nouvelle raison du monde, essai sur la société néolibérale La Découverte, 498 pp., 26 euros.

Pierre Dardot est philosophe, spécialiste de Marx et de Hegel. Christian Laval est sociologue, chercheur à Paris-X Nanterre. Il y a deux ans, avec El Mouhoub Mouhoud, ils avaient publié Sauver Marx ?, une critique minutieuse et acérée de l’interprétation du néocapitalisme selon Toni Negri. D’ampleur plus vaste, la Nouvelle Raison du monde propose une lecture du néolibéralisme inspirée par Foucault. «Il faut désormais, à gauche, cesser de penser que nous savons à quoi nous avons affaire quand nous parlons de "libéralisme" ou de "néolibéralisme", y écrivent-ils. Le prêt-à-penser "antilibéral", par ses raccourcis et ses approximations, nous a fait perdre trop de temps.»

 

Rencontre.

Le néolibéralisme, affirmez-vous, «avant d’être une idéologie ou une politique économique, est d’abord et fondamentalement une rationalité». Qu’est-ce qu’une «rationalité» ?

Pierre Dardot : Foucault définit la rationalité gouvernementale comme une logique normative présidant à l’activité de gouverner, au sens de gouverner les hommes directement, mais aussi de façon indirecte : de les amener à se conduire d’une certaine façon. La rationalité n’est pas l’exercice d’une contrainte, d’une oppression. A cet égard, le néolibéralisme ne saurait être réduit au seul domaine de la politique économique (les privatisations, la dérégulation), ni à un corpus doctrinal identifié (Friedman, Hayek), ni aux dirigeants qui s’y sont convertis à la fin des années 70 (Reagan, Thatcher). La rationalité néolibérale que nous étudions a une portée plus vaste et a pu être mise en œuvre par des gouvernements se réclamant de la gauche.

Qu’est-ce qui définit la «rationalité» néolibérale ?

Christian Laval : Sa façon d’amener les sujets à agir sur le mode de la concurrence. Par exemple, à propos de l’éducation : le néolibéralisme va s’employer à faire en sorte que les individus cherchent à maximiser leur intérêt au détriment de toute considération éthique. L’actuelle réorganisation de l’université repose tout entière sur la logique normative selon laquelle les comportements des individus, des laboratoires et des facultés doivent obéir exclusivement au principe de la concurrence. Foucault a montré que les premiers théoriciens libéraux, notamment Smith et Ferguson, à la fin du XVIIIe siècle, pensaient le marché selon une logique de l’équivalence : on échange un bien contre un autre bien et chacun en bénéficie. Le néolibéralisme, lui, repense le marché selon la logique de la concurrence, donc de l’inégalité.

De quand date ce tournant ?

P.D. : Dès la fin du XIXe siècle, chez le philosophe anglais Spencer, qui propose d’étendre Darwin et son concept de «sélection naturelle» à d’autres champs, notamment sociaux. Spencer opère une naturalisation du social : pour lui, une même loi universelle d’évolution, donnant des avantages à ceux qui sont les plus aptes, s’applique à toutes les sociétés humaines. Les néolibéraux n’aiment guère qu’on leur parle de Spencer, à cause de son biologisme. Pourtant, c’est bien chez lui qu’ils ont trouvé l’idée que le marché, c’est la concurrence. Mais, là où Spencer y voyait un mécanisme naturel, eux ont estimé que c’était un système à construire, requérant une intervention active et continue de l’Etat. C’est notamment le point de vue des «ordolibéraux» allemands.

C.L. : Lorsque le libéralisme entre en crise, à la fin du XIXe, deux courants apparaissent : un libéralisme justifiant l’intervention de l’Etat dans une optique stabilisatrice et redistributrice, dont la figure la plus fameuse sera John Maynard Keynes ; et le «néolibéralisme», qui, dès les années 30, proposera de faire du marché concurrentiel le nec plus ultra de la vie économique et sociale - avec la participation active de l’Etat. Certes, le keynesianisme triomphe après guerre. Mais le néolibéralisme n’a pas désarmé : les «ordolibéraux» allemands ont eu une influence déterminante sur la construction européenne, à commencer par le Traité de Rome lorsqu’il fixe le principe d’une «concurrence libre et non faussée». Cessons de voir le néolibéralisme comme une vague venue des pays anglo-saxons : il faut porter au jour cette filiation européenne.

Comment le néolibéralisme s’impose-t-il comme «rationalité» ?

P.D. : Il n’y a pas eu de plan secret visant à promouvoir le modèle néolibéral. Celui-ci a profité de la crise du keynesianisme, comme ce dernier avait profité de la crise du capitalisme dans les années 20 et 30. Rien n’indiquait que le principe de la concurrence prendrait la relève comme nouvelle norme mondiale. Sa codification ne date d’ailleurs que de la fin des années 80, avec ce que l’on appelle le «consensus de Washington», qui fixe les normes monétaires et budgétaires imposées aux pays en échange de l’aide du FMI.

