Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 16:33

 

Lettre à Léa : Mary versus Leonarda - 1

Lettre à Léa : Mary versus Leonarda - 2

Lettre à Léa : Mary versus Leonarda - 3

 

 






QUEENS-high-private.jpg

 

Banksy - Ce que nous faisons dans la vie fait écho dans l'Eternité

 

 

 

 

 

Bonjour Léa, comment ça va aujourd'hui ?

 

Puisque je vois que je te passionne, reprenons la suite de ma lettre...

 

Cet aspect moins reluisant de l’immigration en France que je dépeins, issue tu l’auras compris du continent africain, est toujours poussé sous le tapis par la gauche bien pensante.

 

Au slogan de Mai 68, il est interdit d’interdire, elle voudrait substituer celui de l’interdit de dire.

 

J’appartiens à une autre gauche, toute aussi soucieuse des valeurs de solidarité, mais aussi plus réaliste, et qui ne souhaite pas vivre avec la moitié de son cerveau à la lumière des belles actions, et l'autre dans l’obscurité de l'autocensure.

 

Dans ce blog que tu connais, tu as pu lire de nombreuses  situations problématiques de personnes en difficulté avec l'administration, un employeur, un propriétaire de logement...

 

 Je revendique, ô Léa la Douce, le droit de dire la réalité que je vois, rien que cette réalité, mais toute cette réalité *. Et je ne suis en aucune manière suspect de compromission avec celles et ceux qui refusent l'immigration et rejettent globalement les immigrés.

 

Telle est Léa la face obscure de mon activité de l’écrivain public.  C’est le revers de l’immigration, qu’elle soit devenue légale par régularisation au fil des années, ou qu’elle soit toujours clandestine. Elle interroge profondément la conscience citoyenne de l'écrivain public sur le sens de son action.

 

Agissant au cœur de certaines réalités de l’immigration, ayant conscience du niveau d’éducation scolaire, des connaissances et des compétences qu’exige l’insertion sur le marché du travail et l’adaptation à notre société, je me demande concernant nombre de personnes que je reçois, comment elles pourraient combler ce déficit abyssal. Et quel avenir peut être le leur au sein d’un peuple devenu aujourd’hui de plus en plus fermé ou hostile à la présence d’étrangers, pourtant indispensables à notre économie.

 

Même si je sais que notre destin n’est pas déterminé à l’avance, et que chacun dispose de ses propres atouts pour construire un chemin de vie heureux.

 

Prés d’un français sur trois (30%) a un parent ou un grand parent d’origine étrangère. Si l’immigration fait partie de l’histoire de notre peuple, il faut bien reconnaître que les conditions d’accueil des immigrés aujourd’hui ne sont pas en adéquation avec leurs besoins.

 

Or, selon Hervé Le Bras, démographe et historien  « Trois sans papier sur 4 sont venus avec un visa de façon régulière, puis restent en France. » Est-ce normal ?

 

40% des français et la quasi totalité des populations immigrées habitent dans les 25 métropoles d’un pays qui connaît une situation dramatique en matière d'emploi; et un manque cruel de logements sociaux dans les grandes villes. Or 46% des immigrés viennent en France pour des raisons familiales" (source / Mots Croisés du 21 octobre 2013).

 

Et, nous, écrivains publics, ne cessons d’être sollicités pour des problèmes de mal logement, d’accès à un premier logement social de la part de personnes qui sont hébergées aux frais de la République dans des hôtels (à quel prix ?), et de changement de logement pour les familles qui s’agrandissent naturellement. Par ailleurs j’ai quotidiennement connaissance des graves conséquences que ces conditions de vie entraînent sur la scolarité et l’avenir des enfants et des jeunes de ces familles.

 

C’est pour ces motifs que, personnellement ma Chère Léa, je préfère une immigration légale, qui reste généreuse, fidèle aux valeurs de la France que je voudrais digne des personnes qu’elle accueille. Et opposé à l’immigration clandestine, et tout particulièrement celle qui concerne les unions contractées entre immigré(e)s devenu français(es) et étranger vivant au pays d'origine, qui portent préjudice à tous les étrangers qui respectent le droit français et européen.

