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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 11:05






Dès l’entrée du parc, se dresse l’un des 3 échafaudages de l’artiste  écossais  Nathan Coley (né en 1967). « Fixées  sur  des  structures métalliques,  des  ampoules  électriques à l’allure désuète adressent des messages lumineux aux spectateurs. Laconiques,  lapidaires,  ces  sentences (…) « WE MUST CULTIVATE OUR GARDEN  » ( Il  faut  cultiver  notre  jardin)  … entrent en résonance avec le lieu et l’imaginaire de chacun ». J’approuve le précepte, qui fait plus penser à une leçon de morale et d’éducation civique scolaire, et nous nous dispenserons sans effort des deux autres leçons de sagesse populaire franchement tautologiques qui n’engagent à rien : « THERE  WILL  BE  NO  MIRACLES HERE » (Il n’y aura pas de miracles ici) et «  GATHERING  OF  STRANGERS  »  (Rassemblement d’étrangers). Dans le même registre nous aurions pu nous attendre à « L’ENERGIE ELECTRIQUE NOUS EXTRAIT DE L’OBSCURITE »…mais pas de l’obscurantisme ni de la redondance avec le réel. Ici l’art, en dépit de l'apparence, ne nous (in)forme pas ; il est là en soi et gratuit. Ce qui constitue à la fois une illusion et une contrevérité. Une norme de la post modernité parfaitement traduite dans cette volonté d’aseptiser le sens en imposant le fait artistique en tant que tel. Dont acte.


 

Nous suivons la déambulation de la foule jusqu’à la guirlande d’ampoules  de couleurs et de fanions de Vincent Olinet (né en 1981), «  Ma fête foraine », installation de 2004 ; qui occupe effectivement un certain volume d’espace, ce qui lui confère le caractère indéniable d’une sculpture. A laquelle je suis demeuré insensible, tel un lapin regardant une clé à mollette. Encore une fois « la forme en soi »…toujours à moi d’y mettre du sens. Et moi je suis un gros fainéant, et j’aime l’œuvre qui s’impose clairement, ou l’artiste qui me propose une vision, en me donnant  la liberté de ressentir, de réagir et d’interpréter.


 




Beaucoup plus intrigantes, étonnantes, puissantes et évocatrices sont les œuvres qui ont jalonné la suite de notre parcours.

 


Là il y avait une véritable relation entre la nuit, le paysage et l’imaginaire. L’artiste norvégien Rune Guneriussen  (né en 1977) a planté des bouquets de lampes de  bureau sur la pelouse (« Don’t leave the lights on », installation lumineuse, 2009), de chaque côté de l’allée. Une plantation abondante construite dans un (dés)ordre savant qui crée un sentiment étrange et fort. Voie Lactée qui se reflète sur le miroir des pelouses du parc ? A y regarder de plus près, on se demande si le groupe situé en bas de l’allée ne tient pas du poulailler ou de la basse-cour : oies aux itinéraires aléatoires qui picorent, se croisent et se toisent en cacardant !


 

 


 

 

Dans l’installation des lampes qui remontent la pente j’ai vu une spectaculaire migration d’animaux nocturnes. Ou une armée de combattants analogue à celle de Stars Wars, monstrueux vus de près. Elle m’a fait penser aussi aux passages de cols pyrénéens par les émigrés fuyant la Guerre d’Espagne ; ou au franchissement de la chaîne himalayenne par le Daïla-Lama lors de sa fuite du Tibet en 1959. J’ai ressenti là la dimension tragique de notre condition humaine ; elle-même reflet inversé des innocents visiteurs qui arpentaient les pelouses dans l'obscurité. Plus tard un souvenir suggéré par cette œuvre m’est revenu. Celui des processions nocturnes des pèlerins à Lourdes que j'ai vécues dans mon enfance.


 

 

 

 

 

 

En contrebas le ruisseau était lui aussi animé de lampes de couleur qui éclairaient l’eau, invitant les spectateurs à contempler les rides des écoulements sous un jour différent ; à observer les insectes aquatiques comme dans un laboratoire à ciel ouvert.

 

Nous nous dirigeons vers la sortie en face de l’Hôtel de Ville. Au passage nous apercevons en contrebas les scintillements tricolores – bleu, blanc, rouge – des Starlights  qui, installés sous la surface de l’eau , couvrent tout le bassin.

