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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 17:00

Tandis que les city breakers commencent à quitter la capitale pour rejoindre leur hébergement d’été – hôtel, maison familiale ou résidence secondaire, village vacances, tente, caravane et camping car…-, l’unique centre d’hébergement d’urgence qui accueille des femmes à Paris, ferme ses portes.

 


Financé presque intégralement par l’Etat,  le centre va fermer ses portes dans quelques jours, officiellement pour 6 mois de travaux ; pour 4 ou 5 ans affirment un bénévole. L’Etat semble avoir choisi l’hébergement dit de stabilisation, qui représente l’étape supérieure vers un retour à la vie normale. Les places en urgence se voient donc réduites dans des centres d’urgence déjà saturés, selon  le directeur.

 


Or dans les situations d’urgence les hommes sont préférés aux femmes, qui trouvent semble-t-il plus facilement des solutions alternatives. Cela dit, malgré les places qui existent en hôtels ou dans les autres centres d’hébergement gérés par les autres associations, ces 38 places vont clairement manquer.


Faut-il penser qu’il s’agit d’une « organisation rationnelle et cynique de plus grande de la misère de ceux qui n’arrivent plus à vivre », comme le dit la philosophe Marie Josée Mondzain ? « Que ce soit près de nous ou très loin de nous comme en Grèce » ajoute-t-elle.

 

L’indignation ne suffit pas ; c’est le changement de politique qui est désormais incontournable pour mettre un terme aux indignités faîtes aux plus pauvres d’entre nous.


Moi, je suis aussi fatigué. Je pars donc quelques jours me reposer en famille dans de belles maisons, agrémentées de jardins fleuris et spacieux. Entouré de toute l’affection et de l’attention des miens.

 

Autant que ces femmes n’auront pas.

 

Bonnes vacances à ceux qui partent.


J’ai dit


Plume Solidaire

 

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Source / Mediapart

 

Le Samu social de Paris ferme ses portes aux femmes


Edition : Les invités de Mediapart


 

Victime de restrictions budgétaires drastiques imposées par l'État, le seul centre d'hébergementd'urgence capable d'accueillir des femmes va fermer très prochainement. Julia Peker, bénévole au Samu social de Paris, tire la sonnette d'alarme.

 


Le 30 juin 2011, le Samu social ferme le Centre d'hébergement d'urgence parisien Yves Garrel, qui accueillait 57 hommes et 38 femmes. Ces locaux extrêmement vétustes étaient mis à disposition par la Ville de Paris. En attendant la construction d'ici 4 ou 5 ans d'un nouveau centre, un bâtiment provisoire a été trouvé dans le XVème arrondissement pour accueillir les hommes. En revanche l'État refuse de financer un centre pour les femmes, après avoir décidé d'amputer de manière drastique le budget alloué au Samu.


Ces 38 places du Centre Yves Garrel étaient les seules places que le Samu Social de Paris proposait aux femmes en situation d'hébergement d'urgence. Le manque de places était déjà très préoccupant, mais à partir du 01 juillet 2011, plus aucune femme ne pourra compter sur les centres d'urgence gérés par le Samu Social de Paris pour échapper à la rue. Totalement engorgés, les rares centres des autres associations ne pourront en aucune manière compenser cette dissolution.

 


En fermant ses portes aux femmes, le Samu Social voit sa vocation largement compromise, et il se rend coupable d'une discrimination envers une population tout particulièrement vulnérable, négligée depuis des années et aujourd'hui totalement abandonnée.


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PARIS (AFP) - Le Samu social, soumis à des restrictions budgétaires par l'Etat, son principal financeur, a annoncé jeudi qu'il fermerait le 30 juin son seul centre d'hébergement d'urgence parisien accueillant des femmes, "une population tout particulièrement vulnérable".