 

 

- - - - - - - - -

 

 

Plus, j'attends que ce gouvernement se saisisse de la question de l'immigration et de la laïcité, actuellement préemptées par le Front National.

 

Jusqu'à ce que j'y mette un terme définitif, j'ai reçu pendant plusieurs années par l’intermédiaire du formulaire de contact de ce blog, des demandes multiples d'aides financières et d'entrée en France émanant d'enfants et petits enfants d'anciens combattants algériens, qui ne connaissent pas notre pays, auxquels la France ne doit rien, et qui revendiquent un devoir de reconnaissance (pension, titre de séjour, aides sociales) en héritage du courage de leurs ascendants...

 

Dans un esprit républicain, je préférerais que tous les étrangers soient à égalité devant les conditions d'entrée et de séjour en France, d'où qu'ils viennent, de nos anciennes colonies ou d'ailleurs. Les guerres du XXème siècle sont loin, l'empire colonial a disparu depuis plus de 60 ans. La France a un devoir de mémoire à l'égard des peuples qu’elle a colonisés et des hommes qui ont combattu aux côtés de nos pères. Elle ne doit rien à leurs enfants. Et je ne vois pas au nom de quels principes notre pays persévérerait à se laisser culpabiliser, et enchaîner par son histoire coloniale, par des ressortissants de pays devenus indépendants.

 

Les vietnamiens l'ont bien compris et vivent en harmonie avec nous, sans réclamer la dîme post coloniale.

 

Par ailleurs, j’abonde Léa dans le sens d’Alain Finkielkraut, lorsqu’il souligne que l'immigration ne peut en France se justifier pour des raisons démographiques. Nous ne sommes ni l'Allemagne, l'Espagne ou l'Italie qui souffrent d’un déficit démographique. Elle ne doit plus constituer une immigration de population de fait, qui n'a jamais l'objet d'une consultation démocratique des citoyens français.

 

De plus, notre Etat et nos chefs politiques de gauche s'honoreraient s'ils montraient leur volonté de joindre les actes à leurs paroles, en proposant aux populations adultes illettrées résidentes, des politiques d'éducation scolaire, civique, d'accompagnement, et de formation adaptées aux niveaux culturels des étrangers devenus français et des étrangers autorisés au séjour.

 

J'attends de notre gouvernement qu'il prenne les mesures que tout pays d'immigration doit mettre en place, en particulier par une politique d'apprentissage obligatoire de la langue, de l'écriture pour tous les immigrés et étrangers résidant légalement sur notre territoire; financée sur les deniers publics, dispensée par des enseignants qualifiés, et à hauteur des besoins actuels.

 

Comme tu le sais Léa, cette politique serait la volonté en acte de la gauche de s’opposer à l’autoritarisme de l’assimilation – adapte-toi tout seul ou pars - prônée par le Front National, par une véritable politique d’accueil et d’adaptation.

 

Voilà à mes yeux ce que pourrait constituer une politique d'immigration généreuse.

 

Enfin, un écrivain public n'est pas une machine à faire de l'abattage épistolaire. Il ne peut non plus éviter de réfléchir  à la question des identités.

 

Je souhaite que l'identité française - qui n'est pas la pauvre identité nationale sarkoziste, et le néo nationalisme du FN -, et son rôle au sein de la civilisation européenne et occidentale soit clairement assumée, affirmée comme étant fonfée sur notre culture en tant que culture de référence de notre pays pour les étrangers, dans la continuité de son histoire, de ses traditions d’accueil et de ses valeurs républicaines. Ecartant le projet d'une société inclusive, indifférenciée, molle et anomique, refusant le multiculturalisme des cultures cloisonnées et les séparatismes identitaires.

