L'homme de cette l'histoire est moniteur de body building - genre Mickey Rourke dans « The westler » -, très grand, puissant et musclé. Depuis la mort de son père en 1981 il est devenu violent, dangereusement violent. Sans que personne ne comprenne pourquoi. Il est bulgare, il a 45 ans et deux filles de 16 et 12 ans. Sa première femme - la maman des filles - a disparu sans laisser de trace et ne donne aucune nouvelle; pas plus qu'elle n'en prend de ses filles. C'est la grand-mère qui a élevée ses petites filles.
Un jour, de manière imprévisible il enlève sa ceinture, la passe de force autour du cou de sa mère et l'étrangle jusqu'à ce qu'elle perde connaissance. Un autre jour, il saisit un balai et le brise en la frappant à la tête. Six points de suture pour la grand-mère à l'Hôpital Lariboisière.
La justice française a jugé nécessaire d'interdire à la mère et au fils de se voir.
Qu'à cela à ne tienne.
A deux reprises il a pénétré par effraction chez sa mère avec sa nouvelle compagne bulgare, et ils se sont servis. Ils ont emporté tout ce qui les intéressait : machine à laver, télé, tapis, ordinateur, meubles...pour les vendre. Sans oublier le coup pied de l'âne avant de quitter les lieux : le vol des documents civils et privés de sa mère.
C'est la maman qui est devant moi. Je vais l'appeler Gergana (prénom d'une amie bulgare). Elle parle avec un bel accent des pays de l'Europe de l'est. Elle est française, née d'une mère grecque et d'un père bulgare. Quand j'ai vu cette femme âgée aux traits harmonieux et à la peau transparente; son élégance dans son manteau noir et sa distinction naturelle, j'ai eu l'intuition d'être en face d'une personnalité exceptionnelle. Je suis convaincu que c'est une intellectuelle: son intelligence et la puissance de son mental percent la cuirasse de son apparence de femme angoissée et abattue.
Au cours de ce premier entretien, elle aborde ses difficultés dans une grande confusion. J'écoute, reformule, questionne et synthétise en rangeant les problèmes dans chaque tiroir pour y voir clair tous les deux; et définir nos priorités. Nous nous mettons d'accord.
Elle a trois problèmes : déménager pour que son fils ne revienne plus chez elle, demander le droit de visite pour ses petites filles qu'elle ne voit plus, et le procès en cours avec son fils. En un mot le gros souci de Gergana, c'est son fils.
Je lui ai dit que nous allons nous revoir aussi souvent qu'il le faudra, deux fois par semaine si elle le souhaite, et que je vais tout faire pour lui enlever ses soucis l'un après l'autre de sa tête.
Dès la seconde rencontre la semaine dernière, en présence d'Elise (prénom prédestiné pour un écrivain public*, qui a découvert mon activité par l'intermédiaire de plumeacide, et commence à s'initier à mes côtés), nous attaquons par la question du logement et elle fait montre d'un sens de la coopération et d'une énergie étonnante pour ses 74 ans.
Ah j'allais oublier de vous dire que Gergana est médecin anesthésiste en retraite. Elle a travaillé dans les hôpitaux bulgares, en Allemagne et pendant 20 ans en France. Son mari était professeur de gynécologie à Sofia, et était lui-même le fils d'un célèbre gynécologue bulgare.
Elle n'a pas de difficultés financières, mais sa vie est...un vrai casse tête.
Plume Solidaire
Lire d'autres chroniques des permanences : A quoi sers-je ?
* Allusion à « La lettre à Elise » de Ludwig Van Beethoven....
Grande, le dos voûtée, la tête rentrée dans les épaules et boitillant dans son grand manteau marron clair, je l'ai baptisée Foulematou. Elle est montée
au bureau avec moi par l'ascenseur.

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