Intéressante analyse de l'Observatoire des Inégalités sur les 3 modes d'évalutaion de la
pauvreté qui était en hausse en France
en 2007.
En attendant les chiffres des deux dernières années.
J'ai dit
Plume Solidaire
le 26 mars 2010
Il existe trois façons différentes de mesurer la pauvreté, mais pas de norme objective. Les explications de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des
inégalités.
La mesure
relative
Jusque que l’an dernier, on considérait comme pauvre toute personne vivant avec la moitié
du revenu « médian » [1], revenu qui partage l’effectif des ménages en deux (autant gagne plus, autant gagne moins). Cette mesure est dite
"relative" car la pauvreté est mesurée par rapport au revenu médian.
Souvent on utilise l’expression du « seuil à 50 % ». Ainsi pour 2007, comme
le revenu médian est de 1 514 euros pour une personne seule, le seuil de pauvreté = 1 514 * 50/100 (ou divisé par 2) = 757 euros. Mais la France est passée à une définition plus extensive,
souvent utilisée par les institutions européennes : le seuil est fixé à 60 % du revenu médian. Du coup notre seuil = 1 514 * 60/100 = 908 euros.
Aucun seuil n’est plus juste ou plus objectif que l’autre. On pourrait aussi utiliser un
seuil de 40 %. Mais le choix des seuils a un impact considérable sur l’amplitude de la population que l’on étudie : 4 millions de personnes avec le seuil à 50 % ou 8 millions avec
celui à 60 %... Dans un cas et dans l’autre, on ne parle pas de la même chose. La seconde définition est beaucoup plus étendue : pour certains, c’est une bonne façon de frapper
l’opinion, pour d’autres, on ne parle plus de la même chose et on rassemble des populations qui vivent dans des conditions très différentes.
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Le seuil ancré dans le temps
Le seuil de pauvreté dit "ancré par le temps", utilisé par le gouvernement est un
seuil relatif au niveau de vie médian à un moment donné. On dit qu’il est "ancré dans le temps" parce qu’il n’est réactualisé qu’en fonction de l’inflation. Le seuil habituel évolue en
fonction du revenu médian, qui lui augmente par l’effet de l’inflation mais aussi de l’enrichissement réel (on dit aussi "en volume"). Le seuil ancré dans le temps ne fait donc plus
dépendre la pauvreté de l’évolution de la richesse. C’est une mesure qui revient à figer les niveaux et les modes de vie à un moment donné. Le seuil serait divisé par deux si on l’avait
fixé dans les années 1970... Les besoins évoluent avec cet enrichissement.
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Les titulaires de minima
sociaux
On peut aussi mesurer le nombre de pauvres à partir de celui des titulaires de minima
sociaux. On comptabilise alors les personnes « reconnues » comme démunies au sein de la société par l’administration. Au total, un peu plus de 3,3 millions de personnes étaient
allocataires de l’un des neuf dispositifs de minima sociaux fin 2007. En comptabilisant les ayants droits (conjoints, enfants...), plus de 6 millions d’individus vivent d’une allocation de ce
dispositif. La difficulté, c’est que le nombre de pauvres évolue en fonction de la législation : une règle durcissant l’accès au RSA fait baisser le nombre de titulaires, mais pas forcément
celui des pauvres. Et inversement : la création du RMI en 1989 a fait « apparaître » une pauvreté qui existait auparavant…
La pauvreté en termes de conditions de
vie
Les mesures précédentes ne reposent que sur des critères monétaires ou administratifs. Or
la conséquence de la pauvreté, c’est l’exclusion de certaines pratiques, certaines consommations. Lesquelles au juste ? Pour mieux comprendre le phénomène de l’intérieur, l’Insee a mesuré
les privations dont souffre une partie de la population, ce que les chercheurs appellent « la pauvreté en conditions de vie ». L’institut établit une longue liste et pose la question
aux ménages : pouvez-vous chauffer votre logement ? recevoir des amis ? remplacer les meubles ? etc.
Ainsi, en France, 6,8 % des ménages n’ont pas les moyens de maintenir leur logement à
la bonne température, 2,9 % des Français indiquent ne pas avoir fait de repas complets pendant au moins une journée au cours des deux dernières semaines, etc. On peut calculer un taux de
pauvreté en estimant que si une personne ne répond pas à un certain nombre de critères, il est pauvre. En 2006, si on considérait un ménage cumulant 8 difficultés sur 27 comme pauvre, on obtenait
un taux de pauvreté en conditions de vie de 12,7 %. Mais cet indicateur dépend de façon très forte des critères utilisés.
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La pauvreté absolue
Aux Etats-Unis, la pauvreté est définie à partir d’un ensemble de biens et de
services jugés indispensables. Cet ensemble a été défini en 1965 et n’a que très peu été modifié depuis, hormis la prise en compte de l’information (pour en savoir plus). Pour l’année 2008, le seuil de pauvreté américain pour une personne seule vaut 627 euros, soit 17 %
de moins que le seuil à 50 % du revenu médian utilisé en France.
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Evolution du taux de pauvreté en France
Unité : %
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seuil à 50%
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seuil à 60%
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1970
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13,5
|
19,1
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1975
|
11,5
|
17,7
|
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1979
|
9,3
|
15,1
|
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1984
|
8,7
|
14,4
|
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1990
|
7,4
|
14,7
|
|
1996
|
8,1
|
14,4
|
|
1997
|
7,8
|
14,3
|
|
1998
|
7,5
|
13,6
|
|
1999
|
7,2
|
13,1
|
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2000
|
7,3
|
13,5
|
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2001
|
6,9
|
13,2
|
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2002
|
6,7
|
13
|
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2003
|
7,2
|
13
|
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2004
|
7,1
|
12,7
|
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2005
|
7,2
|
13,1
|
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2006
|
7,0
|
13,1
|
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2007
|
7,2
|
13,4
|
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Source : Insee, personnes vivant en métropole, hors étudiants.
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Evolution du nombre de personnes pauvres
Unité : milliers
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seuil à 50%
|
seuil à 60%
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1970
|
6 500
|
9 187
|
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1975
|
5 836
|
9 020
|
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1979
|
4 898
|
7 918
|
|
1984
|
4 667
|
7 685
|
|
1990
|
4 214
|
8 337
|
|
1996
|
4 594
|
8 103
|
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1997
|
4 410
|
8 085
|
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1998
|
4 276
|
7 728
|
|
1999
|
4 091
|
7 505
|
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2000
|
4 204
|
7 784
|
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2001
|
3 996
|
7 613
|
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2002
|
3 925
|
7 592
|
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2003
|
4 150
|
7 634
|
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2004
|
4 084
|
7 473
|
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2005
|
4 270
|
7 766
|
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2006
|
4 188
|
7 828
|
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2007
|
4 281
|
8 034
|
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Source : Insee, personnes vivant en métropole, hors étudiants.
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Source Photo : LordFerguson
[1] Après impôts et prestations sociales