Après "Eden à l'Ouest" je craignais en allant voir "Welcome" , une indigestion de bons sentiments cinématographiques pour les sans-papiers.
Et bien non. Pas du tout.
J'ai ressenti à travers Vincent Lindon dans son rôle d'ours bien lèché, un personnage très proche de ce que j'ai vécu dans la réalité dans l'accompagnement de Monsieur K. Sans les relations avec la police telles qu'elles sont décrites ; et dont je me dispense sans façon.
C'est tout ce que j'en dirais pour l'instant sur le fond.
Ayant travaillé 3 ans à Calais, j'ai pu identifier différents lieux de tournage et l'ambiance de cette ville triste comme un jour...sans pain. Comme un long jour sans pain pour un sans-papiers.
L'article de Pierre Murat de Telerama, repris sur le site de RESF est assez superficiel pour n'en reprendre que les éléments du "pitch" - histoire de conserver quelques scènes en mémoire - et les rares phrases qui sonnent juste. Voilà ce que mon petit caviardage donne ( quelle honte ! ) :
RÉSUMÉ DU FILM Drame - Pour impressionner et reconquérir sa femme, Simon, maître nageur à la piscine de Calais, prend le risque d'aider en secret un jeune réfugié kurde qui veut traverser la Manche à la nage.
CRITIQUE - Certains sans-papiers sont là depuis des semaines. Des mois. Bilal, lui, vient d'arriver à Calais, venu de son Kurdistan irakien. Avec la fougue de ses 17 ans, il s'imagine que rallier l'Angleterre - où l'attend celle qu'il aime - sera facile. Nettement plus que ce qu'il a déjà subi. De fait, trouver des passeurs, ce n'est pas très dur, à condition d'être plusieurs et de payer 500 euros par tête de pipe. Dissimulé dans un camion, Bilal ne se doute pas qu'il devra, à certains moments, s'enfouir la tête dans un sac en plastique pour éviter les flics, les chiens et leur petite tête chercheuse, cette « espionne du CO2 » qui détecte le moindre souffle suspect...
Il y a un autre moyen, encore plus fou : l'eau. La Manche. Nager des kilomètres dans le froid, en dépit des courants et des bateaux qui patrouillent toutes les dix minutes... A la piscine où il s'est naïvement inscrit pour prendre des cours, Bilal rencontre Simon, l'un des maîtres-nageurs. Pourquoi ce type comme les autres, ni meilleur ni pire, se décide-t-il, soudain, à l'aider ? Par fatigue, peut-être, d'être devenu ce qu'il est - à savoir pas grand-chose. Par regret, aussi, de n'avoir pas été, aux yeux de sa femme, aimante mais partie, celui qu'il aurait pu être. « Il a fait 4 000 kilomètres pour rejoindre celle qu'il aime et moi je n'ai pas été fichu de traverser la rue pour te retenir », dit Vincent Lindon, tout en émotion rentrée, à Audrey Dana, qui, elle, n'est que sensibilité...
(...)
Calais est filmée par Philippe Lioret comme un espoir et un cul-de-sac. Un puzzle de lignes et de destins déjà brisés. Toute quiète à l'intérieur, mais grondante à sa périphérie. Deux mondes parallèles qui ne se croisent jamais ou presque...
(...)
On ne verra que des rues, des quais, des docks. Dans des bureaux, des flics goguenards ; et dans des tribunaux improvisés, des juges indifférents, statuant à la va-vite sur des clandestins chopés en train de fuir, aux poignets desquels - sinistre réminiscence - on inscrira des matricules... A Calais, des videurs de supermarché empêchent l'entrée du magasin à quelques paumés, égarés dans le centre-ville, « pour ne pas troubler la clientèle ». Philippe Lioret filme longuement un policier aux yeux et aux traits las (...), payé pour que la ville ne devienne pas un « camp de réfugiés en situation irrégulière ».
(...)
On en est là ? Ben oui, sans que nul ne s'en indigne vraiment, sinon par soubresauts, vite emportés dans l'oubli. Voilà ce que nous dit, nous montre Philippe Lioret, sans emphase ni condescendance.
(...)
Son film, intense et beau, (...)
