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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 17:53

L'homme de cette l'histoire est moniteur de body building - genre Mickey Rourke dans «  The westler » -, très grand, puissant et musclé. Depuis la mort de son père en 1981 il est devenu violent, dangereusement violent. Sans que personne ne comprenne pourquoi. Il est bulgare, il a 45 ans et deux filles de 16 et 12 ans. Sa première femme - la maman des filles - a disparu sans laisser de trace et ne donne aucune nouvelle; pas plus qu'elle n'en prend de ses filles. C'est la grand-mère qui a élevée ses petites filles.

Un jour, de manière imprévisible il enlève sa ceinture, la passe de force autour du cou de sa mère et l'étrangle jusqu'à ce qu'elle perde connaissance. Un autre jour, il saisit un balai et le brise en la frappant à la tête. Six points de suture pour la grand-mère à l'Hôpital Lariboisière.

La justice française a jugé nécessaire d'interdire à la mère et au fils de se voir.

Qu'à cela à ne tienne.

A deux reprises il a pénétré par effraction chez sa mère  avec sa nouvelle compagne bulgare, et ils se sont servis. Ils ont emporté tout ce qui les intéressait : machine à laver, télé, tapis, ordinateur, meubles...pour les vendre. Sans oublier le coup pied de l'âne avant de quitter les lieux : le vol des documents civils et privés de sa mère.

C'est la maman qui est devant moi. Je vais l'appeler Gergana (prénom d'une amie bulgare). Elle parle avec un bel accent des pays de l'Europe de l'est. Elle est française, née d'une mère grecque et d'un père bulgare. Quand j'ai vu cette  femme âgée aux traits harmonieux et à la peau transparente; son élégance dans son manteau noir et sa distinction naturelle, j'ai eu l'intuition d'être en face d'une personnalité exceptionnelle. Je suis convaincu que c'est  une intellectuelle: son intelligence et la puissance de  son mental percent la cuirasse de son apparence de femme angoissée et abattue.

Au cours de ce premier entretien, elle aborde ses difficultés dans  une grande confusion. J'écoute, reformule, questionne et synthétise  en rangeant les problèmes dans chaque tiroir pour y voir clair tous les deux; et définir nos priorités. Nous nous mettons d'accord.

Elle a trois problèmes : déménager pour que son fils ne revienne plus chez elle, demander le droit de visite pour ses petites filles qu'elle ne voit plus, et le procès en cours avec son fils. En un mot le gros souci de Gergana, c'est son fils.

Je lui ai dit que nous allons nous revoir aussi souvent qu'il le faudra, deux fois par semaine si elle le souhaite, et que je vais tout faire pour lui enlever ses soucis l'un après l'autre de sa tête.

Dès la seconde rencontre la semaine dernière, en présence d'Elise (prénom prédestiné pour un écrivain public*, qui a découvert mon activité par l'intermédiaire de plumeacide, et commence à s'initier à mes côtés), nous attaquons par la question du logement et elle fait montre d'un sens de la coopération et d'une énergie étonnante pour ses 74 ans.

Ah j'allais oublier de vous dire que Gergana est médecin anesthésiste en retraite. Elle a travaillé dans les hôpitaux bulgares, en Allemagne et pendant 20 ans en France. Son mari était professeur de gynécologie à Sofia, et était lui-même le fils d'un célèbre gynécologue bulgare.

Elle n'a pas de difficultés financières, mais sa vie est...un vrai casse tête.

Plume Solidaire

Lire d'autres chroniques des permanences : A quoi sers-je ?

* Allusion à « La lettre à Elise » de Ludwig Van Beethoven....

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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 22:31

Grande, le dos voûtée, la tête rentrée dans les épaules et boitillant dans son grand manteau marron clair, je l'ai baptisée Foulematou. Elle est montée au bureau avec moi par l'ascenseur.

 


Quand elle a levé la tête, j'ai compris que toute la douleur qu'une femme peut vivre dans une vie était là. Des yeux pleins d'une tristesse incommensurable, au-dessus de cernes encore plus noires que sa peau rwandaise ; et où des millions de larmes ont dû sécher. D'autres encore sûrement la nuit prochaine viendront s'échouer là.

 


Pour faire monter un peu l'optimètre je lui montre le diaporama " Les tribus de l'Omo" que j'avais mis en ligne sur plumeacide la veille. Et je lui fais le grand jeu  en m'extasiant à voix haute sur chaque image. Elle est surprise et se détend un peu.


Et puis nous entrons dans le vif du sujet.


«  Ah monsieur si vous saviez tous les soucis que j'ai ; j'ai beaucoup , beaucoup, beaucoup, beaucoup de soucis, et je suis très fatiguée..... ».

 


Au mois d'août dernier à la sortie de l'église, Foulematou a accepté de prêter une somme de 3000 € - trois mille euros - à une amie qui devait lui restituer cette somme deux semaines après. Depuis, la personne n'a pas remboursé un centime d'euros...Et c'est un grand malheur pour Foulematou parce qu'elle avait bien expliqué à cette dame que cet argent est destiné à la réalisation de la tombe de sa fille.


 

A sa fille décédée d'une crise d'asthme, le jour où elle devait aller chercher son visa à l'ambassade de France pour rejoindre sa mère...


Je lui suggère de ne plus aller la voir, de déposer plainte et d'aller chercher un formulaire de demande d'aide juridictionnelle.

 


Je lui pose des questions sur elle et Foulematou parle, parle...Comme beaucoup d'autres femmes elle souffre de la solitude. Et la solitude c'est d'abord une retenue contrainte, un silence obligé, un monologue forcé avec soi-même. L'absence de regard de l'autre, ce regard qui donne vie, celui qui vous reconnaît.