 


 


Photo disadquem



Second temps fort de cette traversée du parc : les parapluies rouges de Noël DOLLA (Chauds les Marrons aux Buttes Chaumont – 1789-2009, 220 ans de rêves – Installation) qui symbolisent un champ de coquelicots. J’ai eu l’occasion de voir plusieurs expositions d’artistes du mouvement Supports/Surfaces - Jean Pierre Pincemin et Claude Viallat notamment ; dont Noël Dolla a été membre. Au plan de la démarche artistique la parenté avec l’approche de ce mouvement m’a semblé évidente. Le choix judicieux de la surface – une large bande de pelouse incurvée et inclinée vers le bassin, l’implantation parfaitement symétrique et l’orientation dans la même direction de centaines de parapluies en tous points identiques – modèle, couleur - ; le caractère répétitif de la couleur, et l’exposition de l’œuvre « hors les murs »…rappellent les éléments qui caractérisaient ce mouvement.


 

Photo disadquem

 

L’ensemble dégage une impression de poésie et d’humour confortée par l’ampleur de l’installation. Une bonne manière de fêter le retour du coquelicot dans les prairies, et de nous rappeler les œuvres de Pierre-Auguste Renoir (Chemin montant dans les hautes herbes, vers 1874) et de Claude Monnet (Les Coquelicots à Argenteuil, 1873). Les parapluies des Buttes Chaumont dans leur rigueur géométrique renvoient par comparaison avec ces deux œuvres, à la nostalgie d’une nature plus sauvage, qu’il était loisible jadis de parcourir plus librement qu’aujourd’hui. Métaphore de l’Eden, de l’harmonie entre la nature et les hommes – entre nature et culture -, de la liberté, et de l’innocence à travers la grâce des jeunes femmes qui cueillent les fleurs…

 

 

 


 

Un univers à l’opposé de la catastrophe climatique annoncée aujourd’hui qui montre l’issue d’un conflit entre l’homme triomphant et une nature spoliée dont le cinéma globalisé s’est fait le porte parole efficace (« Home », « Le syndrome du Titanic »)…


Les parapluies de Noël DOLLA sont aussi à prendre au pied de la lettre, comme un rassemblement de clones disciplinés concentrés vers un même  objet. Comme des spectateurs dans un stade. C’est l’univers des passions, des rapports de forces, de la violence entre supporters, de l’idolâtrie pour les dieux du stade, du gigantisme des installations, de la mondialisation des événements sportifs et des dépenses pharaoniques…Mais le stade ne se réduit pas au football. C'est aussi l'admiration pour la perfection du geste sportif, la compétiton dans le respect des concurrents, l'estime pour les perdants, l'esprit d'équipe.

 

 

 


 

Ces parapluies en touts points identiques sont aussi un univers de clones qui m’a fait penser à cette intervenante au cours d’un colloque en présence de Mme Parisot, Présidente du MEDEF, qui expliquait que les discriminations à l’embauche avaient leurs sources dans la stratégie du minimum de risque dans le recrutement utilisée par les Directeurs des Ressources Humaines. Pour assurer une adaptation des nouvelles recrues la plus rapide dans le temps et la plus harmonieuse au plan relationnel, leurs sélections de candidats se portent sur des individus qui ont des profils culturels et sociologiques identiques : formation, âge, sexe, origines sociales et ethniques. Les autres sont éliminés par défaut (les jeunes, les vieux, les immigrés, les femmes…).


Et là nous sommes très loin de l’évocation du thème de la Révolution Française qui constitue le propos de cet artiste au cours de cette Nuit Blanche.


Mais suis-je seul responsable du fait que cette œuvre me fait ainsi méditer et médire de mes contemporains ?


Peut-être que l'art ma parle à tort et à travers ?


Enfin, heureusement que tout ça c'est que de la littérature hein ?

 

3 ème et dernier épisode vendredi !

 

J'ai dit

 

Plume Solidaire

 


Ps : toutes les photos sont de moi sauf les autres et je m'en excuse


Il y en a de bien plus jolies ici : Instantané - culture au sténopé

 

 

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