Décédé
le 22 janvier 2007, les obsèques de l’Abbé Pierre se sont tenues le vendredi 26. Le mardi suivant, quatre jours plus tard, 21 sans-papiers affamés sont interpelés au Resto
du Coeur de la Place de la République.
Après les hommages rendus par les hommes politiques, les autorités religieuses et les médias, les obsèques de Soeur Emmanuelle se déroulent aujourd'hui dans son village.
Combien de sans-papiers affamés seront arrêtés dans les jours qui viennent sans que, comme l'an dernier, "l'élite de la nation" ne s'en émeuve ? Il est vrai que Le Caire c'est
loin, et qu'en Egypte les populations les plus pauvres méritaient bien une Soeur Emmanuelle.
Mais en France, à l'exception de quelques artistes connus - comme Josiane Balasko par exemple - que disent et quels sont les actes des personnalités politiques, des stars du
showbiz, des propriétaires de grandes fortunes, des journalistes influents, des experts médiatiques, des intellectuels de notoriété internationale, de nos Prix Nobel, et de bien d'autres
?
Leurs voix si elles s'expriment ont à l'évidence bien du mal à percer le mur du silence et de l'indifférence.
Avec Soeur Emmanuelle, disparaît la dernière grande figure médiatique, laïque ou religieuse, de la solidarité "à la française". Où se cachent les Coluche, les Bernard Kouchner des années 80 ?
Celles et ceux qui nous épargneraint l'indignité morale en ce début du XXIème siècle, en portant un message d'espoir de solidarité humaine et de fraternité républicaine ?

Pour mémoire, lire l'article ci-dessous
Plume Solidaire
http://forums.france2.fr/france2/jtfrance2/rafle-restos-coeur-sujet_21706_1.htm
21 sans-papiers ont eu le tort d'être affamés
Par Adrien MAJOUREL
QUOTIDIEN : vendredi 2 février 2007
Ils étaient venus pour manger. Ils ont fini dans des fourgons de police. Mardi, vingt et un sans-papiers ont été interpellés à Paris alors qu'ils se rendaient à
la distribution de repas organisée par les Restos du coeur place de la République, comme chaque mardi, jeudi et samedi soir. Hier, des responsables du Réseau éducation sans frontières
(RESF), qui soutiennent de longue date les sans-papiers, ont manifesté leur indignation : «Les Restos du coeur servent-ils d'appât à la police de Sarkozy ?»
Il est environ 19 heures, mardi. Des bénévoles de l'association fondée par Coluche se préparent à distribuer des colis de nourriture. 400 repas sont prévus. Selon des témoins, huit à dix fourgons
de police sont garés derrière les bus touristiques habituellement stationnés aux abords de la place. Simultanément, dans les couloirs du métro, ainsi qu'aux nombreuses sorties qui entourent
l'esplanade, des policiers effectuent, trois par trois, des contrôles d'identité sur les personnes «visiblement étrangères», selon l'expression d'un membre de RESF qui a assisté à plusieurs de
ces contrôles.
Alertés, une trentaine de membres de RESF convergent place de la République. Des discussions s'engagent avec les policiers, et le ton monte lorsque des militants qualifient de «rafle» l'opération
en cours.
Brigitte Wieser, membre de ce groupe, témoigne : «Parler de rafle, ça les gêne, car cela fait référence à une période sombre de l'histoire. Mais
selon le dictionnaire, une rafle est une arrestation massive opérée à l'improviste par la police dans un quartier suspect. Les personnes interpellées mardi étaient, de plus, clairement
sélectionnées sur des critères physiques.» Le dernier fourgon quitte la place vers 21 heures alors que les bénévoles des Restos plient leurs stands.
Cette opération, ordonnée par le procureur de la République, a abouti à l'arrestation de «21 personnes», selon un bilan dressé par la préfecture de police, qui évoque une «opération de routine
comme il s'en passe de manière régulière dans Paris, et qui n'avait aucun lien avec la distribution des Restos du coeur».
Ce n'est pas la première fois qu'une opération de police a lieu place de la République lors de la distribution de ces repas. Il y a quinze jours, les policiers s'étaient postés de manière
beaucoup plus visible près des stands des Restos du coeur. L'intervention s'était soldée par deux arrestations, mais 150 repas avaient été distribués au lieu des 400 habituels.
Dans son communiqué, RESF dénonce «le ministre de la chasse aux étrangers» qui «monte d'un cran dans le cynisme» en prenant pour
«cible les gens qui ont faim» et en transformant les «lieux de distribution en piège».
«C'est comme pour les bêtes : l'appât au centre, les chasseurs en embuscade, les fourgons pour évacuer les prises.» Les Restos du coeur,
ont, quant à eux, rappelé leur attachement à ne faire «aucune discrimination» et ont dénoncé des pratiques qui risquent de «faire peur aux plus démunis, qui n'oseront plus venir».
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