Trois jours avant les Elections au Parlement Européen, je me suis rendu compte
que la campagne électorale était déjà finie...Et pour cause : elle a été notamment occultée en France par cet évènement médiatique qu'est la disparition de l'avion du vol Rio/Paris.
Il n'est pas interdit de se poser la question en sens inverse : est-ce en raison
de la faible intensité de la campagne électorale, du peu d'investissement des partis politiques dans le projet européen, que les acteurs médiatiques ont imposé cet accident d'avion sur les
écrans, les ondes et dans la presse papier ?
Emotion chaude qui "prend la tête" contre "émotion froide" qui fait travailler le cerveau, qui donne à penser, à réfléchir. Emotion chaude qui fait vendre, contre émotion froide qui fait comprendre.
Il a souvent été reproché aux hommes politiques ne pas faire oeuvre d'explication et de pédagogie pour faire reconnaître le rôle esssentiel que joue l'Union Européenne dans la vie des français. Et il semble qu'une fois de plus ils se soient bien gardé de le faire. En tous cas le message ne parvient que difficilement aux français.
Et ce n'est pas la confusion de l'émission de hier soir sur France 2, qui a pu apporter
de nouveaux éclairages nouveaux à cet égard.
La surexploitation de la disparition de l'appareil n'a-t-elle pas pour fonction de réactiver
notre angoisse de la mort, une émotion existentielle tellement plus puissante et obsessionnelle, que l'appel à participer à la démocratie européenne ? Et beaucoup plus simple à "vivre" pour le
public, puisqu'il n'y a hélas si peu à connaître de cet accident pour le moment ; que la complexité du fonctionnement de l'Unon Européenne et de la laborieuse élaboration de ses orentations
politiques (Europe sociale, Europe de la Défense, Europe industrielle...)
En passant au premier plan, avec les rebondissements démentis des des hypothèses concernant les causes , cette disparition, c'est-à-dire l'apparition d'un vide tragique pour les passagers et leurs proches, s'est substitué à l'existence réelle d'une institution complexe inscrite dans l'histoire (l'UE), qui organise rationnellement les conditions de sa continuité démocratique.
Institution qui détermine en partie nos destins nationaux.
Et c'est ailleurs que nous citoyens qui désirons éclairer notre lanterne, devons chercher les éléments du débat de fond.
Dans la République des Idées par exemple.
Plume Solidaire
Dossier

par Florent Guénard [02-06-2009]
Domaine : Politique
Dossiers : Quelle Europe politique ?
Mots-clés : Union Européenne
À l'occasion des élections européennes, la Vie des Idées ouvre un dossier sur l'Europe politique. Non pour réitérer le débat entre fédéralistes et souverainistes, mais pour prendre acte des avancées réelles de la construction européenne, tout en s'interrogeant sur les problèmes que cette construction pose à l'objectif démocratique.
Refus clairement exprimé des Français et des Néerlandais d'un traité constitutionnel destiné à jeter les fondements d'un espace politique commun ; désaveu du suffrage universel par des dirigeants empressés de reconduire, sous une autre forme (le Traité de Lisbonne) ce qui semblait avoir été rejeté ; désintérêt profond des populations pour les élections européennes ; suspicion à l'égard d'institutions jugées bien technocratiques : la liste est longue des événements qui empêchent de croire que la construction politique de l'Europe, ambition clairement affichée, avance sûrement. On peut s'en réjouir, penser qu'il n'y a décidément de démocratie que nationale et que puisqu'il n'existe pas de peuple européen, les institutions européennes sont condamnées à être lointaines. On peut au contraire le déplorer, considérer que c'est faute d'assumer pleinement ses ambitions fédérales que l'Europe est en panne et qu'il lui appartient, en organisant un espace public européen, de construire une culture politique commune.
Peu assurée d'elle-même, hésitante sur la forme qu'elle doit se donner, l'Europe politique se construit pourtant. Construction bien paradoxale, qui mêle avancées démocratiques réelles et obscurités institutionnelles, intentions clairement affichées et arrangements pragmatiques. C'est cette réalité contrastée que ce dossier veut illustrer. Il s'invente bien une citoyenneté européenne, portée par des droits spécifiques reconnus et garantis (voir l'essai d'Etienne Pataud). Cette citoyenneté, loin d'être seulement juridique, est pleinement politique : à partir d'elle se construisent de nouvelles luttes et de nouvelles formes de mobilisation dont il faut aujourd'hui prendre toute la mesure (voir l'essai de Justine Lacroix). Il reste que si le droit européen avance, l'harmonisation des juridictions communautaires et étatiques est loin d'être parfaitement analysée. L'indétermination règne en ce domaine, où domine le pouvoir d'interprétation des juges (P. Brunet). C'est aussi l'opacité qui entoure les décisions prises au Conseil de l'Union européenne, révélant les difficultés pour les États membres d'exercer en commun leur souveraineté (S. Novak).
Ce dossier comprendra également quatre recensions :
- Y. Bertoncini, T. Chopin, A. Dulphy, S. Kahn, Ch. Manigand, Dictionnaire critique de l'Union européenne (Armand Colin).
- O. Beaud, Théorie de la Fédération (PUF)
- J. C. Barbier, La longue marche vers l'Europe sociale (PUF)
- H. Laurens, J. Tolan, G. Veinstein, L'Europe et l'islam. Quinze siècles d'histoire (Odile Jacob).
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Crédit photo : European Parliament
par Florent Guénard [02-06-2009]
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