«Le Voyage du fils», roman d'Olivier Poivre d'Arvor. Grasset, 248 p., 16,90 €.
La dernière occasion que j'ai eue d'évoquer la mémoire de Madame Chulan Zhang, c'était le 25 décembre dernier : Bon Nôel Mme Chulan Zhang
Que le frère de notre célébrité nationale s'intéresse aux sans-papiers en abordant avec sensibilité, et une intelligence saluée par certains critiques, un fait divers difficile à évoquer en raison de ses références au contexte national actuel, c'est assez réconfortant.
Précisons qu'il oeuvre aussi dans l'audiovisuel en qualité de Directeur contesté, d'après les mauvaises langues du site bakchich.info, de "Cultures France" depuis 1999, l'opérateur culturel du Ministère des Affaires Etrangères.
Les PDA, une fratrie éminamment culturelle et médiatique. Bref une marque indissociable du PAF.
Et alors ?
Et alors ça n'interdit pas non plus d'avoir du talent !
Plume Solidaire

Les faits divers ont souvent inspiré les écrivains. Olivier Poivre d'Arvor a été particulièrement marqué par le destin tragique d'une immigrée chinoise d'une cinquantaine d'années, en situation irrégulière, habitant dans le quartier de Belleville à Paris. L'an dernier, elle s'est défenestrée parce qu'elle a cru à l'arrivée d'un contrôle de police, un contrôle qui ne la visait pas. Ce geste désespéré est le point de départ du livre. Le fils de la Chinoise, vingt ans, vient chercher les cendres de sa mère. Jusqu'ici, tout est rigoureusement vrai.
Ensuite, l'auteur se laisse emporter par son imagination. Et l'on se retrouve au sein d'un roman polyphonique où Poivre d'Arvor épouse, tour à tour, la personnalité de trois narrateurs aux destins entremêlés. Wen Dong, le jeune Chinois, que l'on suit dans son errance à travers Paris. Il y a Anne Latour, la quarantaine, qui réalise un documentaire sur Marguerite Duras : elle a une folle envie d'avoir un enfant, et peur que ce soit trop tard. On croise un autre homme, un écrivain pressé, généreux, célibataire : Schwartz veut à tout prix aider Wen Dong, et dans ce but, soulève des montagnes. Le récit, tenu par un véritable suspense, est également traversé par la figure de Duras.
Mais ce sont les trois portraits qui constituent la vraie réussite de ce Voyage. On s'attache aux deux hommes et à cette femme. Selon sa sensibilité, on penchera vers l'un ou l'autre (Anne Latour est vraiment attirante, dans ses peines, ses contradictions et sa volonté ; on a envie d'être l'ami de ce Schwartz). Le grand mérite est qu'ils semblent tous trois créés de chair, de sang et de sentiments. Sans doute, l'usage du « je » accentue-t-il ces impressions. Chacun porte un symbole. À travers ce jeune Chinois, on découvre Paris avec un autre regard - l'idée est simple, mais efficace : qui, aujourd'hui, regarde encore les « lumières » de la ville ? On découvre aussi, par le biais de la rencontre amoureuse entre Anne Latour et Wen Dong, le fossé culturel qui se creuse entre la Vieille Europe et l'Asie émergente. À propos de son amant, la documentariste s'interroge : peut-on partager sa vie avec « quiconque n'aurait pas vécu notre vie en Europe, ne posséderait pas notre bibliothèque, n'aurait pas vu nos films au Quartier latin » ? La question reste ouverte.
Le Voyage du fils d'Olivier Poivre d'Arvor Grasset, 248 p., 16,90 €.
Le choc des civilisations
Stéphane Hoffmann
29/08/2008
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Soit un couple d'intellectuels parisiens un tantinet caricaturaux, donc très bien vus : elle réalise un film sur Marguerite Duras (impayables citations, d'une pompeuse insignifiance, de la susnommée) ; lui est un « droits-de-l'hommiste » récemment converti au bouddhisme. Venant de se séparer, probablement en manque de sensations, tous deux se prennent de passion pour Fan Wen Dong, jeune homme venu de Chine récupérer les cendres de sa mère, défenestrée à Belleville pour échapper à un contrôle de police qui ne lui était pas destiné. A tour de rôle, chacun prend la parole. Les récits des deux Français, aussi convenus que leurs auteurs, sont impayables. En contrepoint, il y a Fan Wen Dong, simple, drôle et poignant. D'une voix juste, pudique et sensible, il raconte le rêve français, son amour et son respect pour sa mère au destin si triste, et ses impressions de Paris : promenades dans la capitale française, récits que sa mère lui en faisait au téléphone, désillusions, rencontres avec les clandestins, cet oiseau qu'il achète quai de la Mégisserie, tout cela est très beau. Fan Wen Dong est un magnifique personnage, tout en finesse. Lui seul suffit à émouvoir, et on ne peut que rire de bon coeur des deux lourdauds français qui plastronnent et jabotent dans ce roman, le premier écrit en solo par Olivier Poivre d'Arvor depuis une douzaine d'années. Retour gagnant.
Bon
Petit rappel de la situation
A l'appel de ses amis, chinois résidents français, régularisés ou encore « sans papier » et de tous les humanistes de toutes nationalités.
Chulan Liu s'est défenestrée le jeudi 20 septembre 2007, à Paris dans le 10ème arrondissement. Elle est morte le lendemain à l'hôpital dans l'indifférence générale, hors des traditionnels et rares appuis des migrants : RESF, MRAP,
La terreur inspirée par la police en est la cause, même si le jour de l'intervention, les policiers se sont rendus à son domicile pour une autre personne.
Aujourd'hui, les migrants asiatiques - et les autres - se sentent de plus en plus traqués dans les rues de Paris et de bien d'autres villes de France. Ce climat de peur, qui rappelle une autre époque, ne touche pas seulement les sans papiers.
Chulan Liu, victime d'un système de quota, a vécu comme des milliers d'individus de cette minorité silencieuse, de familles, d'enfants, dans la peur, alors que les chinois de France apportent au pays par leur travail et leur énergie, de nombreux liens commerciaux et culturels avec la Chine, d'importants investissements financiers et humains et méritent dans ce sens d'être respectés et accueillis dignement.
Cette mort suscite l'indignation de tous les humanistes. Le consulat de Chine nous a reçu, et le silence du gouvernement français sur cette affaire - qui vient après d'autres drames et qui en annonce d'autres - est choquant.
Venez marcher avec nous, silencieusement, à la mémoire de Chulan Liu (habillé de noir avec des bougies).
Les amis de Chulan Liu.
Contact :
- Liwen Dong
- Directeur de l'Association Hui Ji.