Christiane Tobira, Vincent Peillon...A peine arrivés aux Ministères de la Justice et de l'Education Nationale, ces deux
ego là n'ont pas tardé à se distinguer.
Certes, une forte personnalité est une qualité nécessaire pour tenir la tête de tels services publics dont les missions
sont parmi les plus emblématiquement porteuses des valeurs républicaines.
Deux ministères qui ont été amplement déconsidérés et affaiblis dans leurs moyens au cours des cinq dernières
années.
Les pouvoirs de décision et d'arbitrage sont détenus par le Président de la République et le Premier Ministre, et la
solidarité gouvernementale s'impose à tous.
Alors, ces difficultés à contenir des pulsions à l'empressement d'agir, et ce besoin irrépressible d'affirmation de
soi, ne manifestent-ils pas aussi la crainte d'une perte de liberté au sein du pouvoir ? Ou faut-il déjà comprendre que la compétition entre ministres pour les dotations de leurs ministères en
période vaches maigres, est déjà ouverte ?
Compte tenu de la situation héritée dans ces deux ministères après la tornade sarkozienne, on comprend aisément
l'impatience de ces deux ministres devant la démesure de la tache qui les attend.
Mais, attention...
Plume Solidaire
Chronique de Brice COUTRIER du 3 avril 2012
Les Matins de France Culture
Et si la gauche, embarrassée face au pouvoir, portait la défaite dans son code
génétique ? Et si le socialisme français se méfiait, en réalité, du pouvoir ? Dans un essai qui vient de paraître chez Denoël, « Cette obscure envie de perdre à gauche », le critique d’art Jean-Philippe Domecq cite la fameuse réplique de Bartleby : « I would prefer not to… », j’aimerais mieux pas. Domecq baptise « gauche d’insatisfaction » cet électorat de
purs et durs qui a renversé Romano Prodi et fait réélire Berlusconi en Italie en 1998 ; qui a préféré faire perdre le démocrate Al Gore et élire George W Bush, en votant Ralph Nader, aux
Etats-Unis en 2000 ; qui a empêché Jospin d’être présent au 2° tour des présidentielles de 2002 en France.
On connaît la thèse. Elle a été développée par Bergougnoux et Grunberg dans leur ouvrage, désormais
classique, « Le long remords du pouvoir ». Résumons-la.
Si les sociaux-démocrates européens – anglais, allemands, ou suédois - n’ont jamais
rechigné à exercer le pouvoir, c’est que leurs ambitions n’étaient pas démesurées. Ils prétendaient améliorer la condition matérielle des travailleurs, et non pas « changer la
vie » ; utiliser le système capitaliste, pour en redistribuer plus équitablement les fruits, et non pas le renverser pour nous faire basculer dans une autre logique économique.
Léon Blum a été obligé de théoriser cette étrange pudeur face aux responsabilités en distinguant « l’exercice du pouvoir » de la « conquête du pouvoir ». Il lui a fallu remettre cette dernière aux calendes grecques, pour autoriser son parti à
réformer concrètement la société, à défendre la République contre la menace des Ligues, sans attendre indéfiniment le « grand soir » de la révolution prolétarienne.
Mais le courant socialiste français a longtemps juxtaposé un discours ultra-doctrinaire et une pratique politique franchement opportuniste : le catéchisme de Jules Guesde et le comportement au pouvoir de Guy
Mollet. La crispation doctrinale a longtemps empêché les socialistes français de se mettre au diapason des bouleversements sociétaux. Aussi, c’est dans les franges du gauchisme que se sont
développés les courants féministe, écologiste, le mouvement pour l’égalité des droits. Et le « surmoi » du PS est longtemps resté marqué par le marxisme. Il fallait voir le mal que se
donnait les camarades du CERES, l’aile gauche, alliée à Mitterrand lors du congrès fondateur de 1971, pour jouer aux petits bolcheviques…
Le Parti socialiste français a longtemps « conservé l’ambiguïté d’un parti
révolutionnaire qui ne fait pas la révolution ». D’où la prime que ce parti réformiste n’a cessé d’accorder à la gauche radicale, sa mauvaise conscience persistante. Au point de tomber dans
le suivisme envers tout « mouvement social ».
Sur le site Telos, Gérard Grunberg,
l’un des auteurs, pose franchement la question : Mélenchon est-il un danger pour Hollande ? Et sa réponse est non. Non, parce que les électeurs du Front de gauche n’auront d’autre
choix que de voter pour le candidat du PS, aussi timoré qu’il leur apparaisse, car sinon, ils laisseraient réélire Sarkozy. En outre, le PCF, l’un des principaux animateurs du mouvement
mélenchonien, a besoin de la bienveillance du PS aux législatives, pour espérer retrouver un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale et figurer dans le gouvernement.
Grunberg fait aussi observer qu’il est erroné de parler d’une « poussée de
l’extrême-gauche ». « Aujourd’hui, l’ensemble des candidats de la gauche non socialiste totalise aux environs de 18 % des suffrages. Cette proportion était, certes, de 11 % en 2007,
mais de 22 % en 2002 et 17 % en 1995. « La véritable nouveauté consiste moins en un véritable progrès de la gauche non socialiste qu’en la polarisation des électeurs de cette gauche sur un seul candidat. » En résumé, ce n’est pas tant la gauche-de-gauche
qui progresse, que l’un des siens, Mélenchon, qui siphonne les voix trotzkystes et écologistes.
Ce n’est pas Hollande qui a du souci à se faire, c’est Sarkozy, incapable, lui, de fédérer
les trois électorats de droite, pourtant majoritaires en voix selon Grunberg – le centre droit, la droite modérée et la droite radicale.
Cette obscure envie de perdre à gauche est un essai écrit par Jean-Philippe Domecq, édité
en février 2012 aux éditions Denoël. « La gauche n'aime pas le pouvoir et fait perdre la gauche. En deux siècles de démocratie partout dans le monde, elle a gouverné bien moins que la droite,
dont l'électorat n'est pas si pudibond et sait qu'il faut d'abord l'avoir, le fameux Pouvoir.