Les gais rossignols et merles moqueurs
Seront tous en fête
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au coeur
Quand nous chanterons le temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur
....
Elle était grincheuse et de mauvaise humeur. Visage fermé et le regard de travers, cette dame française me demande de rédiger une lettre pour le Greffe du TGI de Paris. Parce que son mari qu'elle n'a pas vu depuis 1989 vient de déposer une requête en divorce.
" Toi ma cocotte je vais te faire sortir d'ici avec le sourire vite fait" que je me dis par devers moi.

Je lui explique qu'elle devrait faire une demande d'aide juridictionnelle, et elle me répond qu'elle est en train de faire son dossier elle-même, mais que c'est "un brouilon". Et un "brouillon" ça ne se montre pas à un écrivain public ! Je me bagarre pour voir le "brouillon" et je gagne. Et comme par hasard le dossier est parfait et je la félicite en arguant qu'il est rare qu'une personne vienne me voir en ayant réalisé seule l'essentiel du travail. Elle commence à sourire, je l'ai rassurée sur ses compétences et elle reprend un peu confiance en elle.
L'instant magique, c'est lorsque je lui ai dit que chaque fois que je vois une personne qui s'appelle BA, je pense à Amadou Hampaté BA, qui est pour moi (européen) à la fois le fondateur de la littérature africaine et un grand sage. Et bingo, voilà qu'elle me dit que c'était son oncle ! Et nous voilà partis sur la famille africaine car c'était pas son oncle mais le mari de sa cousine germaine...et patati et hampaté ba. Elle est là debout devant moi en train de m'explquer tout ça. Et Madame Ba est repartie en disant au revoir avec un grand sourire à la directrice des lieux qu'elle n'avait jamais vue ni des lèvres ni des dents.
" Et profitez du soleil c'est le printemps" que j'lui fait.
Nous sommes en fin de matinée ; je descends à l'accueil pour m'assurer qu'aucun personne n'est venue pendant mon dernier entretien. C'est à ce moment précis que tombe la seconde surprise de la matinée
Si un jour quelqu'un m'avait dit que l'un de mes courriers adressé simultanément au Procureur de la République, au Commissaire de l'arrondissement et au Sénateur Maire provoquerait une grosse et belle descente de Police dans un immeuble, je ne l'aurait pas cru.
C'est pourtant ce qui s'est passé.
J'avais reçu cette dame originaire d'un pays de l'est début février - lire : Demande d'intervention suite à incivilités, troubles à l'ordre public, trafics, nuisances nocturnes et vandalisme -.
Et cette dame est là qui m'attend. Et en me voyant son visage s'éclaire comme si j'étais une apparition miraculeuse !
Quand elle m'a dit "Je ne sais pas comment vous remercier ! " j'ai bien cru qu'elle allait se mettre à genou et que j'allais être obligé de la relever en imitant le pape. Je me voyais déjà lui prenant délicatement la main avec ma main droite, plaçant ma main gauche sous son coude, pendant que deux ou trois prélats m'auraient maintenu pour éviter que je m'écroule sur elle ! Puis elle fait l'éloge de ma manière d'écrire et me demande quelle formation j'ai suivie pour avoir autant de talents ! Pour la première fois je ressens l'émotion originelle qui éveille la vocation des futurs gourous. Mon ego commence à gonfler et je vois se dresser devant moi la voie qui me permettrait enfin de me constituer une immense fortune...
Cette dame n'en revenait pas d'avoir vu autant de policiers dans son entrée d'immeuble, et embarquer toute cette jeunesse en déshérence. Cette intervention a enfin apporté un peu le calme nocturne et la tranquilité dans sa vie, et elle et ses voisins peuvent enfin dormir la nuit.
Mais cela n'a duré qu'un temps et petit à petit ils commencent à revenir. Elle craint le retour des nuits infernales, des humilations et du vandalisme.
Le miracle a été de courte durée. Alors j'ai continué à jouer mon rôle (et là je suis sérieux). "Faut pas lâcher l'affaire Madame, c'est le début, vous avez eu le courage d'assumer seule la responsabilité collective d'une situation qui concerne tous vos voisins d'escalier. Vous venez de gagner une bataille importante, maintenant il faut gagner la guerre. Et c'est vous qui la gagnerez !" Je lui ai dit de noter sur un cahier l'évolution de la situation depuis l'intervention de la Police, et de revenir me voir pour faire une second courrier pour remercier et informer le Procureur, le Maire et le Commissaire des suites de leurs décisions.
C'est beau le pouvoir des mots. Bon maintenant il serait bon que je fasse un peu le ménage dans mon appartement, histoire de dégonfler mon ego.
Je plaisante mais les nuits sans sommeil à cause des jeunes qui les vivent sous votre fenêtre, il se trouve que je les ai vécues l'été dernier. Mais à la différence des voisins de HLM de cette dame, mes voisins et les habitants de la rue ont été nombreux à réagir pour mettre fin à cette situation. Et la Police est là dès qu'elle est alertée.
Et quand j'entends une jeune femme qui se fait taper dessus dans la rue, je ne suis pas le dernier à prendre le téléphone.
Et je continuerai, même si la délation est un sport national...
Plume Solidaire
A propos de Amadou Hampâté Bâ : Courrier de l'Unesco
Ses archives manuscrites, le « Fonds Amadou Hampâté Bâ », sont le fruit d’un demi-siècle de recherche sur les traditions orales africaines. Il a publié de nombreux ouvrages et articles en sauvant de l’oubli plusieurs oeuvres de la littérature orale peule. Son histoire, L’Étrange Destin de Wangrin lui a valu le Grand Prix littéraire de l’Afrique noire en 1976. On lui attribue la fameuse phrase : « Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. »
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