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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 20:13


1 500 00 visiteurs selon la Mairie auraient arpenté les rues de Paris au cours de cette 8ème Nuit Blanche.


 

J’affirmerai avec le même aplomb que celle-ci étant organisée sur 4 sites  - nord autour des Buttes-Chaumont, centre à Châtelet-Marais, et Quartier latin au sud, pour la première fois autour de la Montagne Sainte-Geneviève – l’affluence dans mon quartier a représenté au bas mot le quart de cette population.


 

Soit tout de même 375 000 noctambules, que j’ai comptés un par un !


 

Très exactement deux fois la population du 19ème arrondissement (185 400 habts / 12ème ville de France), sans compter la centaine de milliers d’immigrés clandestins, qui sont un véritable défit au caractère sincère et véritable de la statistique démographique.


 

Parti à 21 h 15, à 00 h 15 j’étais dans mon lit, et à 00 h 16 je dormais du sommeil du juste.


 

J’ai commencé par rejoindre ma fille et ses amis près du Métro Belleville pour faire un tour dans la célèbre Rue des Artistes du quartier : la rue Denoyez1. Sur les murs en perpétuelles mutations graphiques deux plasticiens collaient de grandes affiches/photos. Aujourd’hui, 2 nuits plus tard, elles s’éclipsent déjà sous un nouveau graph géant. Un peu plus bas, une installation vidéo projetée sur un voile tendu à hauteur d’homme à travers la chaussée donnait le ton de cette Nuit, à la fois poétique, colorée et bon enfant. A côté des DJ, des dessins récents inspirés de la BD m’ont fait penser à Crumb.


 

  

 

 

Le Genèse - Robert Crumb - sortie le 22 octobre 2009

 

1 Haut lieu de divertissement dans les années 1830 elle porte le nom de la célèbre taverne. Elle a été rénovée en 2009, et accueille la nouvelle Piscine et Centre sportif Alfred Nakache

 

 

En passant une petite publicité totalement désintéressée : si d’aventure vous avez envie de boire un thé tunisien, un vrai thé avec des feuilles de menthe qui débordent du verre. A quelques mètres de là commence la rue Lemon (citron en anglais !), à l’angle de laquelle se trouve le Café des Délices. Le thé sans citron c’est là.


 

 

Nous remontons la rue de Belleville jusqu’à l’église éponyme – Métro Jourdain -. Et là je reste interdit et ému en découvrant et en lisant La Fiche, le fac simile collé au sol d’une « Fiche administrative de dépistage et de soin d’une personne sans abri ». Une femme SDF  décédée dans le 19ème cette année. Je pense à cette femme blonde alcoolique que je ne vois plus, qui squattait le trottoir sous les arcades près du métro de Belleville avec un petit groupe d’hommes. Un jour elle s’est mise à montrer ses seins en public. C’est à elle que je pense en lisant La Fiche : même âge, même taille, blonde aussi…


J’étais très heureux de la croiser le lendemain près du bassin de la Villette.

 

Une fiche de soins, sur-dimentionnée, est installée à même le trottoir, au carrefour des passages pour piétons, de la sortie de métro Jourdain et des rues qui se croisent. Comment la fiche est-elle susceptible de réorganiser l’espace autour d’elle comme le fait un SDF dans la rue ?


L’installation fait largement référence à l’ouvrage de Patrick Declerck
« Les naufragés » (Terre humaine, Poche, 2001)

Source : site de Anne Brochot

 

Rue Lassus, je prends en photo la vitrine de La Source de Belleville parce que j’aime bien les silhouettes de cet artiste - dont je viens d’oublier le nom - , qui hantent les murs et les recoins de la ville. J’avais photographié l’une de ses œuvres sur l’escalier de la Butte Bergeyre avenue Simon Bolivar.

 

 

 

 
De Paris 19 en photo






L'escalier de la Butte Bergeyre vu par Willy Ronis




A l’approche du parc des Buttes Chaumont – entrée rue Botzaris -, la densité de population s’accroît considérablement. Ce qui frappe c’est qu'elle est blanche cette population, bien parisienne. Occidentale en Diable. Et pas de policiers pour assurer la sécurité et contrôler nos papiers. Cette foule débonnaire se déplace en couples attendrissants, en clans de jeunes proprets et d’amis branchés ; en familles avec poussettes, enfants et parfois grands-parents. Impression qu’une vaste migration de français moyens venue des arrondissements voisins (10, 11 et 20 ème), de la rive gauche et du Marais, est venue grossir les rangs du boboland local qui réside sur et autour du plateau des Buttes Chaumont. Nous sommes là « entre nous », comme si nous étions en vacances sur la côte bretonne. ou à Biarritz. Pas d’étranges étrangetés. Le 19ème pour quelques heures a changé d’identité, du moins dans la partie visible de l’iceberg urbain : la rue.

 

 

Phénomène qui, à mes yeux constitue un véritable étonnement. Quand je pense à ces proches qui appréhendent de venir nous voir parce que nous habitons dans le 19ème ! Il faut y voir sans doute l’effet Nuit Blanche. La nuit la ville est autre, son espace se libère de sa circulation automobile, des piétons qui y vivent et y travaillent ; qui lui donnent le charme de cette animation quotidienne si variée d’un quartier à l’autre. Elle perd ses repères habituels et identitaires : les chinois qui semblent toujours pressés ; les juifs avec leur kipa, leur costume et leur chapeau noirs qui vont à la synagogue, les musulmanes voilées, les africaines avec leur bébé dans le dos qui vendent le "maïcho, maïcho !" à l'entrée du métro, les grappes de jeunes blacks et de robeux dissimulés sous la capuche, les syndicalistes qui sortent du siège de la CFDT…


La ville est disponible et s’ouvre à l’envahissement urbain et pacifique d’une autre population plus attirée par cette aventure qu’est la découverte des œuvres dans des sites inédits que par celle d’un Paris méconnu. Mais le rêve n’a pas d’espace dédié et l’enveloppe de l’obscurité favorise l’attirance pour le mystère ; suscitant ce soir là une curiosité sans risque à la recherche d’émotions sans heurt. Et c’était un honneur pour le 19ème d’être choisi pour ce qu’il est : un lieu de vie comme les autres.






L
a suite demain...


J'ai dit !


Plume Solidaire



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