Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /
De gauche à droite Thomas d'Aquin, Avicenne (Ibn Sina), Averroès, Aristote parlant à son maître Platon, Alexandre d'Aphrodise, Themistius, le singe

De gauche à droite Thomas d'Aquin, Avicenne (Ibn Sina), Averroès, Aristote parlant à son maître Platon, Alexandre d'Aphrodise, Themistius, le singe

Article publié le 30 septembre 2015, placé en tête de rubrique le 12 juillet 2016

A - Introduction : retentissement des assassinats de janvier 2015

Depuis deux ans j’ai franchi le Rubicon en traversant la frontière qui sépare l’usager de l’écrivain public. C’est le nouveau champ d’investigation, que je me suis fixé dans la vie de mes écritures publiques. La question qui m’intéresse est : qui est l’Autre en face de moi ?*

*Long est le chemin vers la citoyenneté -1 - Plumeacide – 12 janvier 2015

1.Le livre, porte-paroles des illettrés

Algériens, marocains, tunisiens, et mauritaniens, forment l’essentiel des usagers maghrébins qui sollicitent nos prestations d’écrivains publics.

Du Grand Moyen Orient nous accueillons parfois des égyptiens, des turcs, rarement des irakiens et des syriens.

C’est donc pour une bonne partie, le Maghreb que j’ai devant moi dix heures par semaine. Même si le monde essentiellement musulman et chrétien de femmes et d’hommes que nous aidons parce que nous les aimons, s’étend plus au sud vers le Mali, le Sénégal, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Nigéria, le Soudan, et sporadiquement la Gambie, la Somalie ou le Burkina Faso.

Et dans les publics minoritaires que nous rencontrons sur notre rive de la Méditerranée, nous avons vu des kosovars, des bulgares et des bosniaques, souvent aussi musulmans. Beaucoup plus à l’est nous viennent plus souvent les pakistanais et les bengalais, parmi lesquels je compte de fidèles usagers pour qui j’éprouve une réelle estime.

Un désir de dialogue

A la source de ma quête documentaire, il y a le désir ardent de dialoguer avec les usagers à propos des attentats de janvier, de savoir ce qu’ils en pensaient et s’ils partageaient le même sentiment de tristesse. J’aurais aimé, une fois n'est pas coutume, que celles et ceux qui nous connaissent un peu fassent le premier pas vers nous, en nous demandant comment nous avions vécu ce moment de notre histoire. Un peu comme on se penche sur un ami en détresse pour lui adresser des paroles de réconfort.

Il y a ce constat que je m’étais formulé, de l’impression de distance ou de réserve pudique, de pusillanimité chez certains, d’embarras ou d’indifférence chez d'autres, qui émanait du monde arabe autour de moi. Je n’avais été qu’à moitié surpris par la faible présence à la manifestation du 11 janvier de l’immigration arabe et africaine. Non, ce qui avait suscité ma perplexité, c’est que les assassinats de janvier n’étaient pas un sujet de conversation susceptible d’être abordé entre la grande majorité des usagers arabes qui nous sont familiers, et moi, écrivain public, qui les aide dans leurs difficultés quotidiennes. Ils ne viennent pas nous rencontrer pour dialoguer sur les drames de l’actualité mais pour résoudre un problème concret. L’instance relationnelle que constituent les écritures publiques n’était pas le lieu d’un dialogue des cultures, de l’instauration d’un dialogue sur l’islam, de partage d’un vécu commun.

Ma question était : pourquoi donc n’ont-ils rien à partager avec nous de cette tragédie ? Pourquoi n’ont-ils rien à en dire avec nous, par-delà nos origines respectives ? Comme si cet événement, en apparence, ne nous était pas commun.

Mes rares tentatives pour aborder le sujet lors de brèves conversations, m’ont vite fait comprendre, en dépit de leur confusion liées aux difficultés de maîtrise de notre langue et des idées abstraites, que les assassinats de janvier ne semblaient pas avoir la résonance, dans l’esprit de mes interlocuteurs, qu’ils ont eue dans le mien. Si le 11 janvier 2015 représente toutes proportions gardées pour une partie des français, un 11 septembre 2001 pour les américains, j’ai fini par me demander si à travers mes lectures des mois derniers, cette date ne constituait pas une rupture, un évènement (1), mais une continuité dans l’histoire vécue de mes interlocuteurs : une date que « les peuples arabo-musulmans perçoivent au contraire (comme) un événement prolongé ».