 

En d'autres termes, je rêve à mon âge encore, d'un pays qui assume son histoire, sa culture, ses modes de vie et s'engage dans un véritable contrat du vivre ensemble, unissant français, immigrés et étrangers, dans lequel l'Etat prendra ses responsabilités pour permettre aux immigrés de bien vivre avec nous (et non pas, parmi nous ou à côté de nous), et leur assignera les contreparties qu'ils seront tenus de respecter pour vivre dans notre pays. Je rêve de gouvernements qui auront le courage et la fermeté de faire respecter ce contrat aussi par les français de toutes opinions, maléfiques ou bien pensantes.

 

Voilà à mon sens ce que pourrait constituer les bases d'une entente harmonieuse entre femmes et hommes de cultures différentes, fondées sur un socle de règles communes et partagées. 

 

 

 

*Tel est le sens du dernier livre d’Alain Finkielkraut – « L'identité malheureuse », qui a reçu une volée de bois vert de la part d'un censeur dépositaire patenté de l’histoire de l’immigration; alors qu’il mérite  sinon d’être compris, au moins d’être écouté avec attention…Mais peut-on encore aujourd’hui débattre démocratiquement de l’immigration en France et de ses conséquences sur l'identité française ? Sans être suspect de cautionner les idées du Front National ou de la Droite Forte ?

 

  

- - - - - - - - -

 

 

 Enfin, je ne puis m’empêcher de ma poser la question des arrières pensées des militants du Réseau Education Sans Frontières, qui ont alerté le Parti de Gauche et le site Mediapart, qui sont à l’origine de la médiatisation des conditions de l’arrestation de Leonarda Diabari (source : Le secret des sources – France Culture)

 

Ma chère Léa, nous entrons ici dans le fond de « l’affaire Leonarda », celui dont le sens et les enjeux lui échappent autant que son image étalée à l’encan, comme à toi sans doute et aux milliers de collégiens qui se sont mobilisés à l’initiative des "syndicats étudiants" liés au Parti Socialiste (Fidel, UNEF Lycéens), contre les expulsions des élèves sans papiers scolarisés en France.

 

Avec ses manipulations politiques. Je pense à l’exemple présenté par l’un des invités de l’émission  Le secret des sources, journaliste de l’opposition, qui évoque un tweet lui communiquant le lien avec le blog de Mediapart qui a lancé la polémique; tweet qui lui a été adressé par l’un des ministres du gouvernement actuel, l’informant de l’existence de ce fait divers dans le but de porter préjudice à son collègue de l’Intérieur. Sympa non ?

 

C'est là, où les rapports de force politiciens surfent sur la vague de l’instrumentalisation des flux d’opinions suscités par cette expulsion, que s’arrête ma réflexion d’homme de terrain et d’écrivain public.

 

Encore un effort Léa, je sais que je t'ai bien pris la tête. Sois courageuse et patiente encore un peu. Demain verra la fin de ce fastidieux cycle initiatique.

 

Tu peux retourner jouer avec ton téléphone portable maintenant.

 

Bise,

 

A demain

 

 

 

 

Repost 0
Plume Solidaire , écrivain public - dans Chronique des permanences
commenter cet article
26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 17:00

 

Lettre à Léa : Mary versus Leonarda - 1

Lettre à Léa : Mary versus Leonarda - 2

 

PRIEST_MAIN_IMAGE-private.jpg

Banksy - Concrete confessional

 

Chère Léa,

Depuis que je suis écrivain public, j’ai beaucoup écouté, interrogé les personnes que j’ai reçues pour les connaître, et pour mieux les accompagner dans leurs démarches.

Nombre d’entre elles sont devenues mes amie(s), et dans la confiance il y a des confidences dont on peut craindre les conséquences si d'aventure elles étient étalées sur la place publique.

Ce sont ces confidences que je vais te révéler Léa.

Ces ami(e)s m'ont fait part de leur affliction, et de la honte secrète qu'elles éprouvent, concernant la conduite d’une partie des immigrés de leur entourage familial, amical, ou de voisins ici en France; et de relations qu’elles fréquentent dans leur pays natal. Et ces personnes qui se conduisent honnêtement, souffrent en silence de l’image que donnent celles et ceux que je vais te décrire.