C.L. : Le terme clé est celui de discipline. Au milieu des années 70, les experts internationaux dressent un constat alarmiste. «La situation est ingouvernable, disent-ils en substance, il y a un manque de discipline sociale.» C’est l’époque où Raymond Barre plaide pour la discipline monétaire et budgétaire. Mais aussi le moment où apparaît la fabrique du «sujet néolibéral», avec la mise en concurrence des individus, les techniques d’évaluation, l’encouragement à l’endettement privé, l’incitation à se transformer en un capital humain. L’individu est entrepreneur de lui-même, se soucie d’accumuler, de réussir, est responsable, donc coupable de son éventuel échec - tous ces points sont devenus les nouveaux symptômes individuels et sociaux auxquels sont confrontés psychanalystes et sociologues.

Le sujet néolibéral prend pour une liberté ce qui ne serait que concurrence. Pourtant, ne jouit-il pas d’une autonomie enviable par rapport aux normes en vigueur il y a cinquante ans ?
 

C.L. : Nous refusons tout retour à l’ordre moral. Nous voudrions plutôt déplacer la question. En voulant rendre le sujet performant à tout prix et en tout domaine, le néolibéralisme pose comme règle paradoxale un principe d’illimitation. Mais cette illimitation masque qu’il existe, dans la réalité, une limite au désir, fixée par le capital et l’entreprise. L’illimitation promise par le néolibéralisme n’a rien à voir avec l’autonomie, tout comme la «gestion mentale des affects», dont parlent les manuels de management, ne saurait prétendre à être une «maîtrise de soi». Il ne faut pas voir dans le sujet néolibéral un être libéré de toutes ses chaînes. C’est l’erreur commune des conservateurs et des adeptes de la «modernité». Ce que nous désignons comme le «dispositif de performance-jouissance» est un système qui agit de l’intérieur du sujet mais n’en reste pas moins un mode de discipline sociale.

 

Peut-il exister un jour une «gouvernementalité», une «rationalité» de gauche ?

P.D. : Foucault remarquait que, lorsqu’elle était au pouvoir, la gauche adoptait soit un mode de gouvernement ou une gouvernementalité libérale, soit une gouvernementalité administrative et bureaucratique. Il faut sortir de cette alternative. Une gouvernementalité de gauche devra partir du principe que le bien commun est une affaire commune. Et ceci pas seulement au sens de mécanismes formels de prise de décision, mais aussi de pratiques vivantes, où l’on met en commun, où l’on coopère. Dans le champ de la connaissance ou dans celui de l’environnement, la logique du commun est très forte et informe directement certaines pratiques sociales : c’est cela qu’il faut développer. Il faut réinterroger le communisme, non pas en partant de l’objectif d’une société idéale, mais en partant des pratiques communes déjà existantes. Au XVIIIe, «communiste» voulait dire partisan du bien commun.

 

 


Pierre Dardot et Christian Laval

La Découverte, Paris, 2009, 498 pages, 26 euros

 

 Site : Le Monde Diplomatique

D’une grande érudition, ce livre est une invitation pressante à pousser la critique théorique et sociale de l’ordre actuel au-delà des analyses les plus courantes. Les auteurs récusent l’idée que le néolibéralisme se définirait principalement par le retrait de l’Etat, de sorte qu’on pourrait en annoncer la fin. En conclusion d’une analyse portant notamment sur les débats théoriques des cercles conservateurs dans les années 1930, puis les années 1950 et 1960, ils définissent le néolibéralisme « comme l’ensemble des discours, des pratiques, des dispositifs qui déterminent un nouveau mode de gouvernement des hommes selon le principe universel de la concurrence ».

Pour les principaux théoriciens du néolibéralisme, il ne s’agit pas tant de poser le marché comme une donnée qui limiterait l’action de l’Etat que de fixer aux gouvernements « l’objectif de construire le marché afin de faire de l’entreprise le modèle du gouvernement des sujets ». Ainsi le contenu classique de la démocratie a été fortement érodé, sinon vidé de sens. A lire les passages où ils suggèrent que la concurrence est en passe de « devenir la norme universelle des conduites et ne laisse intacte aucune sphère de l’existence humaine, individuelle ou collective », on est tenté en revanche de penser que les auteurs croient le combat perdu. Mais, en toute fin du livre, ils évoquent les forces de résistance et les pratiques qui pourraient permettre l’émergence d’une « autre raison du monde », dont le travail coopératif et l’assistance mutuelle fourniraient certains des traits.

François Chesnais.

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 18:00


Je me suis lancé à la poursuite de mes Perdu(e)s de vue.


Il y a celles et ceux qui disparaissent et il y plusieurs façons de le faire.


Il y a ceux qui réapparaissent spontanément et c’est une joie.


 

P1020179.JPG

 

 

Eté 2009 - pique-nique AIDEMA19 : apparition sur la pelouse des Jardins d'Eole

 


D’abord P… qui avait de gros soucis. Il a démissionné intempestivement de ces deux petits jobs.


