Souvent il s'agit d'écrivains à ranger dans la catégorie "prise de tête".
Je sais, c'est pas bien, mais j'aime les gens dont le métier est de penser, de réfléchir au monde tel qu'il fut, tel qu'il est, et qui nous proposent un monde à vivre plus intelligemment.
C'est le cas de ces deux philosophes que sont Abdelwahab Medeb - que j'écoute parfois sur France Culture - et Yves Michaud. Et de leur dernier ouvrage "Pari de civilisation" et "Qu'est-ce que le mérite ? ", dont les médias parlent beaucoup moins que des futurs prix littéraires.
Yves Michaud, je l'écoute aussi sur France Culture chaque dimanche après la messe - de France Culture dont je n'écoute que les cloches à la fin de l'émission - de 11 h à 12 h, dans l'émission de Philippe Meyer "L'esprit public". Je sais je ne devrais pas le dire non plus : j'écoute cette émission hebdomadaire depuis bientôt 10 ans avec une régularité d'horloge. Malgré la présence de ce célèbre octogénaire historien, et auteur à succès, qui fut naguère porte parole de l'Elysée sous Mitterrand ; devenu aussi porte parole médiatique de l'actuel Président de la République.
Yves Michaud c'est surtout l'Université de tous les savoirs. Vous connaissez, j'en ai déjà parlé ici ! C'était à propos d'humanisme. Vous savez mes univers sont si petits (et présomptueux), et comme vous peut-être je tourne en rond. Je suis passé par ici je reviendrai par là, c'est tout ! J'aime aussi son esprit critique sur l'art contemporain. Oui je sais l'art contemporain c'est pour l'élite et c'est pas votre tasse de thé. Qui vous dit que c'est la mienne ? On en revient aussi vous savez de l'art contemporain ! Enfin d'un partie du moins, d'une grande partie même.
Quant à Daniel Cohen, c'est la virtuosité intellectuelle mise au service d'une vision humaniste de l'économie qui m'intéresse. Lui par contre on le voit beaucoup sur les grandes chaînes de TV en ce moment ; ça cache sûrement quelque chose ! Son bouquin s'intitule "La prospérité du vice", et il est lumineux (le bouquin).
J'ai dit,
Plume Solidaire

Le Mot de l'éditeur : Pari de civilisation
• Écrivain et poète, Abdelwahab Meddeb enseigne à l'université de Nanterre et anime une émission régulière sur France-Culture ("Cultures d'islam", le dimanche soir). La Maladie de l'islam (Seuil, 2002) est considéré comme une des meilleures analyses de la crise de l'islam aujourd'hui.
evene.fr
Ce nouvel ouvrage d'Abdelwahab Meddeb propose une série de relectures du Coran et de la Tradition afin de conduire ce travail de mémoire et de dépassement. Pour se prémunir du malheur, il est demandé à l'islam de rejoindre une modernité à la hauteur de ce qu'ont réussi juifs et chrétiens. Mais pour réaliser ce dessein, il ne suffit pas d'encourager un 'islam du juste milieu' comme s'y engagent les Etats islamiques, notamment l'Arabie Saoudite. C'est un pas trop timide surtout pour la présence de l'islam en Europe, où les citoyens musulmans ont en effet les moyens de vivre selon leur libre conscience, dans l'esprit du droit positif et des droits de l'homme en abolissant toute référence à la sharî'a. Ainsi pourront-ils, en musulmans libres et éclairés, pratiquer un culte spiritualisé, puisant dans le riche fonds du soufisme. C'est dans la véritable reconnaissance de soi (et non de son déni) que le sujet d'islam pourra devenir un acteur efficient dans la construction d'une cosmopolitique post-occidentale.
La critique [evene]
par Monia Zergane
Si l'Islam a conduit la civilisation à un apogée qu'elle n'avait pas connu avant son avènement, la civilisation musulmane, elle, a pensé "la fin de l'histoire" et cela lui a été préjudiciable. Le panarabisme et l'islamisme ont détruit les minorités religieuses et culturelles vivant en terre d'islam, achevant de plonger les populations musulmanes dans l'isolement. Despotisme, fanatisme, superstition, obscurantisme, misère économique, sous-développement et absence de contrat social intériorisé, c'est aujourd'hui la réalité des pays musulmans. Une réalité qui contraste radicalement avec la splendeur révolue de la civilisation musulmane exaltée par Abdelwahab Meddeb tout au long de cet ouvrage. Dans sa complexité, nous dit l'auteur, l'Islam doit être approché comme civilisation, comme religion et comme désir politique. De nos jours, les deux premiers attributs se sont éclipsés au profit d'une violence criminelle dont les attentats du 11 septembre 2001 ont été l'illustration abjecte. Meddeb insiste sur la nécessité d'une relecture du texte coranique afin éviter le choc voire la guerre des interprétations qui se profile. Neutraliser les versets de l'hostilité en les situant dans le contexte dépassé de leur apparition doit être une priorité pour les exégèses du texte coranique. Il s'agit ici du djihad et de certaines dispositions juridico-politiques telles que l'esclavage, la polygamie, les hudûd (les sanctions pénales traduites en châtiments corporels) et l'inégalité des sexes.
Dans ce livre utile où l'on trouvera une somme impressionnante de références témoignant de la profondeur des cultures d'Islam, Meddeb insiste sur la nécessité de reconsidérer les idées des Lumières et invite le sujet musulman à questionner son rapport à la Nature en se conformant aux préceptes appelant à habiter proprement le monde. C'est sur ces aspects que portera le “défi” et que pourra se vérifier la pertinence de la tradition de pensée islamique et son ancrage dans la modernité.

C'est pour comprendre les sens réel du mot "mérite", ce qu'il cache et ce qu'il révèle, qu'Yves Michaud a écrit ce texte, réflexion profonde sur quelques aspects essentiels autant qu'étranges de la société contemporaine : primes, vanités, people, VIP, Rolex...
"Le mérite, le travail, l'effort ont fait retour dans le discours politique et dans l'opinion. Il faut mériter son salaire ou sa promotion ; les rémunérations doivent être fixées au mérite et l'on promet aux élèves méritants des décorations sur le modèle des croix d'honneur du passé. Mais ce retour est bizarre. Non seulement il se produit au milieu de revendications égalitaires toujours fortes, mais c'est aussi un drôle de mérite qui revient. Pas question de valeur morale, d'accomplissements humains, de bonnes actions, de vertu. On parle de travail, d'efforts - et surtout de rémunérations. Le mérite semble une sorte de droit à récompense financière - en tout cas quelque chose qui doit payer."
Yves Michaud
Au sommaire
- L'impasse de la méritocratie et "l'épaisseur" du mérite
- En finir avec les privilèges
- Méritocratie, castes et "meilleur des mondes"
- La proportion ou l'estime ?
- Liberté, destin, mérite
- Le mérite au prisme de l'égalité
- L'égalité contre le mérite
- À vos droits citoyens !
- Questions sur l'égalité
- La chance, la reconnaissance et la vertu
- Le facteur "chance"
- Égalité des chances, valeurs à la carte et mérite bling-bling
- Mérite et sociabilité
- Conclusion - Le mérite et la vertu

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