 


"Le 30 juin 2011, le Samu social ferme le centre d’hébergement d’urgence parisien Yves Garrel, qui accueillait 57 hommes et 38 femmes. (...) Ces 38 places du centre Yves Garrel étaient les seules places que le Samu Social de Paris proposait aux femmes en situation d'hébergement d’urgence", a indiqué Julia Peker, bénévole au Samu social.


La direction générale du Samu social a confirmé l'information: "Certaines femmes seront envoyées dans des hôtels, ou dans d'autres centres d'hébergement d'urgence d'autres associations. Mais le fait est qu'on n'aura plus ces 38 places", qui ne seront pas totalement compensées par d'autres structures.

 

Les locaux du centre Yves Garrel, "extrêmement vétustes, étaient mis à disposition par la Ville de Paris. En attendant la construction d'ici 4 ou 5 ans d’un nouveau centre - très hypothétique -, un bâtiment provisoire a été trouvé dans le XVe arrondissement pour accueillir les hommes. En revanche l'Etat refuse de financer un centre pour les femmes", explique Julia Peker.

 


Le Samu social est financé à 92% par l'Etat. L'hébergement des sans abri à l'hôtel fait lui aussi l'objet de drastiques restrictions budgétaires, de 25%.

 


Quant aux centres d'hébergement, c'est-à-dire accueillant des précaires dans leurs murs, ils sont "totalement saturés", selon la mairie de Paris, qui estime "qu'il manque 13.000 places en Ile-de-France".

 


"C'est plein, archi-plein toute l'année", renchérit la direction du Samu social.

 


"La politique est de créer zéro place d'hébergement d'urgence, la priorité est donnée au logement d'abord. Mais dire que l'hébergement d'urgence n'a pas d'utilité, c'est une erreur", déplore la même source.


D'autant que les femmes concernées, "souffrant de pas mal de problématiques" (femmes battues, alcooliques, jeunes filles rejetées par leurs familles...), sont "souvent des personnes qui ne sont pas en capacité de supporter un hébergement autonome". "On les a informées officiellement de la fermeture du centre, mais beaucoup ont même du mal à se projeter jusqu'au 1er juillet", ajoute-t-on à la direction du Samu social.

 


"Totalement engorgés, les rares centres des autres associations ne pourront en aucune manière compenser" cette fermeture, estime Julia Peker, accusant le Samu social de se rendre "coupable d’une discrimination envers une population tout particulièrement vulnérable, négligée depuis des années et aujourd’hui totalement abandonnée".

 


Le centre d'hébergement d'urgence Yves Garrel ouvre ses portes le soir à 19H00 aux sans-abris, et les referme le lendemain à 11H00. Entre-temps, les personnes accueillies peuvent s'entretenir avec des travailleurs sociaux, médecins, psychologues, alcoologues, etc.

 


© 2011 AFP

 

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 17:00

 

 

 

botzaris2.jpg

 

 

 

 

C’était le jeudi de l'Ascension, par une de ces belles matinées de printemps à déguster à chaque instant.


Cela se passait après notre séance de chi cong sur cette colline du Parc des Buttes Chaumont, qui est à la fois ma terre d’aventure, mon terrain de jeu, mon parc de loisirs, mon salon de lecture et mon aire de repos.


Colette avait soif, Vincent son mari était venu nous rejoindre, et nous observait  du coin de l’œil pour s’assurer que le tai chi et le chi cong,  « c’est pas son truc ».


Voilà que Colette et Vincent s’avisent de m’enlever pour me contraindre à aller boire un pot avec eux.


Je me débats vainement et rends vite les armes.


Et nous voilà embarqués à la quête d’un bar du quartier, dans une divagation urbaine prétexte à de nouvelles découvertes. Tel ce passage discret qui avait échappé à la sagacité de mon regard sur le monde qui m’entoure. Puis c’est mon tour de jouer au guide en faisant étape devant la porte d’entrée de la Gaumont, - que tous les contribuables du secteur ont bien connue.