Cependant, si ressentiment il y a dans notre enceinte d’écrivains publics, ce serait plutôt un ressentiment muet sans violence, sans haine ; un ressentiment en quelque sorte retourné en une attente d’aide, exigence parfois forte ou agressive adressée à travers nous à l’endroit de cet ancien peuple colonisateur du Maghreb et de la terre arabe (2). Un ressentiment ambivalent aussi, en cela que les fins de la colonisation de l’Algérie – et des protectorats de la Tunisie et du Maroc – se sont mues de ce côté-là de la Méditerranée, en redoublement de la dépendance à l’égard des français. Comme un éternel retour de l'état de dépendance après la rupture, dépendance qui constitue aussi en soi un lien. Un lien que la liberté acquise contre le colon autorise à transformer en attente d'égalité, en demande de reconnaissance à son égard.

D’où peut-être l’embarras que traduirait ce silence à l’égard de ce pays où vous vivez, qui ne vous reçoit pas à bras ouverts,vous assigne l’obligation d’effacer vos différences pour vous fondre dans la masse (assimilation) ; et pour lequel en réponse vous ressentez ou exprimez de la distance ou de la défiance, de la révolte ou du mépris. Ce pays qui vous contraint à vous soumettre à ses propres normes d’existence dans les domaines du travail, du logement, de l’accès aux droits sociaux et juridictionnels. Et pour qui, aux yeux d’une partie de la population vous êtes et serez toujours une « source de problèmes ».

(1) dont quelques uns nous font assurément comprendre qu’ils se considèrent toujours, même en France, en « arabo-musulmans qui ont toujours vécu la présence occidentale sur le mode du ressentiment ou de la prédation ». Voir l’article de Olivier Mongin: Mohamed Arkoun, et Joseph Maïla, De Manhattan à Bagdad. Au-delà du bien et du mal, Paris, Desclée de Brouwer, 2003.

(2) l’autre nation colonisatrice étant la Grande Bretagne : Irak, Transjordanie, Egypte, Péninsule Arabique

Image MSport - "La Marseillaise" sifflée: des précédents existent - 16 octobre 2008

Image MSport - "La Marseillaise" sifflée: des précédents existent - 16 octobre 2008

Communauté d'effroi, blasphème et outrage

 

Cependant, si selon Pierre Rosanvallon, le 11 janvier a révélé la réaction d’une communauté d’effroi, de la part  la « France visible», et en supposant que la France « invisible » fut celle qui ne s’est pas montrée dans la rue, par choix ou par contrainte, la question demeure de savoir si pour nous français de la France visible comme pour celle qui était absente, « là où l’Amérique et l’Occident voient et vivent le 11 septembre comme un événement césure, un phénomène d’une brutalité inouïe [...] qui marque un avant et un après », les attentats de janvier représenteront dans notre histoire une rupture (1) .

Si c’est le cas, quel impact ces attentats ont-ils eus dans l’esprit des immigrés de confession musulmane qui sont devenus des citoyens de pleins droits par l’acquisition de la nationalité française ? Et par tous ceux qui vivent à nos côtés depuis des décennies et dont la présence est légitimée par un titre de séjour ?

A quel partage de responsabilités procèdent-ils concernant la question des jeunes français qui partent en Syrie pour combattre ?

 

Cette communauté d’effroi n’était pas celle de ces jeunes – de la France invisible aux manifestations mais dont la visibilité fut centuplé par les médias -, qui ont refusé, dans leur établissement scolaire, d’observer ou ont provoqué des incidents, estimés au nombre de 200 sur l’ensemble du territoire, pendant la minute de silence en hommage aux victimes de Charlie Hebdo. Ces réactions m’ont paru aussi indignes, incompréhensives, insolentes, stupidement cyniques, et d’une certaine façon, pour user d’un adjectif qualificatif de circonstance, blasphématoires, que dans un autre domaine, l’affaire des outrages à la Marseillaise lors de matchs de football en 2001 et 2002.

Il y a 14 ans.

