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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 18:00

Mise à jour le 9 janvier 

 

 

Parfois, il faut savoir faire preuve de patience et dire les choses au bon moment.  Si je n'ai pas publié  cet article à la veille de Noël, c'était pour ne pas gâcher la fête en paraissant un peu trop équanime ou paradoxal.

 

- - - - -

 

Ma fille m'a demandé  ma liste de cadeaux pour Noël.


Je lui ai envoyé un courriel avec un titre, un auteur: Joan Didion, L'année de la pensée magique.

 

Noël, c'est pas que de la dinde et des marrons.

 

C'est aussi Noël pour celle et celui qui ont préparé chaque année le sapin, acheté les cadeaux, préparé le repas pour leurs enfants : mes deux soeurs, mon frère et moi.

 

Dans ma tête, c'est Noël pour ma femme, mes enfants, mes petits enfants, pour moi, et pour mes parents qui dorment ensemble sous la terre.

 

L'année de la pensée magique est un témoignage, précis comme une autopsie,  sur le deuil.

 

Après le deuil, il y a la vie, et dans la vie il y a le souvenir.

 

Se souvenir fait partie de la fête de famille.

 

C'est se rappeler que nous ne sommes qu'un maillon de la chaîne des générations.

 

Et alors seulement se pose la question de quoi faire du présent pour quel avenir pour tous ?

 

Et pour moi, ma femme, mes enfants et mes petits enfants.

 

J'ai dit

 

Plume Solidaire


 

 

 

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Source : Chronicart

 

Aux Etats-Unis, Joan Didion, aujourd'hui âgée de 73 ans, est une icône, une muse, presque un mythe. Quand Donna Tartt raconte sa rencontre avec Bret Easton Ellis, elle la replace autour d'un livre de Didion. Et que dire de son influence sur Jay McInerney, chroniqueur des nuits new-yorkaises ! Journaliste, scénariste, romancière, essayiste, elle promène sa plume depuis des années de la côte Ouest à la côte Est. En France, on ne l'a pratiquement jamais traduite. La parution simultanée de son dernier roman, L'Année de la pensée magique, et de son premier succès, publié dans les années 1970 et aujourd'hui culte, Maria avec et sans rien, fait donc figure de double événement en introduisant chez nous une auteur sans qui les lettres américaines seraient peut-être un peu différentes.


En lisant Maria avec ou sans rien, on trouve comme chez McInerney cette distanciation, cette critique de la vacuité, du superflu, de l'inutile. Côte Est chez McInerney, côte Ouest chez Didion (Maria vit à Hollywood), ce sont les deux mêmes mirages, dans deux cités aux lumières trompeuses, au milieu de fantasmes illusoires.(…)


il y a dans ces pages ce qu'on retrouvera chez la nouvelle génération des écrivains de la fin du mythe américain, cette culture de la désillusion, le charme de la destruction d'icônes de pacotilles. Le style est là, qui fige les scènes, les immortalise, net, pur, limpide, sans fioritures.


Il faut dire qu'avant de se lancer dans la fiction, Didion a commencé journaliste. Aux côtés de son mari, l'écrivain John Gregorry Dunne, elle a posé des poncifs littéraires qui hantent aujourd'hui toute la littérature américaine.


Et puis JG Dunne est mort, un soir comme tous les autres soirs, au début de l'année 2004, dans leur appartement new-yorkais. L'Année de la pensée magique raconte la vie après. Quelques secondes séparent la normalité de l'anormalité, suivies de mois d'absence. Le style, ici, est différent. Moins concis, moins simple, plus ambigu. C'est un retour sur soi, un essai sur le deuil, écrit alors même que la fille de Didion et de Dunne, Quintana, oscille entre la vie et la mort. Le texte revient sur 40 années passées aux côtés d'une même personne, avec qui les liens sont ceux du mariage, de l'amour, mais aussi du travail : Didion et Dunne ont écrit ensemble, œuvré sur les mêmes thèmes, fidèles lecteurs l'un de l'autre, associés dans chaque domaine de leur existence. Ensemble, ils ont écrit, voyagé, travaillé pour le cinéma. Ensemble, ils auront incarné dans les lettres américaines une manière d'être qui inspirera de nombreux autres auteurs.


Mais le texte va plus loin, et retrace les mécanismes à l'oeuvre dans le travail de deuil, le regard des autres ou sur les autres ; il étudie les vecteurs du retour à un semblant de vie. Didion raconte : "Je me souviens du mépris que m'avait inspiré le livre écrit par la veuve de Dylan Thomas, Caitlin, après la mort de son mari, Leftover life to kill. Je me souviens de mon dédain, de ma sévérité envers sa façon de ‘s'apitoyer', de ‘geindre', de ‘s'appesantir'. Leftover life to kill est paru en 1957. J'avais vingt-deux ans. Le temps est l'école où nous apprenons".

 

En 2005, L'Année de la pensée magique remporte le National Book Award de la meilleure oeuvre non romanesque. Quintana, la fille de Joan Didion, était morte quelques mois plus tôt, à 39 ans, alors que le livre venait d'être terminé. Didion n'a pourtant pas souhaité revenir sur son récit pour inclure ce second décès. Son premier travail de deuil était terminé, celui à livrer au temps, au passé. Car selon ses propres mots : "le mariage, c'est la mémoire ; le mariage, c'est le temps. Le mariage, ce n'est pas seulement le temps ; c'est aussi, paradoxalement, le déni du temps. Pendant quarante ans, je me suis vue à travers le regard de John. Je n'ai pas vieilli. Cette année, pour la première fois depuis mes vingt-neuf ans, je me suis vue à travers le regard des autres ; pour la première fois, j'ai compris que j'avais de moi-même l'image d'une personne beaucoup plus jeune. Nous sommes d'imparfaits mortels, ainsi faits que lorsque nous pleurons nos pertes, c'est aussi, pour le meilleur et pour le pire, nous-mêmes que nous pleurons. Tels que nous étions. Tels que nous ne sommes plus. Tels qu'un jour nous ne serons plus du tout".


Julie Coutu

 

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