 

Toujours en errance de bistro-apéro, nous nous tournons vers cette belle demeure au coin de la rue Botzaris. Assoiffés de curiosité, nous escaladons le mur pour jeter un œil sur le jardin de cette propriété située en bordure du parc et qui domine Paris.


Puis, intrigués par le drapeau aux couleurs tunisiennes, nous nous approchons de la grille pour observer de nouveau l’intérieur de la propriété. Et constatons que le lieu est effectivement habité et animé.


Nous continuons notre vagabondage, nous installons à la table d’un restaurant marocain, prenons l’apéro tant attendu, enchaînons par un tajine, avant de traverser la rue pour papoter paisiblement au soleil sur les pelouses du parc.


C’était le 2 mai, jeudi de l'Ascension, une belle journée de Printemps français à Paris.


Nous ignorions que le 16  serait le jeudi de la Descente de Police, une triste journée du Printemps arabe, à Paris.

 

Au fait, Markos Botzaris, ça vous dit rien ?

 

J’ai dit

 

Plume Solidaire

 

 

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Source : France 24 – 16 juin


Expulsion et querelles autour des archives de Ben Ali à Paris

 

 

Une centaine de migrants tunisiens ont été expulsés, ce jeudi, du 36 rue Botzaris, à Paris. Une partie des archives entreposées dans le bâtiment, anciennement aux mains du RCD de Ben Ali, ont, elles, été emportées par une association.


 

Par Perrine MOUTERDE (texte)


 

Ils sont une quinzaine, en milieu de journée, sur le trottoir de la rue Botzaris, dans le 19e arrondissement de Paris. De jeunes hommes, dont quelques mineurs, l'air un peu désemparé. Tôt jeudi matin, ils ont été expulsés d'un bâtiment de trois étages situé à quelques pas, sur lequel flotte le drapeau tunisien. Cet ancien foyer pour étudiants, propriété de l'État tunisien, hébergeait jusqu'à la chute du régime Ben Ali la section française du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti de l'ancien président renversé le 14 janvier dernier.


Des vigiles en gardent désormais l'entrée, avec des chiens. Les migrants espèrent au moins pouvoir y récupérer les affaires qu'ils ont laissées à l'intérieur. "Les CRS sont arrivés vers 6h30 alors qu'on dormait et nous ont fait sortir, raconte Karim, 29 ans. Certains étaient pieds nus, ils n'ont même pas eu le temps de s'habiller. On ne veut pas dormir dehors ce soir ! Ce bâtiment appartient aux Tunisiens."


Un soudain besoin de bureaux


Karim est originaire de Tunis. D'autres, rassemblés autour de lui, viennent du nord et du sud du pays. Tous sont passés par la case "Lampedusa". "C'est encore la guerre en Tunisie, je ne pouvais pas rester là-bas", explique Reda, 39 ans. "On meurt de faim au pays", ajoute Anis, 20 ans. Au début du mois de juin, ces migrants ont investi le 36 rue Botzaris. Progressivement, ils sont une petite centaine à s'y être installés.


Selon Tarek Ben Hiba, le président de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR) - l'ancienne Union des travailleurs immigrés tunisiens (UTIT) -, ce sont les autorités tunisiennes, par le biais de l'ambassade de Tunisie en France, qui ont ordonné cette expulsion au motif qu'elles avaient besoin de davantage de bureaux à Paris. En début de semaine pourtant, Elyes Ghariani, le chargé d'affaires de la représentation diplomatique tunisienne dans l'Hexagone, avait donné son accord à plusieurs associations pour que le bâtiment soit transformé en lieu d'accueil pour les migrants pour six mois au moins, affirme Ben Hiba. Un protocole d'accord était en cours de signature. Malheureusement, aucun responsable de l'ambassade n'était joignable ce jeudi...


"On est tombé des nues ce matin, poursuit Tarek Ben Hiba. On croyait en avoir fini avec ces années d'affrontements et de duplicité. On pensait avoir un gouvernement ami et le soutien de l'ambassade..." Le soudain besoin de bureaux de Tunis ne le convainc pas.