L’un des ces employeurs lui réclame une somme rondelette qu’il n’a pas les moyens de lui rembourser. Consultation juridique, réflexion, décision, lettre à l’employeur…Il n’a à présent qu’une idée : partir au Maroc chez des amis pendant quelques mois pour changer d’air.


Et cette dame âgée algérienne, dont nous avons tenté de retrouver l’adresse en vain un soir dans le froid à 20h00 après notre permanence. Et la voilà qui revient toute souriante avec son compagnon avec l’explication qui nous manquait concernant son logement. Nous ne comprenions pas pourquoi elle nous disait qu’elle ne payait pas de loyer. La raison provient d’un jugement qui fait suite à une plainte de plusieurs locataires contre le propriétaire de cet hôtel insalubre. Jugement qui les dispense de payer leur loyer depuis le mois d’octobre. Alors voilà que notre couple entame une procédure contre le propriétaire - demande d’aide juridictionnelle – pour demander le remboursement des loyers trop payés (2300€) depuis le prononcé du jugement au bénéfice des autres locataires .


Il y a ceux que je retrouve à distance.


Concernant Monsieur K, j’ai pris un coup de sang un matin (5 mars). J’appelle le Commissariat du 19ème arrondissement pour demander comment procéder pour retrouver une personne proche qui disparaît sans donner de nouvelle. L’agent me demande ses coordonnées et m’informe qu’il envoie une patrouille.


Une heure plus tard, coup de téléphone du Commissariat. Les policiers n’ont pas vu de boîte à lettres à son nom, ont fait le tour des étages et constaté qu’il n’y avait plus d’occupants dans l’immeuble.


La bonne nouvelle c’est qu’en appelant le service social de l’organisme de logement qui le suivait nous avons appris qu’une assistante sociale avait aperçu Monsieur K dans le quartier. Il a également reçu et accepté une lettre recommandée à laquelle il n’a pas donné suite. L’assistante sociale nous informera si elle a d’autres nouvelles.


Il est donc bien en vie, et à Paris. Nous sommes prêts à l’accueillir et à le soutenir s’il désire nous revoir. C’est tout ce que nous voulions savoir.

 

 

 

Et il y a ceux qui s’envolent avec le vent.


Alain ne répondait plus au téléphone – plus d’abonné au numéro -, mail sans réponse depuis  le 21 mai 2008 :


« Je reçois tes messages et ne prends pas le temps de t'écrire, pas sympa.

Une chose importante dans ma vie, rencontré une copine, belle relation. Sinon séjour de 6 semaines dans le centre de rééducation cardio-pulmonaire où j'étais allé après mon opération (importantes difficultés respiratoires fin 2007). Très motivé, cela m'a fait un bien fou, que j'essaie d'entretenir ici (vélo, piscine, tir à l'arc). Globalement ça va, je profite de ma liberté. En PJ un aperçu photo.

On se voit un de ces jours?

Amitiés

Alain »


Impossible de le joindre.

 

Recherche sur l’Internet, appels et plusieurs messages à sa mère à La Forêt Fouesnant en Bretagne.


La réponse vient par une lettre manuscrite de sa sœur. Une lettre bien écrite, détaillée, sensible, pleine de tristesse et de désolation.


Alain est décédé un mois après mon père.


Il y avait un lien entre ces deux-là  : c'est à la suite d'une rencontre entre eux à la Capitainerie de Port La Forêt que j'ai pu revoir cet ami d'enfance à Paris.


 

Ses cendres ont été dispersées en septembre dans la baie de La Forêt Fouesnant, en face de la plage de nos jeux d'enfance, de nos fêtes nocturnes et de nos amours adolescentes. 


 

Pointe-Saint-Laurent.JPG

 

 


Les joies aident à surmonter la douleur

La mort nous dit qu’il faut aimer la vie

La vie finit toujours par la mort

A nos enfants nous donnons la vie

La vie est un cycle sans fin

Qui conjure la mort

 


J’ai dit

Plume Solidaire

 

 

 

Partager cet article
Repost0

Qui Suis-Je ?

  • : Plumeacide, écritures publiques et arts énergétiques internes chinois
  • : Plumeacide est une histoire de fraternité républicaine avec celles et ceux qui s'embrouillent avec les chiffres et les lettres. Au fil des années il est devenu aussi la mémoire visuelle de ma pratique des arts énergétiques internes.
  • Contact

Allo, y a quelqu'un là ?

 
Plumeacide poursuit doucement mais sûrement son voyage dans la blogosphère, et va vers sa deuxième millionième page visitée ! Mââgique !
 
  
2 objectifs et 10 règles pour l'écrivain public (vidéo 3'30)

 

 
 
Bonne visite et à bientôt
espère-je !
 
 

Pourquoi me bouge je ?

Le monde n'est pas
difficile à vivre à cause
de ceux qui font le mal,
mais à cause de ceux
qui regardent
et laissent faire

Albert Einstein