Tout ce que je vais écrire maintenant n’est qu’une petite partie des faits qui me viennent à l’esprit maintenant. Ils sont si nombreux que je pourrais tenir la Contre chronique de mes permanences d'écrivain public.

Mais surtout, avant de lire la suite, n’oublie pas ceci : ces gens peu recommandables sont l’arbre qui cache l’immense forêt des immigrés et des étrangers respectueux de leurs devoirs, de nos moeurs et de notre culture, qui se sont fondus harmonieusement - on dit toujours "se sont assimilés" et parfois complètement "intégrés"  - dans notre pays, travaillent et y vivent dans l’anonymat. 

Même s’ils doivent - encore et toujours - endurer l’attitude méprisante de la part de nombreux français, leur crainte, dans la situation politique actuelle, est que celles et ceux qui ne respectent pas les lois françaises et ceux qui ne parviennent pas ou n'acceptent pas comme eux, de se fondre dans la société française, nuisent à leur conditions de vie et à leur avenir en France.

Et, elles et eux, qui ont payé souvent du prix fort l’accès à un titre de séjour ou à la nationalité française, crois-moi, Léa, ils ne sont pas les derniers à approuver l’expulsion de la famille Dibrani.


- - - - - - - - -


 

Je commencerai par évoquer le fait observé parmi les usagers de mes permanences d’écrivain public que je connais bien, que pour quelques uns d’entre eux, la France est perçue comme un pays riche dont on aurait bien tort de ne pas profiter du système de solidarité pour les plus démunis. Il suffit d'être un peu plus malin que les autres, et de savoir contourner les règles et les lois françaises…

 Ainsi, j'ai été témoin auditif de conversations qui m’ont fait très clairement comprendre que, pour certains étrangers sans-papiers ou pour des personnes qui souhaitent venir vivre dans notre pays, chercher une future femme ou un mari de nationalité française originaire de leur pays est une méthode  normale et légitime*. Mieux, c’est une stratégie considérée comme pertinente et efficace, pour accéder à un titre de séjour, puis envisager une future nationalité française. Plusieurs personnes séparées ou divorcées de leur conjoint(e)s pour ces motifs m'ont fait partager leur souffrance d'avoir été dupes d'une telle manœuvre, dans le cadre de mariages arrangés qui constituent une tradition répandue dans certains pays.

*Deux dames m’ont demandé récemment en riant si je pouvais les aider à trouver un mari français

D’un point de vue moral, et de celui de ma conscience citoyenne, j’ai été surpris et plongé dans une grand perplexité, lorsque je me suis rendu compte que le père de l’une de ces familles que j’avais accompagnée avec succès dans son accès à la nationalité française (3 personnes), conseillait cette méthode à son entourage lors d’un séjour au pays, pour faciliter l’émigration de l’un de ses compatriotes en France. Plus tard, il a sollicité mes conseils pour aider une jeune femme - présentée comme une cousine - qui, n’ayant pu réussir dans ses études supérieures en France, n’avait pas obtenu le renouvellement de son titre de séjour et avait refusé de quitter la France. Elle s’était ensuite trouvé un mari au pays, qu’elle avait fait venir en France, où il réside clandestinement aujourd’hui avec sa femme et l'enfant qu'ils ont eu depuis ensemble; enfant non déclaré semble-t-il aux autorités civiles.

Aï,aï,aï,aï,aï,aï,aï....ma pauvre Léa si tu savais...

J’ai aussi rencontré des femmes que leurs mari ont abandonnées sans laisser d'adresse une fois arrivés sur le territoire français; et inversement des hommes français d'origine étrangère partis chercher une épouse au pays, que leur femme a quittés une fois en France.

L'un de ces deux cas est celui d'une femme qui a accepté d'épouser au pays un handicapé de nationalité française, uniquement dans le but caché d'obtenir un titre de séjour pour vivre en France. Mari qu’elle a quitté quelques mois après son arrivée en France, en lui annonçant qu’elle ne s’était mariée avec lui que « pour les papiers ». Le mari a du retourner vivre chez son père, tandis que la femme profitait du logement qu’il avait loué pour le couple.

