Les parents on les admire, on les juge, et on leur pardonne
Oscar Wilde
Doù viens-je, qu'ouis-je et dans quel état (Etat) gère ?
Les vacances d'été sont une période propice aux retrouvailles familiales ; un moment d'immersion dans un bouillon de culture où chacun peut ressentir une certaine joie à évoquer des souvenirs heureux, découvrir des itinéraires de vie et des univers différents. Et au bout du compte, méditer un peu sur son propre cheminement.
Tandis que mon épouse s'en allée revoir ses parents en Californie, je reviens de dix jours de séjour en terre bretonne.
Un voyage dans la galaxie d'une famille bourgeoise provinciale dont les valeurs sont l'énergie, le bonheur de vivre, l'argent, appuyées sur une culture française traditionnelle. En un mot : c'est l'immersion totale dans le milieu sarkozien, parfois militant et décomplexé.
Les plongées dans l'univers de mes origines sociales et de mon éducation sont sources de trois sentiments forts : la chance extraordinaire d'être né dans une famille aisée, une moisson généreuse de souvenirs heureux d'enfance et de jeunesse, et...la fierté d'avoir su construire mon propre cheminement.
En m'abstenant de lancer toute conversation à caractère social et a fortiori politique, ma seule présence - sans doute en qualité de "déviant idéologique accrédité" qui a "pleinement sa place parmi nous" : l'exception qui confirme a règle en somme ! - suffit pour que la parole se libère. Il suffit d'écouter.

La « cousinade », les barnums à travers les rosiers
Ainsi chez mon ascendant le plus proche
pronant le retour de la peine de mort pour les assassins...Ou de cette tante s'exclamant, pendant une conversation au cours de laquelle j'ai dévoilé mon activité de soutien à un
"sans-papiers" : « mais qui faut-il faire partir alors ? » dès lors que nous considérons scandaleuse d'un point de vue moral et humanitaire l'expulsion de parents immigrés
sans-papiers, contraints d'abandonner leur famille en France. Chez nous, les vieux ils se sont bien lâchés depuis quelques années ; et j'ai entendu bien pire ! ça m'attriste, cet
obscurantisme - ce mélange d'ignorance et de préjugés - de la part de personnes, si gentilles et si catho à première vue, qui vivent une retraite comblée depuis plus de
25 ans. Après Jean Marie Le Pen, Nicolas-Ubu le Petit a su réveiller les couches profondes des sentiments et des idées qui les imprégnent depuis leur enfance dans les années...1920-1930. Il
les a encouragées sciemment à faire en quelque sorte leur "coming out idéologique", conséquence et prolongement de la refondation idéologique réalisée par l'UMP en 2006 (et que les socialistes
sont incapables d'engager pour leur part).
Moi j'ai pas envie de penser comme ça quand j'serai vieux ! J'aimerais que mes enfants et mon entourage me regardent plutôt comme un homme qui a cherché à s'approcher de la vérité et d'une
certaine forme de sagesse en vieillissant.
La vie en Sarkozie chez nous, est une vie trépidante faîte de travail - pas toujours acharné -, consacré à la recherche du profit, et à
l'accumulation de la rente. On y valorise surtout l'énergie, l'action, et les talents d'organisation mis au service du statut social (profession et notabilité), de la propriété et de la
"distinction" au sens bourdieusien du terme (les plaisirs et les loisirs "nobles").
Toutefois si la "distinction" semble être plutôt une idée de vieux, ce qui caractérise les jeunes serait plutôt l'idée de "s'éclater". Y compris avec l'alcool et autres excitants pour
certains.
Nous sommes là loin cependant des valeurs de modération, d'humilité, de discrétion, de partage, de réflexion, d'apprentissage de la connaissance - et
de la complexité de la vie -, d'ouverture culturelle aux autres et sur le monde, d'éducation à la sensibilité artistique, et de prééminence de l'intérêt général sur les intérêts
individuels, que ma femme et moi-même avons transmises à nos enfants.
Loin de ce monde de bois brut, carré et égocentré. Mais je les accepte et je les aime comme ils sont - et c'est réciproque, j'en suis bien certain - ; et le plaisir d'être ensemble est vrai et indéracinable.

Là sur le sable, les souvenirs d'enfance et de jeunesse ressurgissent : la maison-le jardin-la plage-la mer qui senchaînent, les balades aux Glénans avec nos bateaux dans les années 60, les
repas familiaux autour de la grande table avec le grand-père qui présidait en patriarche et le répertoire interminable et joyeux des chansons familiales. Les cousins et les cousines qui
cohabitaient avec bonheur plusieurs semaines dans la grande maison. Puis à l'adolescence, la bande de copins et de copines et les nuits de fiesta dans toutes les boîtes de la région.
Avec le recul, cette situation privilégiée a quelque chose d'irréaliste et de stéréotypé. Une sorte d'image d'Epinal des vacances de la bourgeoisie des années 1920 à 1980, jusqu'à la
fragmentation et l'individuation des modes et des styles de vie.
C'était à l'occasion de la cousinade chez un oncle à la campagne qui réunissait les 5 oncles et tantes et 14 de leurs enfants avec leurs conjoints dimanche dernier. Il se trouve que les parents du navigateur Jean Le Cam ont construit l'une des premières maisons sur la plage de Kerleven au début des années 60, à deux villas de la nôtre. Et il a confié à l'un de mes cousins que dans son enfance il enviait et admirait cette famille de voisins qui passaient leurs vacances à naviguer et tirer des bords dans la baie entre Concarneau et la pointe de Beg Meil !
Le "Ponant" de mon père
Un "Dragon" analogue à celui de mon oncle Jo dans les années 50-60
Seul et sereinement fort de ma différence.
Fort du bonheur dans mon couple, fier des études et de la réussite professionnelle de mes enfants. Heureux de mes engagements solidaires et désintéressés en faveur des populations les plus
défavorisées.
Plume Solidaire
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