« Le 6 octobre 2001, la France rencontre l’Algérie au Stade de France au cours d’un match amical de football, ce qui constitue la première compétition entre l’équipe de France et l’équipe d’Algérie. L’interprétation de La Marseillaise, avant le match, est perturbée par des sifflets venus du public, en présence du premier ministre de l’époque Lionel Jospin et de plusieurs membres du gouvernement, sans que le premier ministre ne réagisse. Marie-George Buffet, ministre de la jeunesse et des sports, tente de ramener le calme et reçoit une bouteille d’eau en plein visage. À la soixante-quinzième minute, le match est interrompu à la suite de l’invasion du terrain par plusieurs dizaines de supporters de l’équipe algérienne.

Les incidents lors de cette rencontre et les outrages contre l’hymne national marquent l’opinion, quelques mois avant la présidentielle de 2002. De nombreux commentateurs s’interrogent sur la signification de l’évènement en matière de civisme, de perte de repères culturels et nationaux, et d’intégration des jeunes Français d’origine étrangère. Pour l’historien Yvan Gastaut, cet évènement est révélateur d’un choc de génération au sein de la population immigrée. De son côté Éric Taïeb (agrégé en sciences sociales) considère qu’il faut éviter des conclusions trop hâtives.

Le 11 mai 2002, avant le début de la finale de la coupe de France au Stade de France entre le FC Lorient et le SC Bastia, La Marseillaise est sifflée par une partie des supporters corses. Le président de la République Jacques Chirac, présent à la rencontre, quitte alors momentanément la tribune. Le match a finalement lieu avec 20 minutes de retard, après des excuses présentées par le président de la Fédération française de football, Claude Simonet. »

L’outrage à l’hymne national n’est donc pas l’apanage des supporters algériens ou originaires d’Algérie. Et l’acte du refus de la minute de silence s’apparente aux sifflements et aux projectiles de supporters algériens ou corses, que rien ne réunit sinon la contestation de l’Etat et de la République pour des raisons identitaires : crise d’adolescence, convictions religieuses, nationalisme sur fond d’anticolonialisme,  régionalisme…

 

- - - - - -

 

Pour la première fois, en ce mois de janvier 2015, j’ai ressenti à travers le silence des habitués musulmans de nos permanences l’existence d’un vide, d’un écart de nature culturelle entre « eux et moi » ; une interrogation qui amoindrissait cette faculté spontanée qui m’habitait jusque-là, d’être en relation harmonieuse entre hommes des deux rives de la Méditerranée, sans que j’aie eu à en être toujours conscient.

Ce questionnement qui faisait surgir le fantôme monstrueux des attentats commis au nom de l’islam par des jeunes français issus de l’immigration maghrébine et africaine ; et dont il y avait nécessairement à mes yeux quelque chose à dire ensemble pour exprimer ce fameux « vivre ensemble » auquel nous prétendons, nous français. Et que nous mettons en œuvre à travers notre activité d’écritures publiques.

Pour la première fois j’ai pris pleinement conscience de mon identité de français assis en face d’« étrangers muets » qui semblaient par leur silence ne pas être concernés par ce traumatisme national, ou évitaient d'en parler. Un silence qui décevait mon attente d’émotions partagées ; mon attente d’un retour de sentiment  de solidarité par des mots simples.

Je m’étais donc trompé d’adresse. Je ne me trouvais pas au bon endroit pour satisfaire mon désir de d’empathie et de complétude relationnelle fondée sur l’expression spontanées des idées et des opinions qui sont au fondement des valeurs de liberté, d’égalité et de démocratie. Je me rendais compte que mon engagement civique dans le bénévolat associatif, fruit d’un travail et d’un cheminement intellectuel personnels, n’impliquait pas de contrepartie parce qu’il n’était pas de nature à susciter l’expression d’un humanisme partagé. Que la nature de mon activité citoyenne de proximité, qui met en œuvre les valeurs de fraternité républicaine et d’égalité d’accès aux droits existants, n’appelait pas la réciprocité.


 

(1) L'attentat sanglant, mercredi 7 janvier, contre le journal Charlie Hebdo à Paris est le plus meurtrier en France depuis plus de 50 ans. Pour retrouver un bilan meurtrier aussi dramatique, il faut remonter au début de la Ve république, alors en pleine guerre d'Algérie.

En 1961, l'Organisation armée secrète (OAS) pose une bombe sous le train Strasbourg-Paris à hauteur de Vitry-le-François. L'explosion fait dérailler le train, le bilan humain est de 28 morts.

