Dans moins d’une semaine je marcherai dans le Sahara ; dans le
Sahara algérien.
C’est la première fois que je vais en Algérie.

Comment ne pas penser à Albert Camus, que notre Président de la
République propose de faire entrer au Panthéon ?
J’étais allé voir "l'Etranger", le film de Luchino Visconti sorti en
1967, à l’occasion de sa ressortie en salle cinquante après la mort d'Albert Camus. C’était à la Filmothèque du Quartier Latin, à quelques centaines de mètres du Panthéon. Marcello Mastroianni
interprétait un Meursault étonnant de simplicité et d’authenticité. Il était entouré dans les seconds rôles d’acteurs qui formaient le paysage du cinéma français des années 60 : Anna Karina,
Bernard Blier, Georges Wilson (qui vient de décéder), et Bruno Crémer (cocoricooooo ! ). Un film incontestablement fidèle au roman.
C’est en relisant les passages que j’avais annotés dans le petit livre
de Jean Daniel, « Avec Camus – Comment
résister à l’air du temps » - 2006 -, que je me suis rendu compte à quel point je partageais son approche de la vie et de la politique; réflexions qui constituent une sorte de
"guide" dans ma ligne de conduite.
« Je voulais dire seulement que le héros du livre
(Meursault) est condamné parce qu'il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en
marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. (…). Si l'on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de
mentir. » écrivait Camus dans Le Mythe se Sisyphe (op. cit., pp. 90-91).
Aujourd’hui, pour tout citoyen convaincu que nous ne pouvons nous passer de la politique
pour faire évoluer notre société, la question fondamentale est de savoir s’il est possible de mettre de la morale dans la politique.
Si je m’attache à une lecture factuelle de la réalité, la veille de la Saint Sylveste 2009
nous a présenté une démonstration éclatante des fondamentaux de la morale politique sarkozienne.
Le Conseil Constitutionnel a annulé un volet majeur du budget 2010. En censurant tous les
articles ayant trait à la taxe carbone, il a mis en
lumière auprès de tous les citoyens de ce pays que l’excès d'exemptions ne respectait pas le principe d'égalité devant l'impôt (pêcheurs, agriculteurs, routiers, entreprises les plus
polluantes soumises au marché des quotas européens, etc.), et ne remplissait pas l'objectif de lutte contre le réchauffement climatique qui était le sien.
Cette loi était par conséquent inutile et injuste. Après la censure de la loi sur
Le crédit d'impôt le 16 août 2007, puis la Rétention de sûreté le 21 février 2008, suivie du Redécoupage électoral le 8 janvier 2009, et Hadopi le 10 juin 2009, c’est la cinquième fois que le Conseil Constitutionnel ne valide pas la constitutionalité d’une loi à l’initiative
du gouvernement de l’hyper président.
A présent le roi est nu. Le Conseil Constitutionnel, garant du respect de la Constitution
de la République, apporte un démenti formel à la capacité de notre gouvernement de mettre en cohérence ses objectifs et les moyens pour les mettre en œuvre.
Débauche d’affirmations démagogiques, interdits moralisants, volonté de tout réformer en
même temps et ambitions internationales, vont de paire avec l’accaparement médiatique. Ensemble ils constituent les nouveaux habits de la propagande d’Etat qu’on appelle désormais la
communication politique.
Est-il encore crédible cet homme d’Etat qui sait si bien faire miroiter des objectifs
planétaires et généreux et qui, au bout du compte, doit endosser la responsabilité d’avoir dissimilé l’incurie de sa politique en matière d'écologie, et celle d’avoir courbé l’échine
devant les lobbys représentant les auteurs de pollution et du réchauffement climatique dans notre pays ?
Comment ne pas y voir dans cette révélation, un exemple parfait de double langage, de
duplicité, ou de manipulation de l’opinion publique? Opinion publique dont nous savons, grâce aux informations concernant les dépenses de l’Elysée dans ce domaine l’an dernier (2,8 millions €
dépensés pour l’achat de sondages d’opinions) qu’elle sert à la fois de girouette et de gouvernail à ce gouvernement.
Ainsi, du point de vue de la morale en politique, ce fait représente t-il un exemple
affligeant de lâcheté politique.
C’est cet homme d’Etat qui nous propose de transférer la dépouille d’Albert Camus au
Panthéon.
Sans doute pas en raison de motifs inspirés par la pensée d’Albert
Camus.
PS : France 2 diffusera demain soir - mercredi 6 janvier - à
20h35 « Camus », un téléfilm de Laurent Jaoui avec un Stéphane Freiss étonnant dans le rôle de l'écrivain.
J’ai dit
Plume Solidaire