Cette année le Pôle Emploi a radié 500 000 chômeurs inscrits.
« Selon les chiffres officiels, 45 800 personnes ont été radiées, de manière légitime ou non, des listes en juillet 2010, soit une augmentation de 9 % par rapport à 2009. Néanmoins, la direction du Pôle emploi affirme que le nombre de radiations baisse globalement par rapport aux années précédentes. (Le Monde du 09.09.2010) »
Pour fêter mon anniversaire et mes 60 ans le Pôle Emploi m’avait radié en décembre 2009 sans avertissement ni information a posteriori pour justifier cette décision anonyme.
J’ai été profondément blessé par cette décision et la méthode employée. Cette situation me rapprochait encore plus des souffrances des personnes auxquelles j’apporte mon soutien, quand bien même j’ai su mettre à profit pour mon propre compte mon expérience des démarches administratives pour percevoir l’intégralité de mes droits jusqu’à leur terme.
Mais combien de chômeurs radiés connaissent la procédure à suivre ?
Depuis la rentrée de septembre je constate une hausse sensible du stress chez certains usagers provenant par exemples de trop perçus à rembourser d’indemnités de chômage ou d’allocations familiales, de radiations du Pôle Emploi, y compris un cas de radiation de l’Allocation Spécifique de Solidarité (ASS) au motif que la personne serait arrivée au « terme de ses droits ».
Pourtant il m’a été précisé par une assistante sociale de mon réseau professionnel que l’ASS ne pouvait faire l’objet
d’une radiation, sauf si la personne ne s’est pas rendue à une convocation du Pôle Emploi, ce qui était certainement son cas alors que l’ASS constitue sa seule ressource. Or il semble bien
que le Pôle Emploi envoie nombre convocations pendant la période des vacances d’été au cours de laquelle de nombreux chômeurs immigrés ou étrangers, qui omettent de déclarer leur absence
supérieure à une semaine du territoire national, vont séjourner dans leur famille au pays. Une aubaine pour faire des coupes claires dans les budgets ?
J’ai reçu deux personnes, l’une gravement malade a failli décéder il y a deux semaines, l’autre blessée et handicapée suite à un accident de la circulation, qui ont été contraintes de quitter l’établissement hospitalier qui les accueillait en cours de soins.
Cette situation est, chacun peut aisément le comprendre la conséquence des plans que les organismes de solidarité nationale (Pôle Emploi, CAF, Sécurité sociale, Hôpitaux…) ont mis en œuvre pour limiter les déficits sous l’impulsion d’un gouvernement qui a engagé en juin dernier un plan de réduction des déficits publics pour les « ramener à 3% du PIB en 2013 : réduction de 10% des dépenses de fonctionnement et d’intervention de l’Etat, suppression de 100 000 postes dans la fonction publique, gel des concours financiers de l’Etat aux collectivités locales, ainsi que des économies de 5 à 6 milliards d’euros sur les niches fiscales (Le Monde du 4 juin 2010) ».
La brutalité avec laquelle s’applique cette politique permet de mettre en lumière les problématiques auxquelles sont confronté nombre de personnes illettrées. Les questions de fond que posent ces méthodes concernent notamment l’appréhension de l’information et son interprétation.
En effet, nombre de personnes ne font pas de lien entre les politiques mises en œuvre et leur vie quotidienne
Leur vigilance n’est pas mise en alerte par les informations sur le contexte économique et elles ne sont pas en
capacité d’en tirer les conséquences. Et lorsque vous expliquez après coup les raisons de la suspension des aides dont ils ont besoin pour (sur)vivre, vous êtes confronté à l’incompréhension
totale et à la peur panique de l’avenir immédiat de l’usager pour qui vous rédigez un recours qui est moins sûr d’aboutir. Comme ce fut le cas de ce monsieur bénéficiaire de l'allocation pour
adulte handicapé qui est resté pour la première fois plus de trois mois au pays pour assister sa mère et son épouse malades.
Beaucoup méconnaissant dans certaines situations leurs devoirs (Pôle Emploi) tombent dans les chaussetrappes d’une bureaucratie qui les traite désormais sans ménagement.
Pire, dans le secteur des droits à la santé, une nouvelle technique est utilisée pour les personnes qui bénéficient de la CMU (Couverture Maladie Universelle) et qui demandent à bénéficier de la mutuelle complémentaire appelée CMU complémentaire.
Il suffit que leurs ressources déjà très modestes dépassent le plafond permettant l’accès à la CMU complémentaire pour qu’elles se voient proposer une Aide à la complémentaire santé sous forme de chèque de réduction qu’elle doivent transmettre à la mutuelle qu’elle doivent également choisir elles-mêmes. La conséquence étant qu’elles auront à payer sur leurs propres ressources le solde de la cotisation annuelle à verser à la mutuelle, et d'être obligées de financer des frais de santé non remboursés.
En clair une personne dont les aides sociales permettent difficilement de vivre, se voit contrainte quel que soit son état de santé de financer une partie de ses soins.
Ainsi la semaine dernière j’ai reçu une dame africaine âgée qui s’était vue refuser la CMU complémentaire, qui souffrait le martyre et ne pouvait plus acheter les médicaments indispensables pour atténuer les souffrances causées par une hernie discale dont elle venait d'être opérée. Le recours que j'avais rédigé la semaine précédente ayant été de nouveau rejeté, j'ai sorti ma botte secrète et je l'ai remise entre des mains sûres et expertes pour qu'elle puisse se soigner gratis.
Ainsi va la solidarité nationale au pays des droits de l'homme.
J’ai dit
Plume Solidaire
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