...ce sont des fragments de fraternité que l'on emporte. Une photo déchirée que Bilal montre à Simon. Une bague perdue, soudain retrouvée. Une improbable soirée pizza, improvisée par un Lindon gêné et génial. Et, dans une piscine déserte, la silhouette d'un adolescent se glissant dans l'eau pour y poursuivre son rêve.
Pierre Murat
http://www.dvdrama.com/news-31390-cine-welcome.php
Tiens, voilà quelqu'un qui a quelque chose de vraiment intelligent et sensible à dire sur ce film.
Dit avec clarté et simplicité.
C'est sur le site dvdrama, connais pas
Plume Solidaire
Déjà deux ans que Philippe Lioret avait offert le magnifique Je vais bien, n'en t'en fais pas, il nous revient encore avec un récit poignant, juste et sincère. Le cinéma de Lioret ne souffre pas du
spectaculaire mais bel et bien de la justesse, justesse des portraits humains, que ce soit ceux du réfugié Bilal comme du maître-nageur Simon, les deux protagonistes principaux, mais aussi
ceux des deux personnages féminins, Mina, la jeune femme kurde dont Bilal est amoureux mais qui est promise à un autre, et Marion, la future ex-épouse que Simon n'a su retenir auprès de
lui. L'un qui essaye de retrouver sa belle, l'autre dont la femme s'éloigne irrémédiablement. Un film qui s'articule donc autour de l'opposition des deux hommes, Simon l'ex-champion de
natation, Bilal, celui en qui Simon voit justement l'étoffe d'un nageur professionnel. Leurs différences, bien entendu, et c'est là toute la magie du cinéma, les rapprochent. Elles les
rapprochent au point que leurs destins s'entremêlent inextricablement, entraînant celui de Simon dans une incertitude qu'il avait jusque-là évitée.
vLe film aborde par l'entremise de l'anecdote, celle du refus à l'entrée d'une superette de deux étrangers clandestins qui ne désirent qu'acheter du savon pour se laver, le racisme latent
d'une population française qui se refuse à voir la précarité dans laquelle sont placés ces clandestins, légalement libres selon les lois françaises de l'asile politique, mais qui ne peuvent
bénéficier d'aucune attention de la part des citoyens français, attitude punie par ces mêmes lois françaises. Un paradoxe qui créé une situation insoluble et catastrophique pour ces
personnes qui ne peuvent, quand bien même ils le désireraient, repartir chez eux. Mais le coeur du film ne s'attache pas seulement à ce contexte, qui reste somme toute une toile de fond
plutôt qu'une nécessité narrative. Non le coeur du film se trouve dans le regard de Simon, un regard sur le monde, entre autre celui qu'il porte sur sa femme tout autant que celui qu'il
porte sur Bilal, qui évoluera alors que sa stabilité sociale vacillera. Car la mise en danger de l'individu est ce qui révèle la nature profonde des êtres, ici la générosité de Simon. Une
générosité dont lui-même se croyait incapable, une générosité qui lui a fait défaut dans sa relation de couple.
Si les deux hommes gagnent en maturité au fur et à mesure, les deux figures féminines sont, elles, tout de suite plus adultes. Mina se confronte au poids des traditions et à l'autorité
abusive de son père sans jamais perdre sa dignité. Marion, figure de la femme active moderne, est la seule dont les choix sont mesurés et conscients, lui apportant une sérénité que Simon,
encore malgré lui, met à rude épreuve. Car s‘ils sont sur le point de divorcer, Marion conserve une certaine complicité avec l'homme qui a partagé jusqu'ici sa vie. Lioret donc explore une
fois de plus les sentiments extrêmes de l'âme humaine avec maîtrise et brio. Dans les paysages rudes du nord de la France, les vagues froides du canal de la Manche nous rappellent la
violence des rapports sociaux, et celui qui désire traverser à la nage cette mer démontée ne cherche rien d'autre que de se rebeller contre le dictat d'une société qui a cessé de servir ses
intérêts. Pour Bilal le temps lui est compté, il doit atteindre l'autre rive avant que le mariage forcé de Mina ne soit prononcé. Un challenge que Simon s'appropriera pour montrer que
lui-même est capable d'aller jusqu'au bout de ses convictions. Deux destins qui tentent d'échapper à l'inhumanité d'un système vicié que tous, par l'inaction, contribuons à légitimer.
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