Je connais une jeune femme qui s’est vantée en ma présence d’avoir réussi à se marier avec un fonctionnaire français – comme on dit, « bien de chez nous » -, puis a divorcé et a pu ainsi capter une partie de sa fortune, tout en multipliant pendant sa vie conjugale les aventures avec d’autres hommes. Enfin, je ne peux oublier de citer les cas décrits par mes amis de femmes mariées avec enfants au sein de leur communauté nationale d’origine, qui découvrent, usent, et parfois abusent du droit français qui les avantage contre leur (ex)époux. 

J’ai en mémoire ce mari arrivé de son pays il y a cinq ans qui, après son mariage avec une ex compatriote aujourd'hui française, et une fois installé à Paris, ne contribue pas aux charges du ménage et privilégie sa famille au pays à laquelle il envoie une partie de son salaire. Le couple est déjà séparé, obligeant les bailleurs sociaux à attribuer un second logement social à l'épouse et à son enfant. 

Je vais encore enfoncer le clou ma petite Léa.

J’ai reçu aussi à ma permanence un homme sans-papier qui résidait en France depuis de longues années qui n’a jamais voulu s’insérer sur le marché du travail, et qui après plusieurs années de détention en milieu carcéral pour plusieurs viols avec agression, a été renvoyé vers son pays d’origine.

Je suis ainsi témoin, par la voix de mes amis immigrés, de stratégies de fraudes préméditées d’étrangers décidés à enfreindre les lois pour s’installer en France, pays dont l’image de pays des droits de l’homme et de terre d’asile, attire aussi une population qui n’a d’intérêt que pour les avantages financiers qu’il procure, la liberté de mœurs qu’il permet, et le respect de la diversité des religions et des modes de vie qu’il autorise. Dont ils entendent naturellement bien user dans un esprit communautariste.

Ma jolie Léa, l’immigration n’apporte pas que des personnes qui aiment notre pays, partagent nos valeurs, sont moralement recommandables et sont disposées à s’intégrer. Telle est aussi l’autre versant de la réalité de notre pratique d'aide aux écritures.

Pour une partie d’entre eux.

Je te dirais dans mon prochain article ce que je pense et quelles conclusions j'en tire. 

Je te remercie d'avoir fait l'effort, de ne pas avoir consulté tes SMS , tes tweets et ta page FB pendant la lecture de ce billet.

Repost 0
Plume Solidaire , écrivain public - dans Chronique des permanences
commenter cet article
25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 12:44

 

Lire : Lettre à Léa : Mary versus Leonarda -1

 

 

telechargement-copie-1.jpg

 

Chère Léa,

Commençons aujourd’hui par un résumé de ce triste fait divers.

Jeudi 17 octobre 2013 - les responsables du Journal télévisé de 20 heures de la chaîne France2 avait envoyé une équipe télévisée à Mitrovica, au Kosovo, pour faire le point sur le parcours de la famille Dibrani et interviewer Leonarda et son père. 

"Des milliers de lycéens ont défilé et répondu à l'appel des syndicats étudiants (...) 2 500 selon la Police, 10 000 selon les organisateurs...Un lycée sur cinq a même été bloqué à Paris"

Dans un même élan ils proclament leur solidarité et le droit à l'éducation scolaire pour tous les élèves sans papier établis en France.

Expulsé de France le 8 octobre, « le père de Leonarda a déclaré jeudi à Reuters avoir menti aux autorités françaises (en janvier 2009) sur l'origine de sa femme et de ses enfants, tous nés en Italie, pour tenter d'obtenir l'asile. Selon BFM TV, il aurait usé d'un faux certificat de mariage acheté 50 euros à Paris. »

"On a quitté l'Italie car je n'avais pas de travail et il est plus facile d'avoir des papiers en France, explique au Monde Resat Dibrani. En France, ils donnent des papiers aux Kosovares, aux Bulgares et aux Roumains, on a donc dit qu'on était tous Kosovares. On a fait un faux certificat de mariage à Paris, et on a présenté notre dossier pour avoir des papiers." (Le Monde du 17 octobre 2013)

 Pour ce Papa de sept enfants, mentir semble être simplement la technique normale, adaptée et efficace pour venir s'installer en France avec sa famille.

