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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 18:00

 

Suite de l'article publié le 18 mars :

Cool dimanche 54 : La joie de celui qui ne croîit en rien - Robert Misrahi - 1/3

Lire la fin :

Cool dimanche 56 - La joie de celui qui ne croît en rien - Robert Misrahi - 3/3

 

 


Robert MISRAHI Le Travail de la Liberté par borddeleau

 

 

Dans le présent contexte de campagne électorale l’un des candidats s’est avisé de commencer par s’en prendre à l’ « élite », dont il est le représentant emblématique dans sa version « manager bling bling ».


Pourtant, il fait bon se tourner vers l’élite de ceux qui pensent la (ré)conciliation, la solidarité, le bonheur et la joie de vivre.


Et de tourner le dos aux rhétoriques inusables et démagogiques de la haine d’autrui, aux idées fondées sur la conception matérialiste et comptable de la vie, autoritaire et intrusive de l’’Etat.


C’est profondément réconfortant.


J’ai dit


Pume Solidaire

 

- - - -

Source : Clés.com


Robert Misrahi


Un philosophe qui fut l’élève des plus grands, et qui présente pour beaucoup la meilleure lecture de Spinoza aujourd’hui, propose de sortir du "désenchantement violent", par l’élaboration d’une nouvelle éthique du bonheur.


"Le bonheur, dit-il, n’est pas un état passif, c’est un acte !"

 

N. C. : La spiritualité, telle que vous la définissez, peut-elle avoir un rôle dans le quotidien des individus d’aujourd’hui ?


R. M. : Oui, absolument. Dans la définition que nous venons de donner, la spiritualité, c’est-à-dire la présence de l’esprit des individus, peut bien sûr avoir un rôle dans le quotidien, à la fois comme source de compréhension, mais surtout comme source d’invention. Seul l’esprit, l’intelligence, peut bien comprendre ce que les individus peuvent désirer et peuvent construire ensemble. Les fanatismes et les fondamentalismes, eux, sont fondés sur l’ignorance et la bêtise.


N. C. : À notre époque, croyez-vous qu’il serait temps d’inventer une nouvelle spiritualité adaptée à notre société et à ses individus ?


R. M. : Il y a en effet à créer quelque chose de nouveau qui serait une doctrine de l’individu humain comme esprit. Une doctrine qui permette de dépasser les conflits quotidiens et de créer un nouveau monde. Il s’agit bien de créer un nouveau monde quotidien ; un nouveau monde par une nouvelle culture, par une nouvelle conscience. J’utilise le mot culture dans le sens où nous l’employions plus haut, ce qui signifie que ce sont les institutions qui devraient pouvoir aider au développement de cet état d’esprit. Cependant, comme les institutions (telles qu’elles sont actuellement) sont démunies, elles devraient alors être inspirées par des individualités qui, justement, mettraient en avant cette doctrine que nous essayons de définir : une nouvelle conscience de soi, une nouvelle conscience de l’efficacité, des libertés, des rencontres.


N. C. : Cette nouvelle doctrine « de l’individu humain comme esprit », pourrait-elle s’appeler « spiritualité libre » et comporter un aspect cultuel particulier ?


R. M. : À propos d’un aspect cultuel particulier, personnellement je serais un peu plus réticent... (rires) Ce qui m’amuse, c’est qu’en proposant cela vous êtes encore plus spinoziste que moi... ! (rires) En effet, bien que combattant tous les dogmes, les prêtres, les autorités, Spinoza affirmait qu’il serait bien qu’existe une « religion civile » comportant quelques rites simples et dont les grands dogmes seraient seulement : justice et charité.


N. C. : D’après-vous, en proposant une « religion civile » basée sur la justice et la charité Spinoza avait-il tort ?


R. M. : Oui, sur ce plan de « religion civile », je pense que Spinoza avait tort. En fait, c’était une proposition polie pour son temps, de même que le fait d’employer fréquemment le mot Dieu, avait pour but de ne pas heurter ses contemporains, quand sa doctrine de Dieu consistait à démontrer qu’il n’y avait pas de Dieu... Parler d’une « religion civile » était donc pour lui une manière de calmer les esprits, de leur dire : « je ne suis pas aussi subversif que vous le pensez ; n’ayez pas peur, il y aura quand même une religion, avec des autorités, des rites, etc. » Néanmoins, il est à mon sens, dommage d’avoir dit cela, car cette condescendance revient à une reconnaissance de l’utilité des anciennes pratiques.


N. C. : En proposant une « religion civile », Spinoza était donc dans la complaisance ?


R. M. : Oui, sur ce sujet, Spinoza était dans la complaisance. Complaisance que l’on comprend à son époque car ce qu’il risquait était tout simplement sa vie ! Ce qui, actuellement, est d’ailleurs encore le cas dans certains pays du monde. Mais comme nous n’avons pas à le craindre dans notre société occidentale, en France, profitons de notre liberté pour ne pas être complaisants et proposer une nouvelle voie qui ne risque pas de tourner au dogme.


N. C. : Durant l’été 2003, en France, au plus fort moment de la canicule, nous avons douloureusement constaté jusqu’où nous avait entraîné notre individualisme... Que pouvons-nous faire pour éviter que cette dérive d’indifférence continue ?


R. M. : Il faut travailler à un accroissement de la conscience d’autrui, que l’on peut nommer plus simplement : humanisme.


