Lire Le syndrome de la bureaucratie sécuritaire 1 à 4(1)
Je m’acquitte pour ma part de demander les pièces qui prouvent que je suis de
nationalité Française (mon acte intégral de naissance, l'acte intégral de naissance de mon père, l'acte de mariage de mes défunts parents).
Avec ce sentiment étrange que, pour la première fois depuis 41 ans que nous
sommes mariés, je dois rendre des comptes à l’administration de mon pays, de ma nationalité Française au motif d’avoir décidé de vivre avec une femme d’origine Etrangère.
Et je m’empresse d’ajouter que, si c’était à refaire, je n’hésiterais pas à
récidiver.
Mon épouse dépose le 12 avril son dossier de demande de certificat de
nationalité Française, dûment rempli avec le conseil éclairé d’un proche écrivain public. Au Pôle de la Nationalité, son interlocuteur conclut l’entretien par un propos rassurant « Vous
aurez votre certificat de nationalité rapidement ».
La notion de rapidité est variable suivant le contexte où nous nous plaçons. La vitesse
d’une fusée qui vient de décoller de Cap Canaveral et qui pénètre dans la stratosphère, n’est pas similaire à celle du Pôle de la Nationalité pour le traitement des dossiers.
Cette semaine (semaine 21), ma Chère et Tendre, douée d’une patience infinie tempérée
d’une impatience sans limite, prend une demie journée de congé et fait le voyage vers le Pôle. Elle y est reçue avec la tiédeur qui convient à une journée de printemps contrastant avec le
froid soviétique qui régnait début février (semaine 4), au temps où Nicolas le Petit régnait encore.
Le propos est adoucissant : « Le temps moyen pour délivrer les actes de
nationalité française est d’environ quatre mois ».
A ce jour, plus d’un mois s’est écoulé depuis le 12 avril. C’est le temps que ma femme
avait intuitivement estimé de rapidité pour l’obtention du document attendu. Resterait donc en moyenne trois mois à attendre.
En conséquence, moyennant un peu de patience, mon épouse Unique et Préférée devrait obtenir
son certificat de nationalité Française début septembre.
Après les congés de l’été.
« Il faut [...] vouloir ce que l'on aime, et il faut le vouloir d'une
volonté profonde, pure de toute impatience, comme obscure à elle-même. »*
Dès les premiers frimas de l’automne nous nourrirons l’espérance républicaine de pouvoir
faire parvenir au service central d’état civil du Ministère des Affaires Etrangères et Européennes dans la belle ville de Nantes, le certificat de nationalité Française de ma femme. Qui est de
nationalité française par mariage depuis ce beau jour du mois de mai 1971, dont nous avons fêté la date anniversaire le dimanche de la Pentecôte 2012.
Nous avons appris à nos dépens, que le temps de la politique n’est pas celui de l’économie.
Nous avons confirmation à présent que le temps de l’administration n’est pas celui de la politique.
Car si la majorité des électeurs français ont tiré la chasse d’eau sur la gouvernance
sarkozienne, les effets de sa politique de contrôle identitaire se font toujours sentir.
Encore quelques temps donc, et l’enveloppe contenant l’acte de naissance de ma femme
enregistré à l’état civil français, glissera en douceur dans notre boîte à lettres.
Un dernier passage à la Préfecture de Police pour revoir peut-être cette charmante jeune
femme servile qui nous a si jovialement accueillis, pour lui remettre le précieux palimpseste.
Et là enfin, après l’ultime attente d’une semaine, un SMS magique l’avertira que son
passeport est à retirer au guichet de la Préfecture.
At last, our family meeting project will get out the water...of the french national identity
policy bowl !
En français : notre projet de réunion familiale sortira enfin de l’eau…de la cuvette
des WC…de la politique de l’identité nationale française !
Alors et alors seulement, ma femme pourra enfin proclamer : « Après avoir
bénéficié de la nationalité française depuis 41 ans et quelques mois, me voici enfin de nationalité Française. »
Merci Nicolas, merci Marine…
De nous enfermer à l’intérieur de notre pays,
Vous qui aimez tant les expulsions vers l’extérieur de notre pays.
Merci pour les frontières que vous montez
Pour nous protéger de nous-mêmes :
En nous obligeant à apporter la preuve
Que nous n’avons pas usurpé notre identité française.
Plume Solidaire
*Christian Bobin (Le huitième jour de la semaine, p.60, Éditions Lettres Vives
1986)