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Voici un joli livre de Khalil Gibran, qui se présente comme un livre de poésie pour enfant.
Mais c'est un aussi, et surtout, un livre pour les adulte.
Un livre de méditation philosophique sur ce qui fait sens dans la vie.
Un ressort puissant pour la réflexion, progresser dans mon cheminement intellectuel,
dans ma relaton aux autres, et mon action quotidienne dans tous les compartiments de ma vie.
Un livre à multiples entrées, un livre à tiroirs, dans lequel tous les thèmes
essentiels de l'existence sont évoqués dans ce même langage universel, clair et limpide :

Alors un homme riche dit,
Parle-nous du Don,
Et il répondit :
Vous donnez, mais fort peu quand il s’agit de vos
possessions.
C’est lorsque vous donnez de vous-mêmes
que vous donnez vraiment.
Car que sont vos possessions sinon des choses
que vous gardez et préservez dans la peur
du lendemain ?
Et demain, que réserve demain au chien timoré
enterrant des os dans le sable qui efface
les traces, alors qu’il suit les pèlerins
vers la ville sainte ?
Et qu’est-ce que la peur du besoin sinon
le besoin lui-même ?
Et redouter la soif quand votre puits est plein,
n’est-ce pas déjà une soif
qui ne peut être étanchée ?
Il y a ceux qui donnent peu de leurs surplus – et
ils le donnent pour susciter une reconnaissance
et ce désir secret pervertit leurs dons.
Et il y a ceux qui donnent peu
et le donnent entièrement.
Ceux-là croient en l’existence et en la générosité
de la vie, et leur fond n’est jamais vide.
Il y a ceux qui donnent dans la joie et cette joie
est leur récompense.
Et il y a ceux qui donnent dans la douleur
et cette douleur est leur baptême.
Et il y a ceux qui donnent et ne connaissent pas
de douleur à ce geste ni ne cherchent de la joie
ni la conscience d’être vertueux ;
Ils donnent comme le myrte exhale son arôme
dans l’espace de la vallée, là-bas.
Dieu parle à travers les mains de tels êtres
et, derrière leurs yeux, sourit à la terre.
Il est bien de donner à qui quémande, mais il est
mieux de donner sans qu’on nous le demande,
par bienveillance ;
Et pour ceux qui ont les mains ouvertes,
la recherche de celui à qui l’on peut donner
est une joie plus grande que celle du don.
Et que voudriez-vous refuser ?
Tout ce que vous avez, un jour, sera donné ;
Donnez donc maintenant, afin que la saison
du don soit la vôtre et non celle de vos héritiers.
Vous dîtes souvent : « Je donnerai, mais
seulement à ceux qui en sont dignes. »
Ni les arbres de votre verger, ni les troupeaux
du pâturage ne parlent ainsi.
Ils donnent ce que la vie leur donne car retenir
signifie périr.
Celui qui a mérité d’obtenir le flux de ses jours et
de ses nuits mérite de recevoir tout le reste de vous.
Et celui qui est digne de boire à l’océan de la vie est
digne de remplir sa coupe à votre petit ruisseau.
Et quel mérite plus grand que celui qui se trouve
dans le courage et la confiance, voire la charité,
de recevoir ?
Et qui êtes-vous pour que les hommes se fendent
le cœur et abandonnent leur fierté de sorte
que vous puissiez contempler leur dignité nue
et la contenance de leur amour-propre ?
Veillez d’abord à mériter d’être vous-mêmes
donneur et instrument du don.
Car, en vérité, la vie donne à la vie, pendant que
vous, qui prétendez être le donateur, vous n’êtes
en réalité qu’un témoin.
Et vous qui recevez – et vous recevez tous - ,
ne supportez pas la gratitude comme une charge,
de crainte d’imposer un joug sur vous-mêmes
et sur celui qui donne.
Ensemble, élevez-vous plutôt avec le donateur
comme si ses dons étaient des ailes ;
Car être trop préoccupé de sa dette revient
à douter de sa générosité, qui a la terre
bienveillante pour mère, et pour père Dieu.
Extrait de Le Prophète - Khalil Gibran






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