L'administration ne reconnaissant pas ses arguments, la famille a utilisé tous les recours juridiques pour éviter l'expulsion.

Pendant quatre ans elle a été accueillie dans un centre d'hébergement - financé par les deniers publics - ; le père n'a pu présenter qu'un contrat de travail de 6 mois et il a fait l'objet d'un dépôt de plainte retirée ultérieurement, pour violences à l'encontre de sa femme et de ses filles.


 

 --------------

 

Cette polémique fulgurante fait suite à l’arrestation de Leonarda Dibrani le 9 octobre, polémique qui s’est déployée à partir 11 dans l’Est Républicain et France Bleu Besançon, puis du 14 octobre sur le site Mediapart.

Les conséquences de cette explosion médiatique, qui suit la précédente et précède celle de cette semaine selon une technique de manipulation des opinions bien rôdée, sont à la fois inquiétantes, tant d'un point de vue moral, juridique, que par l'exploitation politicienne qui en est faîte.

D'un point de vue moral, il ne s'agit pour les médias que d'exploiter le choc émotionnel provoqué par la puissance de l'amplification des images et des sons, d'un fait particulier, sur la sensibilité des téléspectateurs et des auditeurs.

Et ce n'est sans doute pas un hasard que vous soyez vous, les lycéens, les plus réceptifs à ce type d'impact émotionnel. Vous êtes un certain nombre dans notre pays à fréquenter un ou une camarade de classe susceptible d’une telle mesure d’expulsion de notre pays.

Nous aussi quand nous avions 20 ans, avons défilé tous ensemble, tous ensemble, sur les pavés des villes baignés de soleil printanier pour changer le monde avec des mots qui sortaient de la bouche. Et nous l'avons si bien changé que nous en voyons aussi aujourd'hui, à travers cette "affaire", l'un des lointains effets pervers.

Je me souviens aussi Léa que, après avoir été témoin visuel des conditions des arrestations dans mon quartier, et contraint d’entendre l’idéologie nauséabonde du gouvernement précédent, nous n’étions pas si nombreux à arpenter l’asphalte qui recouvre les pavés des rues de Paris pour exprimer notre soutien et notre solidarité à l’égard des sans-papiers et des immigrés en général (contrôles au faciès), contre le traitement policier des personnes expulsées. Que faisait-elle toute cette gauche qui s’émeut aujourd’hui des conditions de l’arrestation de mademoiselle Leonarda Dibrani ? Et que faisiez-vous collégiens et lycéens si sensibles aujourd’hui à la situation de cette jeune fille qui vous ressemble ?

En t’indignant contre la manière dont elle a été interpelée par la Police de l’Air et des Frontières au cours d’une sortie scolaire, t’es-tu posé la question de la responsabilité d’une situation dont elle est indéniablement victime ?

Comme tu le sais Léa, la question de l’immigration en France est un sujet délicat à manier qui divise - polarise dit-on maintenant -  la société française sur des positions extrêmes. L’étranger tend à être de plus en plus le bouc émissaire d’une partie des français qui ressentent dans un contexte de réduction des finances publiques et des aides sociales, et d’augmentation des prélèvements sur les revenus, ce que Jean Paul Delevoye* nomme un « racisme d’assiette, qui est une peur d’avoir moins qui suscite moins l’envie de partager ».

Tandis que l’autre partie défend le droit du sol, la tolérance à l’égard des étrangers sans titre de séjour, voire la régularisation de tous les sans-papiers, en niant les réalités économiques et culturelles du contexte actuel de notre pays (et de l’Europe).