 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/07/l-attentat-le-plus-meurtrier-depuis-1961_4550888_3224.html#1DuF6lO8ZHxR3Tgf.99

 

 

Cependant, si selon Pierre Rosanvallon, le 11 janvier a révélé la réaction d’une communauté d’effroi, de la part  la « France visible», et en supposant que la France « invisible » fut celle qui ne s’est pas montrée dans la rue, par choix ou par contrainte, la question demeure de savoir si pour nous français de la France visible comme pour celle qui était absente, « là où l’Amérique et l’Occident voient et vivent le 11 septembre comme un événement césure, un phénomène d’une brutalité inouïe [...] qui marque un avant et un après », les attentats de janvier représenteront dans notre histoire une rupture (1) .

Si c’est le cas, quel impact ces attentats ont-ils eus dans l’esprit des immigrés de confession musulmane qui sont devenus des citoyens de pleins droits par l’acquisition de la nationalité française ? Et par tous ceux qui vivent à nos côtés depuis des décennies et dont la présence est légitimée par un titre de séjour ?

A quel partage de responsabilités procèdent-ils concernant la question des jeunes français qui partent en Syrie pour combattre ?

 

Cette communauté d’effroi n’était pas celle de ces jeunes – de la France invisible aux manifestations mais dont la visibilité fut centuplé par les médias -, qui ont refusé, dans leur établissement scolaire, d’observer ou ont provoqué des incidents, estimés au nombre de 200 sur l’ensemble du territoire, pendant la minute de silence en hommage aux victimes de Charlie Hebdo. Ces réactions m’ont paru aussi indignes, incompréhensives, insolentes, et d’une certaine façon, pour user d’un adjectif qualificatif de circonstance, blasphématoires, que dans un autre domaine, l’affaire des outrages à la Marseillaise lors de matchs de football en 2001 et 2002.

Il y a 14 ans.

« Le 6 octobre 2001, la France rencontre l’Algérie au Stade de France au cours d’un match amical de football, ce qui constitue la première compétition entre l’équipe de France et l’équipe d’Algérie. L’interprétation de La Marseillaise, avant le match, est perturbée par des sifflets venus du public, en présence du premier ministre de l’époque Lionel Jospin et de plusieurs membres du gouvernement, sans que le premier ministre ne réagisse. Marie-George Buffet, ministre de la jeunesse et des sports, tente de ramener le calme et reçoit une bouteille d’eau en plein visage. À la soixante-quinzième minute, le match est interrompu à la suite de l’invasion du terrain par plusieurs dizaines de supporters de l’équipe algérienne.

Les incidents lors de cette rencontre et les outrages contre l’hymne national marquent l’opinion, quelques mois avant la présidentielle de 2002. De nombreux commentateurs s’interrogent sur la signification de l’évènement en matière de civisme, de perte de repères culturels et nationaux, et d’intégration des jeunes Français d’origine étrangère. Pour l’historien Yvan Gastaut, cet évènement est révélateur d’un choc de génération au sein de la population immigrée. De son côté Éric Taïeb (agrégé en sciences sociales) considère qu’il faut éviter des conclusions trop hâtives.

Le 11 mai 2002, avant le début de la finale de la coupe de France au Stade de France entre le FC Lorient et le SC Bastia, La Marseillaise est sifflée par une partie des supporters corses. Le président de la République Jacques Chirac, présent à la rencontre, quitte alors momentanément la tribune. Le match a finalement lieu avec 20 minutes de retard, après des excuses présentées par le président de la Fédération française de footballClaude Simonet. »

L’outrage à l’hymne national n’est donc pas l’apanage des supporters algériens ou originaires d’Algérie. Et l’acte du refus de la minute de silence s’apparente aux sifflements et aux projectiles de supporters algériens ou corses, que rien ne réunit sinon la contestation de l’Etat et de la République pour des raisons identitaires : crise d’adolescence, convictions religieuses, nationalisme sur fond d’anticolonialisme,  régionalisme…

- - - - - -

 

Pour la première fois, en ce mois de janvier 2015, j’ai ressenti à travers le silence des habitués musulmans de nos permanences l’existence d’une véritable béance, d’un écart entre « eux et moi » ; une interrogation qui remettait en question cette faculté spontanée qui m’habitait jusque-là, d’être en relation harmonieuse entre hommes des deux rives de la Méditerranée, sans que j’aie eu à en être toujours conscient.

