Ce n'est pas parce qu'un article est daté de plusieurs mois, qu'il n'est plus d'actualité.
Plume Solidaire
Source : RUE89
Santé : les petits déremboursements font les grandes
inégalités
Elodie Calas
Jeanine, 78 ans, vit avec une retraite de 680 euros. Pour cette parisienne du XIXe
arrondissement de Paris, chaque euro compte.
« Je prends régulièrement des cachets pour les muscles. Avant, ils étaient totalement
remboursés. Mais aujourd'hui, chaque boîte me coûte 2 euros. J'en achète deux tous les mois, c'est 4 euros de dépenses supplémentaires. »
Une somme qui peut paraître dérisoire, mais qui, ajoutée à d'autres frais, devient une
source de dépenses non-négligeable pour la retraitée qui explique :
« Je n'ai pas une bonne mutuelle. Elle rembourse 120 euros pour les lunettes mais pas
grand-chose pour les soins dentaires. Et je ne peux pas la changer, il me faudrait faire des prêts exorbitants pour ça ! La plupart des personnes qui gagnent 1 500 euros ou 2 000 euros ne
comprennent pas ma situation. »
Le déficit de l'Assurance maladie ? 11,6 milliards
d'euros
Entré en vigueur le 2 mai, le décret n°2011-56 du 14
janvier 2011 a modifié la participation de la Sécurité sociale dans le remboursement de nombreux frais médicaux. L'article R322-1 augmente ainsi la part prise en charge par l'assuré :
-
40% au lieu de 35% pour les lunettes,
-
40% au lieu de 35% pour les appareils auditifs,
Inscrit dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale de 2011, l'ensemble des
mesures prises devrait tout juste contenir cette année le déficit de l'Assurance maladie à 11,6 milliards d'euros, en réalisant un total de 2,4 milliards d'euros d'économies.
Pour Daniel Benamouzig, docteur en sociologie spécialiste de l'économie de la santé, les
inégalités creusées par ce décret, sont plus complexes qu'il n'y paraît.
« La participation financière des assurés augmente, et aux inégalités en termes de
couverture des dépenses (premier niveau d'inégalités) s'ajoutent des phénomènes de segmentation de l'offre de soins et de la clientèle.
Certains professionnels préférant se concentrer sur certains segments de la population,
plus solvables que d'autres (second niveau d'inégalités). »
« 1 000 euros par mois, pas assez pour payer une
mutuelle ! »
De nombreuses mutuelles ont annoncé qu'elles ne compenseraient pas la baisse du taux de remboursement de la
Sécurité sociale. Dans ces cas-là, la différence de frais est à la charge du malade. A 36 ans, Anna – le prénom a été changé –, mère d'une fillette de 7 ans, n'a pas les moyens de se payer une
complémentaire santé.
« Je suis femme de ménage chez des particuliers. Je gagne près de 1 000 euros par
mois : trop pour bénéficier de la CMU complémentaire ; pas assez pour pouvoir payer une
mutuelle ! »
Exception faite de quelques soins dentaires, Anna n'a, jusqu'à présent pas eu de dépenses
de santé onéreuses. Mais année après année, elle a toujours les mêmes craintes : que sa fille soit hospitalisée, qu'elle ait besoin de lunettes, ou qu'elle se casse une dent.
Autres victimes de ce décret : les jeunes. Selon une étude de l'Union nationale des
mutuelles étudiantes régionales (Usem), seuls 83,7% des étudiants
possèderaient une complémentaire santé, contre 92% pour la population nationale. Souvent désinformés sur le système de santé, ils jugent les mutuelles « trop chères » pour leurs
petits budget.
A la fin de ses études de sociologie, Paul, Toulousain de 26 ans, est resté plus d'un an
sans revenu :
« Il m'était impossible de payer mes dépenses de santé. Je me suis cassé le bras et
j'ai du renouveler mes lunettes. A chaque fois, mes parents m'ont aidé financièrement. “
Un moyen détourné pour pousser à prendre une
mutuelle ?
Le Collectif interasscociatif sur la santé (Ciss) voit dans ce nouveau décret
un moyen détourné de pousser les malades à prendre une mutuelle :
‘On retire à l'Assurance maladie des charges que l'on transfère aux usagers qui, pour
accéder aux soins, sont vivement encouragés (bientôt contraints ? ) à payer une complémentaire dont les tarifs progressent au minimum de 6% par an.’