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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 17:49

La République des Idées


La seule question qui semble se poser jusqu'à présent au sujet du Revenu de Solidarité Active (RSA) concerne le calendrier de sa généralisation et l'épaisseur de l'enveloppe budgétaire qui lui sera allouée. En réalité, le RSA pose bien d'autres problèmes qui appellent une discussion de fond. Avec ce premier article de Dominique Méda, laviedesidees.fr ouvre le débat et le poursuivra dans les semaines qui viennent en mobilisant à la fois des économistes, des historiens et des sociologues.



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Photo Willi Ronis

Quand le Raisin Sacré Arrive, il faut le boire !
Dans l'estomac il y ira, tu peux me croire !
Pour le RSA, et hip hip hourra !






Le Revenu de Solidarité Active dont l'expérimentation puis la généralisation sont inscrites au programme du gouvernement, semble faire l'unanimité. L'idée d'accorder une prestation monétaire aux bénéficiaires des minima sociaux qui retrouvent un emploi de manière à les « intéresser » davantage encore au travail est une idée, sur le papier, assez consensuelle. Il reste qu'il y a plusieurs manières d'en décliner la mise en oeuvre et, qu'ici comme ailleurs, la qualité d'une politique se mesure à la lucidité des décideurs sur les conditions pratiques de sa réussite. Concernant le RSA, il n'est pas certain que ces conditions aient été suffisamment explorées.


En effet, on a fait jusqu'à maintenant comme si le RSA suffirait à résoudre les problèmes liés à l'enfermement des allocataires de minima sociaux dans le non emploi ou les faibles durées d'emploi. En réalité, les choses sont beaucoup plus compliquées. Le RSA est sans doute nécessaire. Mais il ne peut être en aucune manière suffisant. C'est ce que vient de montrer avec force la dernière livraison du numéro de Recherches et prévisions consacré aux allocataires de minima sociaux [1].

 

 


Que constate-t-on ? Que la plus grande partie des problèmes qui font obstacle à la reprise d'emploi des bénéficiaires de minima sociaux ne sont pas d'ordre monétaire (certains travaillent en perdant de l'argent !) mais ressortissent à bien d'autres contraintes : contraintes « familiales », dues notamment à l'absence de modes de garde proposées aux allocataires de l'Allocation Parents Isolés (60% déclarent connaître des difficultés dans leur démarche de recherche d'emploi parce qu'ils et plus souvent elles ne peuvent faire garder leur enfant), contraintes de santé, contraintes de transport, absence d'accompagnement vers et dans l'emploi... En somme, il est faux d'imaginer qu'ils préfèrent ne pas travailler simplement parce que le travail ne leur rapporterait pas assez. Comme le souligne Céline Marc, ce sont moins de 1 % des bénéficiaires qui invoquent un tel manque de rentabilité financière du travail comme un obstacle au retour à l'emploi [2
].


Plusieurs études ont par ailleurs mis en évidence que les individus visés sont moins calculateurs que ne l'imaginent de nombreux responsables actuels. Les personnes qui reprennent un emploi n'ont pas toutes compris le mécanisme de l'intéressement. C'est même souvent après avoir commencé à travailler qu'elles réalisent si oui ou non elles perdent de l'argent. Tout ceci conduit manifestement à minorer l'effet pur de l'incitation monétaire sur le comportement des allocataires de minima sociaux.


Au contraire de ce qui se passe dans les pays nordiques ou au Royaume-Uni [3
], où ils sont soit classés inaptes au travail soit accompagnés dans leur recherche d'emploi, les allocataires de minima sociaux français ne sont pas systématiquement inscrits comme demandeurs d'emploi et ne bénéficient donc pas des services de l'ANPE. Moins de 35% des Rmistes sont inscrits à l'ANPE et même si des conventions ont été le plus souvent signées, à la suite de la décentralisation du RMI en 2003, entre les Conseils généraux et l'ANPE, le nombre de personnes concernées reste faible.


Le choix auquel le gouvernement est aujourd'hui confronté n'est donc pas seulement de savoir s'il faut ou non mettre en œuvre une prestation monétaire censée inciter les allocataires de minima sociaux à reprendre le chemin du travail. Il s'agit surtout aujourd'hui de mettre en place les moyens qui permettront à ces personnes de surmonter les contraintes auxquelles elles sont confrontées et qui les empêchent de retrouver un emploi. Les solutions se déduisent clairement des travaux cités ci-dessus : mettre en oeuvre un véritable service public de la petite enfance - qui devrait sans doute dans un premier temps être prioritairement consacré à résoudre les problèmes de garde des allocataires de minima sociaux puis rapidement concerner l'ensemble des parents de jeunes enfants - ; développer des postes de travail susceptibles d'accueillir les personnes présentant des problèmes de santé ; faire bénéficier les allocataires non inscrits à l'ANPE et susceptibles de travailler, des services personnalisés, et sans doute pour partie renforcés, de celle-ci, y compris de prestations lourdes de formation. Cela signifie aussi de parvenir à accorder aux Rmistes les plus éloignés de l'emploi un accompagnement de qualité, en évitant l'effet de sélection et de tri bien connu des spécialistes des politiques d'emploi qui conduit le plus souvent les personnes les plus employables à bénéficier préférentiellement des moyens mis à disposition par le service public de l'emploi.


