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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 18:00








Jean-François Gaspar : Tenir ! Les raisons d’être des travailleurs sociaux (La Découverte) / Revue Mouvements N° 71 Dossier Qui veut la peau de la recherche publique ? (La Découverte)


 

On l’a appris ces jours-ci, à l’approche de l’hiver il n’y a déjà plus de place dans les centres d’hébergement d’urgence et le standard saturé du 115, le N° d’appel du Samu social, ne répond plus. Le mois dernier, d’après un rapport de la Fédération nationale des associations de réinsertion sociale concernant 37 départements, 76% des sans abri qui ont sollicité le 115 pour trouver refuge n’ont pas eu de proposition d’hébergement. Chaque jour, à Paris et en Seine-Saint-Denis, près de 400 personnes en famille, ainsi qu’une cinquantaine de personnes isolées, ne trouvent pas de réponse. La crise est passée par là et les travailleurs sociaux voient arriver l’hiver avec appréhension.


 

Dans des conditions de travail qui s’aggravent sans cesse, on peut donc se demander qu’est-ce qui les fait tenir. C’est la question que s’est posée le sociologue Jean-François Gaspar, qui a lui-même été travailleur social pendant dix ans avant d’enseigner dans une école de formation au travail social et d’effectuer une enquête de terrain durant quatre années. Selon lui, c’est la nature et le mode d’engagement dans ces professions qui explique que malgré une faible valorisation sociale, des rétributions médiocres et des conditions difficiles, des femmes et des hommes consacrent leur temps sans compter pour porter assistance aux plus démunis d’entre nous. Il a ainsi distingué trois grands types d’engagement qui constituent la légitimation personnelle de ces intervenants sociaux et justifie leur attachement à un métier qui résulte souvent d’un deuxième choix dans leur orientation : la première catégorie est formée par ceux qu’il désigne comme les « travailleurs sociaux cliniques », qui en apportant un remède à un symptôme social tentent de remonter à l’origine de la souffrance qui en est la cause. Les pionnières du travail social aux Etats-Unis ou en Europe au début du siècle dernier – ce sont essentiellement des femmes – appartiennent à cette catégorie, même si leurs préoccupations médicales, morales ou religieuses, dans la tradition hygiéniste, philanthropique ou charitable ne sont plus les mêmes aujourd’hui, qui ont fait place à des motivations d’ordre plus psychosociales, dans l’esprit de l’« aide psychologique individualisée » destinée à faire prendre conscience à l’usager de ce qui sous-tend psychologiquement sa demande et de ce qu’il lui revient de faire pour améliorer sa situation.


 

La deuxième catégorie de travailleurs sociaux étudiée par Jean-François Gaspar est constituée par les « militants ». Ceux-ci justifient leur engagement en mettant en avant leur lecture politique des situations de détresse et conçoivent leur travail, au-delà de l’aide apportée, comme une manière de donner aux usagers des outils pour comprendre les déterminations sociales de leur état. L’éducation politique, qui passe par l’alphabétisation, la connaissance de ses droits, la perception du contexte, fait partie de leurs objectifs, dans l’intention de mobiliser ces militants virtuels, et souvent improbables, que sont les usagers à leurs yeux. Là aussi, l’ambition de ces travailleurs sociaux va bien au-delà de la simple assistance face à une demande ponctuelle et elle se traduit le plus souvent par un engagement accru, synonyme de temps consacré sans compter.


 

Enfin, la troisième catégorie repérée par l’auteur, et c’est la plus répandue, est celle des « travailleurs sociaux normatifs » qui considèrent leur activité comme un travail comme un autre, ils ne parlent pas de vocation et n’estiment pas de leur ressort de changer le monde ni même d’en assumer une part de souffrance. Pour eux, c’est le respect des lois, des règles sociales et des hiérarchies qui constitue le meilleur facteur d’intégration, ce dont témoigne, dans leur esprit, leur propre trajectoire.


 

Car c’est évidemment en fonction de leur habitus et de leur parcours que chacun d’entre eux se représente et modèle le style de son engagement. Chez les travailleurs sociaux de la première catégorie, on trouve des individus doués d’une plus grande sensibilité à la souffrance qui est souvent due à une expérience personnelle, comme le montrent les entretiens menés par le sociologue. C’est d’ailleurs dans le souvenir d’événements douloureux vécus dans leur enfance ou leur jeunesse qu’ils inscrivent la genèse de leur choix, même s’il survient à la suite d’une orientation scolaire ou universitaire considérée à postériori comme inadaptée, et du coup apparente ce choix à une sorte de « révélation ». Ceux-là pratiquent ce que Didier Fassin appelle le « traitement compassionnel de la question sociale » et il y a souvent dans leur attitude les traces d’une socialisation religieuse. Jean-François Gaspar montre comment ils conçoivent leur intervention en termes de « réparation » et comment, dans le dialogue qui l’engage, leur attitude corporelle manifestant l’attention portée, le recours répété à des expressions qui suscitent la confiance et visent à soutenir l’usager dans son dire – comme « c’est clair » ou « c’est vrai que » – ou encore les modulation de la voix, tout concourt à installer une relation d’ordre maïeutique.


 

Les militants, quant à eux, adoptent une attitude comparable à celle des délégués syndicaux, telle que l’ont décrite Stéphane Beaud et Michel Pialoux dans leur Retour sur la condition ouvrière. Très souvent engagés en politique, ils s’emploient à « démêler » des situations complexes en mobilisant un réseau de relations qui dépasse de loin celui des institutions ordinairement versées dans l’aide sociale. Et ce faisant, ils réinsèrent nombre d’usagers exclus ou égarés dans un tissu social à la trame serrée, ourdie de fils rouges.

 

Jacques Munier

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