Mettre les archives en lieu sûr


Alors pourquoi cette expulsion ? Pour les migrants, le pouvoir tunisien a d'abord voulu mettre la main sur les archives qui se trouvaient dans le bâtiment. Selon le site internet Owni, des milliers de documents de l'époque Ben Ali, entreposés dans deux pièces de l'immeuble, permettrait de "retracer de multiples opérations illicites ordonnées" par l'ancien président.

 

Le Collectif des Tunisiens de France (CTF), une association née il y a quelques mois après l'arrivée de nombreux jeunes Tunisiens en région parisienne qui dit s'être vu confier "verbalement" la gestion du bâtiment, reconnaît effectivement avoir voulu mettre ces archives en lieu sûr. "Avec le consentement de l'ambassade", ajoute Owni. Mercredi, près de 1 000 documents, soit un tiers du fonds, ont été saisis et emmenés par une avocate, Soumaya Taboubi, à la demande du CTF.


"On a vu que des documents commençaient à disparaître, se justifie Toumi Lazhar, le président du CTF. Des jeunes les revendaient à l'extérieur... Notre idée était de les mettre dans des lieux sécurisés et de les remettre ensuite à ceux qui, en Tunisie, peuvent organiser des poursuites judiciaires contre les membres de l'ancien régime. On souhaite que le peuple tunisien connaisse la vérité sur ce qui a été fait, mais pas que ces documents soient utilisés pour faire du chantage."


Toutefois, Toumi Lazhar estime que la récupération de ces archives ne justifie en rien une descente de police. Après avoir pu les consulter en partie, il en relativise l'importance : "Le bâtiment n'est occupé que depuis un mois. Les membres du RCD ont largement eu le temps, depuis la chute du régime, d'enlever ce qui était le plus compromettant ! Ce que j'ai pu lire n'était pas si intéressant que cela."


Un lieu ingérable ?


Pour le président du CTF, l'expulsion est peut-être davantage le résultat des tensions qui régnaient dans le bâtiment. Samedi, voyant que son association n'arrivait plus à contrôler la situation, il avait d'ailleurs décidé de renoncer à s'occuper des migrants. "Il y avait de la délinquance, des bagarres entre les jeunes... Ils étaient agressifs. Les autorités tunisiennes avaient perdu le contrôle d'un lieu qui leur appartient." Une instabilité provoquée, selon Tarek Ben Hiba, par la présence d'anciens proches du régime parmi les occupants du bâtiment. "Ils veulent se refaire une virginité en rejoignant les migrants... C'est ça qui a provoqué des affrontements."


Selon certaines sources, la majorité des Tunisiens interpellés jeudi matin ont été conduits au commissariat de police du 19e arrondissement avant d'être redirigés, en bus, vers des centres de rétention. Une information que la préfecture de police n'était pas en mesure de confirmer, en fin d'après-midi. "Une centaine de personnes ont été évacuées dans le plus grand calme", se bornait-elle à indiquer. Karim, Reda et la dizaine d'autres jeunes revenus rue Botzaris ne savaient pas pourquoi eux avaient été relâchés.

 

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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 17:00

 

 

 

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Quand je vois Etats généraux, je cours très vite pour éviter l'échafaud.


Quand j'entends économie, j'entends : "excellentes explications de ce qui s'est passé et impossibilité de savoir quand la prochaine bulle va éclater".

 

Quand j'entends social, je tends l'oreille.


Dès que je vois le mot solidaire, j'arrive.

 


 

 

D'un pas alerte, je me suis dirigé vers la Bourse, nouveau temple d'un jour de l'Economie Sociale et Solidaire, pour assister à la clôture des Etats Généraux.