Cela suppose d'accepter une augmentation du nombre de personnes recensées comme demandeurs d'emploi et de consacrer les moyens humains nécessaires au renforcement de la capacité d'action du nouvel opérateur issu de la fusion de l'ANPE et de l'UNEDIC. C'est à ce prix - et à ce prix seulement - que l'on peut espérer que les sommes consacrées au RSA produiront pleinement leur effet, à condition aussi que l'on soit capable d'éviter, ensuite, un enfermement des allocataires du RSA dans des durées d'emploi très faibles.


Ne serait-il pas très utile, à ce moment précis où les décisions ne sont pas encore prises et où la phase d'expérimentation se poursuit, de comparer l'ensemble des coûts générés par cette réforme à celui d'une nouvelle régulation du marché du travail ayant pour objectif d'éviter la multiplication de postes à temps partiel très courts, générateurs de bas salaires appelés à être en permanence complétés par la puissance publique et les précieuses ressources de l'Etat ? La manière dont est organisé l'accueil des jeunes enfants dans les pays nordiques (services locaux employant du personnel stable) et en France (embauche de gré à gré sur des temps partiels très courts) constitue de ce point de vue un objet de réflexion très fécond.


Le RSA ne peut donc être vertueux que s'il est inscrit dans un ensemble de politiques sociales propres à lever tous les obstacles à la reprise d'un emploi. S'il devait être mis en place seul, a fortiori dans un cadre budgétaire étriqué, plusieurs conséquences seraient à redouter. La première et la plus simple serait qu'il ne touche finalement qu'une maigre fraction du public des minima sociaux ; on aurait alors fait beaucoup de bruit pour pas grand-chose et le niveau de la pauvreté dans notre pays n'en serait guère modifié. La seconde porterait certainement sur les représentations sociales : loin d'endiguer la pauvreté, un RSA peu efficace en confirmerait beaucoup dans l'idée que, décidément, les pauvres ont un poil dans la main. Il parachèverait alors paradoxalement le mouvement historique de suspicion qui s'est emparé de l'opinion depuis plusieurs années. Car c'est l'idée même que l'on se fait de la pauvreté qui structure au fond ce débat. Les pauvres sont-ils simplement pauvres d'argent ? Ou bien le sont-ils aussi de ressources sociales, d'informations, de formation... ? En se contentant de la première position, on risque de commettre une lourde erreur.


par
Dominique Méda [24-04-2008]


[1] Recherches et Prévisions, n° 91, 2008

[2] Céline Marc, « Insertion professionnelle et sociale : des spécificités transversales aux différents types de minima sociaux », in « Minima sociaux », Recherches et Prévisions, n° 91, 2008

[3] Voir les récents rapports du CEE consacrés à ces questions : Les prestations et services d’accompagnement des demandeurs d’emploi au Royaume-Uni,en Suède et aux Pays-Bas, rapports 38, 39, 40, 41.



Pour aller plus loin

[1] 
Recherches et prévisions

 

[2] DOSSIER - Réformer les minima sociaux

- 

Deux articles sur l'Observatoire des inégalités

RSA : prendre aux classes modestes pour donner aux pauvres
Un point de vue de Patrick Savidan, Président de l’Observatoire des inégalités

Le revenu de solidarité active, un outil de lutte contre la pauvreté ?

 

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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 13:35


Désolé, je n'ai pas relevé les sources de cet article. Il s'agit probablement de la newsletter de cadremploi ou de l'observatoire des inégalités.- Plume Solidaire


Le 8 avril 2008

 
Selon la mesure la plus utilisée, on comptait moins de deux millions de chômeurs en janvier 2008. En réalité, plus de trois millions de demandeurs d'emploi sont enregistrés.


D'après la mesure la plus utilisée, on comptait en janvier 2008 1,9 million de chômeurs selon le ministère de l'emploi. Mais il s'agit de la définition la plus restrictive : les personnes qui n'ont pas travaillé plus de 78 d'heures le mois précédent l'enquête et qui ne recherchent ni un emploi à temps partiel, ni un contrat à durée déterminée. Le nombre total de demandeurs d'emploi est en réalité de 3,1 millions et encore, sans comptabiliser les chômeurs des DOM (environ 200 000) et les personnes dispensées de recherche d'emploi car âgées (voir plus bas / Plume Solidaire).


Ce chiffre de 3,1 millions de chômeurs comprend tout d'abord les demandeurs d'emploi qui n'ont pas travaillé plus de 78 heures, mais qui cherchent soit un temps partiel, soit un CDD, environ 560 000 personnes. Bizarrement, les temps partiels et les CDD sont bien considérés comme des emplois par ailleurs, notamment quand l'Insee mesure la population active ou le taux de chômage.