Un questionnement qui faisait surgir le fantôme monstrueux des attentats commis au nom de l’islam par des jeunes français issus de l’immigration maghrébine et africaine ; et dont il y avait nécessairement à mes yeux quelque chose à dire ensemble pour exprimer ce fameux « vivre ensemble » auquel nous prétendons, nous français. Et que nous mettons en œuvre à travers notre activité d’écritures publiques.

Pour la première fois j’ai pris pleinement conscience de mon identité de français assis en face d’« étrangers muets » qui semblaient par leur silence ne pas être concernés par ce traumatisme national. Un silence qui décevait mon attente d’émotions partagées ; mon attente d’un retour de sentiment  de solidarité par des mots simples.

Je m’étais donc trompé d’adresse. Je ne me trouvais pas au bon endroit pour satisfaire mon désir de d’empathie et de complétude relationnelle fondée sur l’expression spontanées des idées et des opinions qui sont au fondement des valeurs de liberté, d’égalité et de démocratie. Je me rendais compte que mon engagement civique dans le bénévolat associatif, fruit d’un travail et d’un cheminement intellectuel personnels, n’impliquait pas de contrepartie parce qu’il n’était pas de nature à susciter l’expression d’un humanisme partagé. Que la nature de mon activité citoyenne de proximité, qui met en œuvre les valeurs de fraternité républicaine et d’égalité d’accès aux droits existants, n’appelait pas la réciprocité.


 [XP1]

L'attentat sanglant, mercredi 7 janvier, contre le journal Charlie Hebdo à Paris est le plus meurtrier en France depuis plus de 50 ans. Pour retrouver un bilan meurtrier aussi dramatique, il faut remonter au début de la Ve république, alors en pleine guerre d'Algérie.

En 1961, l'Organisation armée secrète (OAS) pose une bombe sous le train Strasbourg-Paris à hauteur de Vitry-le-François. L'explosion fait dérailler le train, le bilan humain est de 28 morts.

 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/07/l-attentat-le-plus-meurtrier-depuis-1961_4550888_3224.html#1DuF6lO8ZHxR3Tgf.99

Les germes d'un islam de la fraternité universelle existent; je les ai rencontrés. C'est l'islam de demain.

Les germes d'un islam de la fraternité universelle existent; je les ai rencontrés. C'est l'islam de demain.

Ignorance nationale du fait religieux et ignorance personnelle

 

Dans le même temps, j’ai aussi pris conscience que ce silence de nos consœurs et confrères musulmans, révélait le vide éducatif national dans le domaine de la connaissance du fait religieux. Vide abyssal, qui n’est sans doute pas étranger à la formation des préjugés, amalgames et autres formes de rejets de l’autre.

L’injonction assimilatrice française, qui se dispense des moyens démocratiques de transmettre la connaissance des modalités d’intégration aux nouveaux venus sur le territoire national, n’est-elle pas une forme de réponse qui manifeste la méconnaissance ou le refus de connaître celles et ceux qui font irruption dans nos habitudes de vie ?

L’impératif d’intégration ainsi brutalement formulé n’est-il pas l’expression de la négation de l’autre dans son authenticité, et la conséquence d’une conception dévoyée de la laïcité qui est un cadre juridique fondé sur le principe politique de la tolérance qui inclut et n’exclut pas, qui ne prend pas position en matière de religion ?

Ces attitudes montrent l’autre vide du système éducatif scolaire et de son complément qu’est l’éducation familiale, en matière de conception de la laïcité française.

Ainsi, la relation de plus en plus compliquée, et souvent tendue ou conflictuelle, entre français sécularisés et étrangers de confession musulmane, semble trop souvent s’inscrire sous les auspices d’une ignorance réciproque qui conduit à une généralisation des préjugés.

Cette conjuration des ignorances met trop souvent face à face l’ignorance de l’immigré concernant les exigences de la République pour obtenir la nationalité française*; ignorance des cultures étrangères cumulée aux carences d’éducation civique de la part du citoyen français campé dans sa posture surplombante d’hôte plus ou moins ouvert ou fermé à la question de l’immigration. Et trop préoccupé par les incertitudes de sa propre destinée, pour s’intéresser à celles et ceux qui sont contraints de commencer une nouvelle vie (réfugiés), ou aspirent à consolider les droits régulièrement acquis sur notre territoire (résidents en situation régulière).