 


Elle commence à se sentir bien ; alors en lisant sa date de naissance j'enfonce le clou : « Vous savez que vous êtes une jeune fille pour moi...» Et là j'ai touché l'Afrique en plein cœur : elle rit. « Si,si c'est vrai, j'ai trois mois de plus que vous !... »


Foulematou est de nationalité française née au Congo de parents rwandais. Son mari était Tutsi et a disparu pendant la période des massacres, ainsi que tous ses enfants.


Il ne lui restait que cette fille.


Et un autre fils en région parisienne qui vient d'avoir un petit fils.


Ce petit fils c'est le rayon d'espoir de Foulematou, son seul bonheur.



Je la rassure sur son affaire. Elle part regonflée, décidée à récupérer ses sous et à faire toutes les démarches nécessaires.


En sortant je lui demande si elle souhaite que j'appelle l'ascenseur... « Non, non, je vais prendre l'escalier » qu'elle me fait, Foulematou.

Visuel : Plume Solidaire - Yayoi Kusuma - La Vilette 2008


 

 

Plume Solidaire


Visuel : sudplanete - portail dela diversité

Étudiant en 1994 au Rwanda, lors du génocide des Tutsi doublé des massacres de certains Hutu, l'auteur retrace son calvaire, dévoilant ainsi un peu du cataclysme des Grands Lacs. Il décrit deux microcosmes : l'Université et Nyakabanda sa commune d'origine, avant et pendant le génocide. Puis l'exil au Kivu parmi deux millions d'autres Rwandais… Rescapé, l'étudiant rattrapé par ses poursuivants est rapatrié volontaire au Rwanda grâce aux Agences de l'ONU, mais là son calvaire n'est pas terminé. Il devra reprendre la route de l'exil.

 

Lire d'autres chroniques des permanences : A quoi sers-je ?

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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 14:50

Nous sommes dans le bureau. Il n’a pas de bras droit, et sort de la poche gauche une clé de contact de voiture, juste la clé de contact toute seule.


- Monsieur je suis SDF, je vis dans une voiture qu’on m’a prètée. Je viens vous voir parce que j’ai besoin d’une boîte à lettres pour recevoir du courrier.


Je le relance là où ça m’intéresse.


- Dans une voiture ! Et ça fait longtemps ? Et vos repas vous faîtes comment, vous allez au Resto du Cœur ?


Il acquiesce et poursuit :


- J’étais hébergé chez des gens que je ne connaissais pas avant de venir  en France. Et quand ils ont su que je suis venu me faire opérer d’un cancer au bras, ils m’ont mis dehors parce que je faisais peur à leurs enfants…C’est dur, je ne peux pas me raser…


Il continue à parler de sa vie. Sa voix est faible et teintée de tristesse. Je sens la dépression, accentuée peut-être par la sous alimentation. Il est en situation régulière, il est en France depuis 10 mois, il n’a ni famille ni amis ici, et il ne peut pas rentrer en Algérie en raison des soins post opératoires réguliers qu’il suit.


Je commence à réfléchir. J’ai reçu une autre personne sdf la semaine dernière et je me souviens qu’elle avait une boîte à lettres associative dans le 19ème mais je n’ai pas ses coordonnées sur moi. A plusieurs reprises mon visiteur pique du nez et semble s’endormir. Alors je crois judicieux d’approcher la question par un autre angle. Mon objectif c'est de le mettre au chaud pendant les grands froids.


- Est-ce que vous ne pensez pas que ce serait mieux pour vous d’être hébergé et de disposer ainsi d’une adresse provisoire ?


Il abonde dans mon sens ; je décroche le téléphone…et on me conseille de l’orienter vers :


 

La permanence sociale d'accueil  de la Bastille en 1789
avant rénovation

La Permanence Sociale d’Accueil
de la Bastille

5 rue Laccuee

75012 Paris – M° Bastille

01 53 46 15 00

 







Un dialogue à trois s’instaure. La permanence est destinée exclusivement aux hommes célibataires, seuls et âgés de plus de 25 ans. La possession d’un titre de séjour est obligatoire.


Les personnes dans sa situation doivent s’y rendre à 8 h 00 ou à 13 h 00 sauf le jeudi après-midi. La rue se situe à côté de l’Opéra Bastille.


Il est OK et ira dès le lendemain matin.


Je viens de l’appeler pour avoir de ses nouvelles. La voix sur son répondeur est aussi faible enregistrée qu’à l’oral. Je l’ai invité à revenir me voir ou à me donner des nouvelles.


Toi le manchot je vais pas te lâcher comme ça. Si non je vais te harceler de coups de téléphone !


La rue Laccuee est une petite rue qui relie l’Opéra et le Port de Paris, appelé aussi Port de l’Arsenal.


Chacun sait que la vie au bord de l’eau est plus légère, et on connaît les vertus de l’air marin qui ne sont plus à démontrer pour la bonne hygiène du corps et de l’esprit. Sans compter la vue sur le port !


Et le petit plus, c’est que je sais comment faire pour aller voir un spectacle à l’opéra gratos (sans passer par billetreduc.com)…


Vous vous rendez compte ? Ces sdf quand même, on ne peut pas dire qu’on ne fait rien pour eux en France. On leur réserve les plus beaux sites parisiens et au prix du m² je vous dis pas combien ça rapporterait si on construisait un bel immeuble de rapport à la place de la « Permanence d’accueil des sdf » !


Et il ne m’a même pas rappelé !


Quelle ingratitude ! Même pas la reconnaissance du ventre hein...

 

Plume Solidaire



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Plumeacide poursuit doucement mais sûrement son voyage dans la blogosphère, et va vers sa deuxième millionième page visitée ! Mââgique !
 
  
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