

Le pitch selon evene.fr
"Kigali, printemps 1994, le premier jour du génocide. Les Rwandais se massacrent entre eux tandis que les Occidentaux fuient le pays. Jacqueline, la jeune nurse tutsi d'une famille belge, se
retrouve abandonnée. Elle se cache dans les combles et parvient à échapper aux tueurs. Lorsqu'elle trouve ses enfants abattus par les Hutus, Jacqueline se réfugie dans la forêt. Là, elle trouve
un homme blessé dont elle s'occupe et qu'elle ramène à la vie. Mais Jacqueline est profondément meurtrie intérieurement et les efforts de son ami reconnaissant n'y font rien. Démunie de tout même
de sa foi, elle n'a qu'une obsession : en finir une fois pour toutes."
Pour la première fois peut-être un film m'a fait directement ressentir ce qu'a vécu cette jeune mère pendant le génocide rwandais. Et ce que vivent au moment où j'écris d'autres femmes et mères au cours des guerres et massacres qui font ou ne font l'actualité en France.
Pendant la projection j'ai beaucoup pensé à Foulématou, dont j'ai parlé plusieurs fois sur ce blog. Avant de partir dimanche au Musée des Arts Premiers, j'ai rapidement évoqué certaines scènes de ce film avec elle.
Elle m'a simplement répondu : "oui c'était comme ça..." Puis elle m'a prévenu qu'elle nous quittera un peu plus tôt au Musée pour assister à une cérémonie religieuse à Montmartre en mémoire "des nôtres" comme elle disait.
Catastrophiques les critiques du "Monde" et de "L'express" sur ce film dont je suis sorti oppressé.
"Le jour où Dieu est parti en voyage", certains journalistes donnent le sentiment qu'ils étaient dans l'avion. Comme si pour commenter ce film il leur avait fallu s'(se r)accrocher à une approche cinématographique ou esthétique. Comme s'ils avaient le cerveau à la place des tripes.
« Il aurait fallu une mise en scène plus brutale pour emporter le morceau. Refuser à ce point le spectaculaire frise le cinématographiquement correct. » (L'express)
Dans "Le Monde", Thomas Sotinel regrette « que l'absence d'explications historiques rendra le film presque inintelligible aux spectateurs qui ignorent le détail de la tragédie rwandaise - les marais qui furent le lieu de terribles massacres peuvent ainsi apparaître comme un symbole. Enfin parce que Van Leeuw fait parler ses deux personnages en français pendant que les génocidaires (que l'on voit peu à l'écran) hurlent en kinyarwanda.
Ce parti pris produit un violent contresens qui fait croire que la langue commune à tous les Rwandais était celle des bourreaux, alors que le français était celle des victimes. Etant donné le rôle de la France dans les événements qui ont conduit au génocide, l'effet est désastreux. "
Les critiques qui me paraissent les plus justes sont celles de evene.fr et de Chronicart :
Evene.fr
"Conserver et transmettre la vivacité du souvenir." (…) En marge des films d’action ou des drames émotionnels sur le sujet, ‘Le Jour où Dieu est parti en voyage’ choisit adroitement de se consacrer à la question de la survivance, (...) Comment avancer, broyé par une douleur indicible ? Comment survivre, dépossédé de toutes ses croyances ? A la fois intimiste et universel, le film suscite de fait une profonde empathie. (...) Cris étouffés, bruits noyés, corps filmés de loin. Philippe Van Leeuw préfère suggérer la violence et la reléguer à la limite du hors champ, (...). Il livre ainsi une oeuvre sensible et singulière, un hommage absolu aux victimes et aux rescapés."
Chronicart
"(...) Philippe van Leeuw pouvait laisser craindre une approche du sujet Rwanda sous l'angle de la seule complainte, une possible inertie de la tentative de reconstitution du drame, inhérente à un abord prioritairement « victimaire ». Au lieu de quoi ce film se révèle être surtout la mise en scène sèche et frontale de l'instinct de survie de deux Tutsi (...)
Jacqueline (la chanteuse Ruth Nirere - Shanel, au jeu admirable) est ainsi suivie dans le temps réel de l'évolution de son regard sur la situation, du trauma du spectacle glaçant de l'exhibition publique des cadavres de ses enfants (bien que saisie à distance, du point de vue de la jeune femme embusquée, l'image reste insupportable) à sa prise en charge du corps blessé d'un homme, du réflexe de se cacher ou d'être à l'affût du moindre bruissement (...).
S'il se refuse à l'apparenter au « cinéma d'action », Philippe van Leeuw s'en remet à une pure logique de « survival » : découpage à vif, mu aussi bien par l'anticipation de l'événement que son esquive de dernière minute ; pragmatisme de chaque geste ou mouvement, réduction de l'espace à de pures questions utilitaires (faire cuire de la viande, sécher ses vêtements, dormir, prier, penser... peut-être faire l'amour). L'action est ici affaire d'apprivoisement de sa propre peur, mais aussi de celle de son / sa seul(e) allié(e), de cicatrisation littérale et symbolique des plaies initiales au profit d'une résistance par le projet de vivre encore - même un peu. Plutôt que de ne voir ces deux personnages que dans leur statut de martyrs, le cinéaste édifie chaque scène sur le pur présent de la (sur)vie quotidienne dans une situation limite, débouchant sur une intensité bouleversante. Le Jour où Dieu est parti en voyage, à l'origine projet d'un homme désirant exorciser par la fiction l'impuissance qui fut la sienne lorsqu'il n'était que spectateur d'une tragédie lointaine, s'offre aujourd'hui dans l'évidence de sa seule force de frappe esthétique : quel que soit le point d'arrivée de ces figures plus mortelles que jamais (Jacqueline est inspirée d'un personnage réel, dont le sort reste inconnu du cinéaste), la représentation en même temps que la saisie de ces quelques jours d'existence donne une puissante idée de que peut être la réalité sensorielle d'une terreur forcément universelle. »
Sidy Sakho
Bravo Monsieur Sakho !
J'ai dit
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