*Lors de leur entretien à la préfecture, tout étranger désireux d’acquérir la nationalité française doit faire preuve de ses connaissances de «niveau Sixième» portant sur la géographie, la littérature, les monuments, et sur les grands principes qui fondent l'unité nationale.

En la circonstance, devant le constat de ma propre insuffisance du fait religieux musulman, j’ai saisi cette occasion qui m’était faîte pour partir à la découverte de cette religion, qui nous est présentée exclusivement sous son aspect géostratégique, politique, et mortifère.

L’estime, la reconnaissance ou l’admiration des personnes pour nos prestations ne suffisant plus pour me satisfaire, c’est pour combler ce vide de sens – ce vide proprement insensé – que je me suis mis à lire. 

Chemin faisant une autre question s’est alors imposée à mon esprit : existe-t-il dans le monde musulman actuel des penseurs – philosophes ou théologiens – qui réfléchissent à l’islam de demain ? Des intellectuels musulmans qui, des cendres de l’islam fanatique barbare, font naître un islam ouvert aux différences, un islam fraternel et solidaire, humble et tolérant.

Les livres  m’ont éclairé, informé ; ils ont répondu à mes attentes. Je crois avoir compris une partie des raisons profondes du silence de ces gens que j’aime pourtant, bien au-delà des observations critiques, des colères, des joies, des prises de position et des invectives que m’inspirent le comportement des uns et des autres.

Les livres m’ont apporté en richesse intellectuelle, culturelle et émotionnelle, ce que les originaires du monde arabe, et les musulmans du Levant, du Maghreb et de l’Afrique sub-saharienne ne pouvaient dire.

Ils sont, à mes yeux, pour le dire en un mot, leur porte-parole.

Partager cette page

Repost 0
Plume Solidaire , écrivain public - dans Ecritures publiques et monde arabe

Qui Suis-Je ?

  • : Plumeacide, le blog de Plume Solidaire, écrivain public
  • Plumeacide, le blog de Plume Solidaire, écrivain public
  • : C'est une histoire de fraternité républicaine et d'amitié avec celles et ceux qui s'embrouillent avec les chiffres et les lettres.
  • Contact

Allo, y a quelqu'un là ?

 
 
 
  un compteur pour votre site  J'ai mis un compteur pour que vous ne vous sentiez pas trop seul(e) dans cet endroit isolé.
 
 
 
Plumeacide poursuit doucement mais sûrement son voyage dans la blogosphère, et va vers son deuxième millionième visiteur ! Mââgique !
 
 
 

  
2 objectifs et 10 règles pour l'écrivain public

Cliquer pour voir le diaporama

 
 
 
 
Bonne visite et à bientôt
espère-je !
 
 

Chercher Un Article ?

Petites conférences...

du petit professeur Plume Solidaire à l'occasion des Journées de formation des écrivains publics

 

 

Réflexion et débat à propos de l'éthique et de la déontologie de l'écrivain public bénévole - article 1 

 

- article 2

 

- article 3

Session du 7 mai 2011 -  Saison I


Rédiger vite et bien

Session du 7 mars 2012 -  Saison II

 

L'intitulé de cette formation est une boutade! Plus sérieusement le contenu propose deux parties:
1ère partie
- L'organisation de l'accueil et du fonctionnement des permanences d'écrivains publics
- L'accueil des usagers et le début de l'entretien
2ème partie
- Les différents types de démarches
- Les étapes des démarches
- La rédacton de la lettre

 

 Orienter les usagers
Session du 23 mars 2013 -  Saison III

Recours - Historique - Note
Session du 1 décembre 2012 -  Saison III

Médiateurs et conciliateurs
Session du 1 décembre 2012 -  Saison III

Invalidité et handicap
Session du 2 février 2013 -  Saison III

 
Le logement social à Paris 
Session du 25 janvier 2014 -  Saison IV 

 

Témoignage sur l'expérience de la formation d'AIDEMA19 à la 2ème rencontre entre écrivains publics franciliens

Samedi 14 mars 2015 
 
 

Pourquoi me bouge je ?

Le monde n'est pas
difficile à vivre à cause
de ceux qui font le mal,
mais à cause de ceux
qui regardent
et laissent faire

Albert Einstein

Le Dossier de Monsieur K

 

charlot.jpg

Le Film de l'immigration

  25839 71896

Un film de 40 minutes pour deux siècles d’immigration en France. 

 

Source :

Cité nationale de l'histoire de l'immigration

Quel temps sur Belleville ?