 

J'en suis sorti perplexe. Car dans cet ensemble d'organisations extrêmement diverses, je n'ai pas perçu clairement ni l'approche solidaire et encore moins ce qui les fédère.

 

J'ai plutôt eu le sentiment que l'opposition aux principes structurants de notre société et de notre économie - le profit et la croissance comme finalités -, et qui sont le cadre au sein duquel l'ESS a pu prospérer (le libéralisme), n'a pas encore conduit à l'émergence d'une alternative économique crédible.

 

Nous avons assisté aux balbutiements de la structuration d'un mouvement assemblant de multiples expériences dont certaines ont démontré leur pertinence économique et sociale.

 

Solidaire, c'est moins sûr. Car pour être solidaire il faut un socle de valeurs communes, des modèles d'action identifiés et reconnus par les membres de cet ensemble, un sens concret de la coopération, une organisation démocratique...

 

Bref : un projet commun à défendre et, puisqu'il s'agit d'économie et de concurrence jusqu'à nouvel ordre, à promouvoir. Or, on ne promeut pas un système dans ses marges mais par des méthodes combatives au coeur des centres de décision, telles que savent si bien en user les organisations qui défendent les intérêts des entreprises lobbyites à Bruxelles.

 

L'économie sociale et solidaire est porteuse d'espoir; le fait de refuser le profit comme valeur ne suffit pas pour créer de la solidarité.

 

Encore faut-il définir le champ économique de l'économie sociale et solidaire. Et de ce point de vue je ne suis pas tout à fait convaincu de la sincérité de   l'approche solidaire de cette grande mutuelle assurance active sur le marché de la publicité, dont le représentant a pris la parole aux côtés de petites associations, de modestes entreprises, d'organismes subventionnés par les collectivités locales, et de chercheurs universitaires.

 

Le secteur coopératif a généré de grandes entreprises dont il n'est pas si aisé de  discerner la spécificité du management avec celui d'une entreprise du CAC 40. En dehors des bonus et de la rétribution des actionnaires. Conception qui, si elle se généralisait suffirait pourtant à mes yeux à atténuer dans une certaine - et déjà large - mesure les méfaits du capitalisme sauvage que nous connaissons. 

 

Vous imaginez la globalisation d'une Economie Sociale et Coopérative ? Est-ce que ce ne serait pas déjà une révolution ?

 

Nous écrivains publics "solidaires", nous sentions étrangers à cette économie sociale dont la solidarité reste à bâtir; et dont nous voudrions qu'elle soit autres choses qu'un horizon inatteignable ou une profession de foi.

 

Mais elle porte nos espoirs d'un monde solidaire. Espoirs d'autant plus vifs que l'ESS est un secteur de l'économie qui connaît une  forte croissance.

 

Oups, pardon, j'ai dit un gros mot.

 

J'ai dit

 

Plume Solidaire


 

 


 

 

 

France Culture - Chronique de Julie CLARINI "Les idées claires" sur France Culture

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/11/Julie_Clarini_20100329_Salon_du_livre_de_Paris_1.jpg/220px-Julie_Clarini_20100329_Salon_du_livre_de_Paris_1.jpg

 

L'économie sociale et solidaire


20.06.2011 - 07:35


La Croix offrait samedi un beau portrait de Claude Alphandery, qui partage avec Stéphane Hessel et Edgar Morin, l'âge (88 ans), la Résistance (les FFI) et une notoriété, pour lui, un peu plus nouvelle. C'est qu'il est l'initiateur des Etats-Généraux de l'économie sociale et solidaire qui se sont tenus à Paris hier et avant-hier. Un combat qu'il porte depuis longtemps et qui rencontre aujourd'hui de plus en plus d'échos.

 

L'ambition de ces Etats-Généraux ? Montrer la force de cette forme d'économie qui constitue, à sa manière, une réponse possible à la crise, une alternative, cette fameuse alternative qu'on cherche tant. Mais disons-le tout de suite, à Paris hier, on ne prétendait pas la tenir, l'Alternative avec une majuscule, non, mais plus modestement des recettes, quelques savoir-faire pour d'autres mondes possibles. Pas de grand soir, mais de l'espoir, celui de retrouver des marges de manœuvre dans l'économie globalisée.

