Bon anniversaire à l'Atelier Graphite lancé le 14 avril 2006.
Gaëlle Laruelle, fondatrice de l'Atelier Graphite, est une des premières lectrices de Plumeacide, blog que j'ai créé en juillet 2007.
Son équipe aujourd'hui composée de 5 personnes, intervient dans une trentaine de lieux de la métropole bordelaise.
Notre activité, quelle soit professionnelle ou bénévole, conserve pleinement sa pertinence dans un pays où s'exerce une pression croissante sur l'accès aux droits.
En témoigne la Défenseure des Droits; qui constate une hausse de 17% des sollicitations reçues en 2025 par rapport à 2024.
Extrait de la newsletter Epigr@phe N°151 - avril 2026
de l'Atelier Graphite
Voici une réalité que nous connaissons bien, nous écrivains publics d'AIDEMA19. Et une analyse que je partage à titre personnel :
"Lorsque l’accès aux droits, aux soins et aux démarches devient trop complexe, il faut bien que quelqu’un traduise, reformule, accompagne et rassure. En pratique, ce sont des professionnels qui prennent en charge ce que l’institution attend théoriquement de chacun : comprendre, remplir, transmettre, justifier, suivre...
Le mythe de l’autonomie numérique
L’injonction à “faire seul” avec le numérique repose sur une fiction : si tout est dématérialisé, tout le monde est supposé capable de suivre. Or la réalité est tout autre. Le fantasme d’un public totalement autonome masque une société dans laquelle une part importante de la population ne peut pas, en réalité, traverser seule la bureaucratie numérisée.
Notre métier au cœur du réel
Notre métier d’écrivain public socio numérique est toujours indispensable. Nous intervenons là où les parcours se bloquent, là où les démarches deviennent illisibles, là où le numérique ajoute une couche de complexité au lieu de simplifier la vie des personnes.
Notre travail n’est pas un simple service d’appoint. C’est un travail de traduction sociale, d’écriture, de médiation et de sécurisation des démarches. (...) Nous écrivons "à la place de la personne" : nous évitons qu’elle soit exclue par un système pensé comme si tout le monde savait lire, écrire, comprendre et agir seul.
Notre métier au cœur des fragilités
Nos métiers existent parce que les institutions ne peuvent pas fonctionner sans nous, tout en restant souvent traités comme périphériques. Dans la santé, la médiation est déjà reconnue comme un maillon essentiel pour améliorer l’accès aux soins. Dans les démarches administratives, les écrivains publics socio numériques jouent exactement le même rôle : ils évitent les ruptures, les non-recours, les erreurs et les décrochages.
Nous remplissons un service public de fait, comme le font les conseillers numériques ou les France services par exemple.
Notre métier au cœur de l'accès aux droits
La dématérialisation augmente le besoin d'avoir un humain en face. Plus les procédures se complexifient, plus les personnes fragiles, peu à l’aise avec l’écrit ou isolées ont besoin d’un appui spécialisé pour ne pas décrocher de leurs droits
En QPV*, 1 personne sur 3 a besoin qu'on fasse à sa place, et sa capacité d'autonomie est souvent très modeste
Reconnaître pleinement notre métier, c’est sortir du récit trompeur de “l’usager autonome” et assumer qu’un véritable accès aux droits suppose des professionnels capables d’écrire, d’expliquer et de sécuriser les personnes. Nous ne sommes pas une solution provisoire à un problème marginal. Nous sommes une réponse indispensable à une société qui a trop souvent confondu dématérialisation et simplification.
* QPV: Quartier Politique de la Ville