Il comprend aussi tous ceux qui ont travaillé plus de 78 heures le mois précédent l'enquête, quel que soit l'emploi qu'ils recherchent, soit plus de 600 000 personnes. S'agit-il de "vrais" chômeurs, puisqu'ils ont partiellement travaillé ? Dans tous les cas, il ne s'agit pas forcément de personnes qui travaillent toute l'année plus de 78 heures par mois, mais qui peuvent avoir travaillé un mois donné : on ne les retrouve pas nécessairement le mois suivant.


Les chiffres du chômage les plus souvent commentés ne portent que sur une partie des demandeurs d'emplois. Qui s'en soucie vraiment au fond ? Cela permet certes d'afficher moins de deux millions de chômeurs. En pratique, pour la très grande majorité, ce ne sont pas les chiffres qui importent mais la situation réelle face à l'emploi...



Les catégories de chômeurs
Nombre de demandeurs d'emploi par catégories
Unité : milliers

 

Nombre de demandeurs d'emploi

 

Ceux qui n'ont pas travaillé plus de 78 heures dans le mois

2 478 800

Cherchent un temps plein

1 910 500

Cherchent un temps partiel

337 200

Cherchent un CDD

229 100

 

Ceux qui ont travaillé plus de 78 heures dans le mois

626 300

Cherchent un temps plein

468 700

Cherchent un temps partiel

68 900

Cherchent un CDD

88 700

 

Total des demandeurs d'emploi

3 103 100

 

Source : Ministère de l'emploi. Année des données : 2008

 

 

 

 

Ajouter aux chômeurs les 400 000 dispenses de recherche d'emploi indiquées dans l'article ci-dessous (note de Plume Solidaire)

 

 

L'emploi des seniors sur la sellette

Toujours fermement décidé à promouvoir l'emploi des séniors, le président de la République va lancer prochainement la réforme de la dispense de recherche d'emploi pour les salariés de plus de 57 ans. Les 400 000 personnes qui bénéficient aujourd'hui de cette dispense ne seront pas affectées par le nouveau dispositif. Début 2009, l'âge donnant doit à cette dispense sera relevé à 58 ans. Il passera à 58,5 ans en 2010, puis augmentera progressivement pour atteindre 60 ans en 2013. À cette date, le système de dispense aura complètement disparu.

 

 

Parallèlement, les pouvoirs publics entendent mettre en place un ensemble de procédures incitatives, telles que le relèvement de 3 % à 5 % de la surcote et la libéralisation totale des règles de cumul d'un emploi et d'une retraite pour les salariés de plus de 65 ans et pour ceux ayant suffisamment cotisé. Enfin, le troisième volet du plan vise les entreprises. Elles devront mettre en place des accords sociaux comprenant des objectifs chiffrés en termes d'emplois des séniors. Celles qui ne se plieront pas à cette exigence devront payer une cotisation supplémentaire de retraite. (Les Échos, p1-4, Étienne Lefebvre, 06/05/2008)

 

Les chômeurs n'auront pas intérêt à le rester longtemps

Le gouvernement a affirmé sa volonté de décider par lui-même des conditions d'attribution des allocations chômage. C'est surtout la définition de l'offre valable d'emploi (OVE) que les pouvoirs publics souhaitent maîtriser. Dans un courrier transmis aux partenaires sociaux, le ministère de l'Économie indique que tout chômeur qui refusera deux fois de suite une OVE sera radié des fichiers ANPE durant deux mois, une mesure sui suspendra le versement de son allocation. Les agents ANPE ont déjà la possibilité de radier un chômeur dès le premier refus, mais ils ne l'appliquent que très rarement, afin de ne pas aggraver la situation de personnes déjà fragilisées. Sur la définition de l'OVE, le chômeur devra accepter dans les trois premiers mois de sa recherche toute offre lui fournissant au moins son précédent salaire.

Sur la période de chômage 3-6 mois, il devra consentir à une baisse de 5 % et sur 6 mois et plus, il sera contraint d'accepter une baisse de 20 %. L'offre devra porter sur un emploi situé à moins de 30 kilomètres du domicile et à moins de deux heures en transports en commun. Au bout d'un an de chômage, toute offre au moins équivalente à l'indemnité de chômage (soit en général 57,4 % du précédent salaire) devra être acceptée.


La nature du contrat (CDI, CDD, intérim...) n'est pas prise en compte dans la définition de l'OVE. Les syndicats FO et CGT ont exprimé leurs regrets face au manque de négociation collective sur le sujet. La CFDT dénonce pour sa part l'application d'une définition uniforme de l'OVE, qui ne tient pas compte des spécificités de vie (une mère célibataire serait traitée sur le même plan qu'un ingénieur seul et sans enfant). La CGC et FO soulignent pour leur part la méthode employée, qui consiste à accroître les sanctions avant d'avoir amélioré le suivi des chômeurs. (Les Échos, p1-4, Lucie Robequain, 06/05/2008)

 

 

 

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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 16:03

Ad iura renunciata, non datur regressu

Au renoncement des droits, il n'est point donné de recours


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