Tu achèves ton poème par ces amères paroles :

 

« J'ai honte de mon gouvernement

J'ai honte d'être Léa et pas Leonarda »

 

Réjouis-toi Léa plutôt de ne pas être Leonarda Dibrani. Et contente-toi d’essayer de comprendre, d’élargir ton regard, et d’approfondir ta connaissance des problèmes auxquels sont confrontés les immigrés et les étrangers en France. Mais aussi des questions que pose l'immigration à la France.

Car ces questions de l'immigration s’étendent bien au-delà du caractère humain, et inhumain de l'expulsion dans le cas de Leonarda. Elles font l’objet d’une exploitation outrancière des émotions et des opinions politiques; et de conflits idéologiques au sein de la gauche qui, de mon point de vue, dépassent l’entendement.

Comme le montre la comparaison entre le destin solitaire de Mary et la figure médiatique montée en épingle de mademoiselle Leonarda Dibrani, les étrangers expulsés sont loins d’être logés à la même enseigne dans la diversité de perception et d'analyse de nos consciences civiques et citoyennes.

Je vais donc tenter de t’exprimer mon point de vue d’écrivain public actif dans un périmètre parisien où la population d’immigrés est nombreuse.

Et après tu pourras peut-être appréhender ces réalités complexes de manière différente.


 

 * Président du Conseil économique social et environnemental – Débat sur l’altruisme du 3 octobre 2013 

  
Repost 0
Plume Solidaire , écrivain public - dans Chronique des permanences
commenter cet article

Qui Suis-Je ?

  • : Plumeacide, le blog de Plume Solidaire, écrivain public
  • Plumeacide, le blog de Plume Solidaire, écrivain public
  • : C'est une histoire de fraternité républicaine et d'amitié avec celles et ceux qui s'embrouillent avec les chiffres et les lettres.
  • Contact

Allo, y a quelqu'un là ?

 
 
 
  un compteur pour votre site  J'ai mis un compteur pour que vous ne vous sentiez pas trop seul(e) dans cet endroit isolé.
 
 
 
Plumeacide poursuit doucement mais sûrement son voyage dans la blogosphère, et va vers son deuxième millionième visiteur ! Mââgique !
 
 
 

  
2 objectifs et 10 règles pour l'écrivain public

Cliquer pour voir le diaporama

 
 
 
 
Bonne visite et à bientôt
espère-je !
 
 

Chercher Un Article ?

Petites conférences...

du petit professeur Plume Solidaire à l'occasion des Journées de formation des écrivains publics

 

 

Réflexion et débat à propos de l'éthique et de la déontologie de l'écrivain public bénévole - article 1 

 

- article 2

 

- article 3

Session du 7 mai 2011 -  Saison I


Rédiger vite et bien

Session du 7 mars 2012 -  Saison II

 

L'intitulé de cette formation est une boutade! Plus sérieusement le contenu propose deux parties:
1ère partie
- L'organisation de l'accueil et du fonctionnement des permanences d'écrivains publics
- L'accueil des usagers et le début de l'entretien
2ème partie
- Les différents types de démarches
- Les étapes des démarches
- La rédacton de la lettre

 

 Orienter les usagers
Session du 23 mars 2013 -  Saison III

Recours - Historique - Note
Session du 1 décembre 2012 -  Saison III

Médiateurs et conciliateurs
Session du 1 décembre 2012 -  Saison III

Invalidité et handicap
Session du 2 février 2013 -  Saison III

 
Le logement social à Paris 
Session du 25 janvier 2014 -  Saison IV 

 

Témoignage sur l'expérience de la formation d'AIDEMA19 à la 2ème rencontre entre écrivains publics franciliens

Samedi 14 mars 2015 
 
 

Pourquoi me bouge je ?

Le monde n'est pas
difficile à vivre à cause
de ceux qui font le mal,
mais à cause de ceux
qui regardent
et laissent faire

Albert Einstein

Le Dossier de Monsieur K

 

charlot.jpg

Le Film de l'immigration

  25839 71896

Un film de 40 minutes pour deux siècles d’immigration en France. 

 

Source :

Cité nationale de l'histoire de l'immigration

Quel temps sur Belleville ?