FRANCE INTER - Emission « Le téléphone sonne » du 4 juillet 2008
Morceaux choisis de l'émission
Interventions de Camille LANDAIS (économiste), Nicole PENICAULT (Nouvel Observateur), Thomas PIKETTY - Economiste, Directeur d'étude à l'EHESS, Louis CHAUVEL - Sociologue, professeur à Science Po
Lire aussi l'article sur le livre de Thomas Philippon : Le
capitalisme d’héritiers, la crise française du travail
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Les 3 500 français les plus riches ont vu leurs revenus augmenter de 42 % au cours des 8
dernières années, alors que les revenus des français en moyenne ont augmenté de 6 %
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En moyenne, le patrimoine des français représente 6 années de revenus. Alors qu'au début des années 50 on était à peine à 1 année de revenus, dans les
années 80 à peine à 3 années de revenus. Nous sommes entrés dans un capitalisme de patrimoine où les patrimoines sont structurants des inégalités du
paysage social.
Thomas PIKETTY
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Il était possible dans les années 50-70 de se constituer un patrimoine sans apport de la famille. Maintenant nous sommes revenus à une période de l'histoire où
le patrimoine légué par la famille devient essentiel pour vivre correctement. Le travail ne permet plus de se loger dans un nombre de cas croissant.
Le problème est que tout le monde n'est pas né dans une famille avec un patrimoine.
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Il est beaucoup plus courant aujourd'hui qu'il y a 15 ou 20 ans, de recevoir sous forme de transmission de patrimoine
l'équivalent de presque une vie de travail. C'est un changement structurel. Cela bouleverse complètement les perceptions par rapport au modèle
méritocratique et à la valorisation du travail que nous avons en tête.
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La formation des élites :
Un rapport du Sénat montrait que, en 1988 il y avait 29% d'enfants des milieux défavorisés dans les classes préparatoires ; aujourd'hui ils ne sont que 9 %.
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Il faut aussi insister sur la culture, sur les médias, sur le monde du journalisme ou de tout ce qui est visible. Chez un collègue Alain CHENUT qui a écrit voilà
2 mois un article dans la Revue Française de Sociologie, un article sur 50 ans de premières pages de Paris Match. Son constat c'est que dans les
années 60-70, la plupart des nouvelles figures étaient vraiment nouvelles. Johnny Holiday est issu de rien ; il arrive dans Paris Match dans les années 60 ; on peut citer aussi
Polnaref (...) Aujourd'hui en revanche, depuis environ une 15ène d'années, les nouveaux arrivants de Paris Match sont pour l'essentiel « le filles et les
fils de... »
Ce phénomène là est un phénomène qui parle très fort aussi sur la fermeture de la culture, des médias et de bien d'autres milieux encore, sur leurs propres enfants.
Louis CHAUVEL
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L'abattement sur les droits de succession n'avait pas été relevé depuis 20 ans. On était à 300 000 f en 1984, et on était à 50 000 € jusqu' l'an dernier. Sauf que le patrimoine moyen actuellement est de 150 000 €. Ca a été multiplié
par 3 et l'abattement n'a pas bougé. Forcément il y avait une demande pour desserrer la contrainte. Simplement les mesures qui ont été prises l'an dernier ont été vraiment très très loin,
beaucoup trop loin. On a un abattement qui a été multiplié par 3 à 150 000 € avec la possibilité d'en bénéficier tous les 6 ans. Un couple avec 2 enfants
peut transmettre 3 millions d'euros à ses 2 enfants totalement nets d'impôts. 3 millions d'€ c'est moins de 0,5% des français (...) Il y a des impôts qui pèsent sur les revenus du
travail qui sont très lourds en France. Quand un employeur verse à un smicard 100 € charges sociales comprises, la personne ne reçoit que 50 € nets sur son
compte en banque compte tenu de tous les prélèvements. Alors que vous recevez 100 € dans le cadre de votre transmission de patrimoine, en moyenne les
impôts représentent 6 €. Dans ces conditions, si on veut revaloriser le travail, est-ce que la priorité c'est de réduire ces 6 € ou ces 50 € de
taxation sur le travail ?
Thomas PIKETTY
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Je me pose la question d'un société qui valorise autant le patrimoine. La valeur héritage devient plus importante que la valeur
travail. Je pense qu'en termes de creusement des inégalités, je ne vois pas où çà va s'arrêter.
Nicole PENICAULT
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On va tomber à peu près à 1,5 € de taxe sur les transmissions de patrimoine quand la réforme de 2007 aura produits tous ses
effets.
Thomas PIKETTY

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