J’ai eu très peur…
Pour mon père, mon frère et mon cousin le plus proche – qui ne manque jamais de rappeler comment au milieu du Golf de Gascogne je m’étais endormi à la barre pendant mon quart de nuit -, la disparition d’Eric Tabarly fut un moment tragique.
J’ai pratiqué passionnément l’escalade libre – et un peu l’alpinisme - dans les années 80 du siècle dernier.
Si leur élément est l’eau, le mien reste le gaz ; mais entre la relative surface plane des mers et les degrés variés de verticalité des parois (du 3 au 9), il y a finalement moins de distance et d’opposition qu’il n’y paraît.
Le marin trouve sur un monocoque avec le jeu du vent, des courants, de la houle, en fonction de l’itinéraire choisi, des joies très proches de l’inventivité qui permet au grimpeur par le travail des positions et des techniques, la recherche des équilibres, l’économie de l'énergie musculaire, et le calcul des risques, de sortir d’une voie.
Il y a en commun un certain goût de l’aventure et de la liberté, l’amour de la nature, les liens d’amitié qui se forgent et se confortent dans la réussite des défis renouvelés. La mer et la grimpe partagent sans doute des motivations plus profondes que procure la solitude dans la rencontre avec les puissances démesurées de l’univers, qui nous confrontent et nous révèlent un peu de à nous-mêmes dans la conscience de l’instant présent.
Et un insatiable besoin de rêve éveillé.
A l’instar des amoureux de navigation et de marine à voile, j’ai en mémoire les noms de ces grimpeurs et alpinistes prodigieux que j’admirais tant – Boivin, Bérault, Demaison…-, et dont je conserve les livres comme des quasi reliques. Comme ma corde et mon matériel d’escalade dans mon garage.
Je connais toujours par cœur les noms des 14 sommets les plus hauts de l’Himalaya dont Reinold Meissner a été le premier à triompher : Kangchenjunga, Shisha Panga (correction : Shishapangma), Nanga Parbat, Cho Oyu, Makalu, Manaslu, Gasherbrum, Dhaulagiri, Lhotse, K2, Broad Peak, Hidden Peak, Annapurna et l’Everest. Gagné !
Voilà que l’une de mes amies (coucou Colette !) m’a dit que Patrick Edlinger est mort, depuis longtemps. Et je n’en savais rien.
J’ai ressenti une grande tristesse : mon Tabarly était mort sans que je le sache. J’y ai pensé pendant deux jours jusqu’à ce que me vienne l’idée d’en avoir le cœur net.
Et bien non, lui il est encore bien vivant et en pleine forme. Il a survécu à la chute : lire « Patrick Edlinger, la mémoire calcaire ».*
*Hélas il est tout de même décédé le 16 novembre 2012
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La chute nous guette tous les jours, la vie consiste à prendre des risques mesurés.
Comme dans l’escalade, il faut se donner des objectifs réalistes et atteignables.
Progresser chaque jour un peu, ne jamais se résigner malgré les moments de fatigue ; chaque épreuve est une source de dépassement de soi et il n’y pas d’âge limite pour s’arrêter.
Sans jamais perdre son âme, toujours en évitant la chute fatale.
Si nous parvenons à surmonter les blessures de la chute, l’échec et la souffrance peuvent être salutaires, et la vie nous permet de rebondir.
Alors vive Edlinger !
J’ai dit
Plume Solidaire
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