Un accroissement de l’humanisme est un accroissement de la générosité. Ce n’est pas la laïcité en tant que telle qui entraîne ces comportements individualistes, mais le fait que nous n’ayons pas compris qu’elle était l’ouverture et l’appel à des doctrines positives de solidarité. Au début du XXe siècle, où l’on réfléchissait beaucoup sur la laïcité, dans le même temps, cette réflexion portait aussi sur la solidarité car il apparaissait évident que ces deux idées allaient ensemble. Autrement dit, la véritable laïcité ouvre sur une doctrine active de la solidarité. Mais, il est clair que cette ouverture sur la solidarité ne peut avoir lieu si nous laissons aller les choses en l’état, par exemple, si nous laissons la société vivre sa vie commerciale et industrielle comme elle le fait actuellement.


Les idées de laïcité et de solidarité doivent être accompagnées, approfondies, enveloppées, conduites, par une réflexion philosophique. Et c’est justement cette réflexion philosophique et humaniste qui manque aujourd’hui.


Encore une fois, les malheurs auxquels nous assistons ne sont pas dus à la définition même de la laïcité ou à la définition même de la démocratie, mais au fait que laïcité et démocratie n’ont pas encore achevé leur travail. Bref, il ne faut pas s’arrêter en cours de route ! Dès lors, revenir à des rites quelque peu anciens serait une régression puisque, en réalité, nous devons aller plus loin, c’est-à-dire développer la démocratie. Ce n’est pas parce que nous sommes dans un pays laïque et démocratique que de nombreuses personnes âgées sont mortes seules, mais parce que nous ne sommes pas encore assez en démocratie.


N. C. : À la démocratie et la laïcité n’a t-on pas justement oublié d’y adjoindre la spiritualité - une spiritualité libre et intérieure - ce qui donne cette image inachevée ?


R. M. : Oui, absolument, nous avons oublié d’y adjoindre l’intériorité. Nous avons négligé l’intériorité, nous avons négligé la conscience et, précisément, poursuivre le chemin consiste à redécouvrir l’intériorité et l’esprit. D’ailleurs, pourquoi ne pas dire « esprit » plutôt que « spiritualité », cela veut dire la même chose.

 

N. C. : Le mot « spiritualité » vous semble-t-il trop entaché de religiosité ?


R. M. : Oui, exactement. Le mot « spiritualité » est tellement entaché de religiosité que, dorénavant, nous devons en adopter un autre.


N. C. : Dans ce contexte, le mot « conscience », que vous employez fréquemment et qui a l’avantage d’être concret, pourrait remplacer le mot « spiritualité », seulement n’est-il pas souvent refoulé par beaucoup d’entre nous car faisant appel à la responsabilité individuelle ?


R. M. : Oui, vous avez entièrement raison ! Et cela milite d’ailleurs pour le fait de mettre en avant le mot « conscience » qui, d’une part, est lui-même un appel, une référence à la structure réelle de l’individu (l’individu étant une conscience et non une chose) et, d’autre part (parce qu’il y a polysémie) fait appel à une responsabilité morale.


Comme vous le dites, c’est donc bien le mot conscience qui convient le mieux, car il interpelle chacun d’entre nous, ouvre sur la responsabilité et, enfin, sur l’éthique qui, elle aussi, manque. Toutefois, il s’agit d’une éthique concrète, d’une éthique des individus (et non de l’individu) et de leur coexistence.


N. C. : Finalement, votre proposition pour sortir du « désenchantement violent » que nous constatons serait de vivre dans une société qui s’ouvrirait à une doctrine laïque, fondée sur une démocratie mature bien développée, spirituelle, et assortie d’une éthique du bonheur afin qu’elle ne soit pas abstraite. Sous cet angle, une telle doctrine pourrait aussi bien séduire les personnes qui ne croient pas en Dieu mais désirent retrouver des valeurs humaines essentielles, comme celles qui croient en Dieu, mais refusent d’être assujettis aux dogmes véhiculés par la religion. Ces derniers auraient alors, en effet, la liberté de vivre, d’exercer ou non, une foi intérieure, une foi libérée, tout en évoluant dans une société plus solidaire, plus généreuse, moins matérialiste.


R. M. : Oui, justement. Une telle doctrine, comme vous la résumez très bien, s’adresse à ceux qui ne croient pas en Dieu, comme à ceux qui croient en Dieu mais non dans les dogmes, non dans les religions dogmatiques. Pourquoi ? Parce que, en réalité, cette doctrine appelle à un retour à soi et au sens qui, tous deux, impliquent, bien sûr, le retour vers autrui puisque c’est avec autrui que l’on trouvera le sens de la vie.


Une telle doctrine ne peut donc que plaire aux esprits libres que nous pouvons également appeler « déistes », parce qu’elle insiste sur l’autonomie des individus qui vont construire ensemble cette société nouvelle. Certes, elle ne s’appuie pas sur une transcendance, mais elle ne s’appuie pas non plus sur la lutte contre une transcendance.


Elle construit l’immanence.


Dès lors, si certains souhaitent que cette immanence soit reliée à d’autres principes, pourquoi pas, l’essentiel étant que ces autres principes et ce Dieu informel aient surtout à cœur l’amour et non la victoire.


Ainsi nous pouvons tous être réunis, (sauf ceux qui croient en des religions ou des spiritualités de la victoire et de la domination) et, dans cette conscience nous pouvons alors retrouver les plus belles des inspirations du judaïsme ou du christianisme traditionnels : l’amour, l’amour d’autrui, l’amour de la vie, et non le culte de la mort.

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