 

Le sociologue Jean-Louis Laville appelle ça des « tentatives de reconquête populaire de la sphère économique ». C'est mieux dit et plus explicite que le terme dont on affuble en général ces activités, celui d’ESS, « économie sociale et solidaire » qui dit mal toute l'inventivité à l'oeuvre et toute la diversité de moyens déployée. Dommage qu'on n'ait pas trouvé mieux, « économie sociale et solidaire », ça évoque un chapitre de manuel peu attractif, pas de quoi faire vibrer des Indignés.

 

Appelons-ça « reconquête » donc, « reconquête populaire de la sphère économique ». Il faut dire qu'elles sont si différentes, morcelées, éparses, ces expériences qu'il n'y a sans doute que sur les finalités qu'elles se retrouvent. Retenons-en deux qui feront consensus : démocratiser l'économie et refuser de se soumettre à la loi du profit. En fait, de la coopérative au commerce équitable, de la mutuelle aux cantines populaires, les déclinaisons et les exemples ne manquent pas. C'est même une vieille histoire.

 

« Il s'agit de renouveler la vieille promesse historique du socialisme- donner pour finalité à l'économie la satisfaction des besoins humains- sans retomber dans les errements qui ont caractérisé le « socialisme réel » partout où il s'est imposé. » explique Philippe Frémeaux dont le livre s'intitule La nouvelle alternative ? et sort en même temps que celui de Jean-Louis Laville, nouveau signe de l’actualité de ces idées.

 

Alors, que peut l'économie sociale et solidaire ? C'est sur ce point que les deux livres divergent. Pour Laville, elle doit être l'objet d'un combat, combat pour sa visibilité au sein de l'espace intellectuel, pour son développement à travers des mesures plus favorables, combat pour l'avenir car l'économie sociale et solidaire est potentiellement porteuse, oui, d'une force de transformation.

 

Philippe Frémeaux s'emploie à nuancer ces espérances. Disons qu'il voit le verre à moitié vide, là où Jean-Louis Laville le voit à moitié plein. Impossible de passer en revue précisément toutes ses objections, mais pour aller à l'essentiel : à ses yeux, elle ne constitue pas, cette ESS, une force politique, un mouvement social porteur d'un projet alternatif. L’ambition qui habite ses militants depuis longtemps (changer d'échelle, étendre les expériences, refouler les lois du profit) est en partie chimérique.


Constatons-le simplement : l'ESS est peu présente dans l'industrie, encore moins dans la pub, l'audit, les instituts de beauté ou la sécurité privée, parce que sa présence ou son absence reflète tout simplement les valeurs de ces promoteurs, leurs aspirations.

Les entrepreneurs d'ESS sont plus soucieux de résoudre un problème que de devenir riches ou puissants. De surcroît, ils ne conçoivent pas l'investissement, le développement de l'activité, comme une fin. Donc ils ne croissent pas outre mesure.

 

Est-il pour autant certain que les expériences n'iront pas plus loin, et en plus grand nombre ?


Non, rien ne dit qu'une expansion de ses modèles n'aura pas lieu ( la nécessité de se tourner vers un modèle plus soutenable leur sera favorable) ; néanmoins elle n'incarne pas les prémices d'une autre économie, l'enjeu ne sera jamais de la rendre hégémonique. Et Philippe Frémeaux de conclure : « Les militants de l'économie sociale et solidaire ne doivent donc pas imaginer, ou faire semblant de croire, que la dynamique de leur mouvement puisse suffire à faire advenir leurs rêves. »


Pas de grand soir, pas de nouvelle doctrine, mais peut-être une pièce dans le grand mécano de l'alternative à construire.

 


 


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