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Adonis est le pseudonyme d'Ali Ahmed Saïd Esber, poète et critique littéraire syrien d'expression arabe et française né le 1er janvier 1930.

Adonis est le pseudonyme d'Ali Ahmed Saïd Esber, poète et critique littéraire syrien d'expression arabe et française né le 1er janvier 1930.

 

 

Source : Culture d'Islam - France Culture

 

Rediffusion du 04/04/2014 - (59’30)

 

 

 A 84 ans, le doyen des poètes arabes, qui publie depuis 1947, continue de cheminer sur la voie de la rébellion et de la radicalité fondatrices de son œuvre. Œuvre qui dès le commencement procède d’une critique sans concession du système religieux islamique sclérosé qui s’est imposé au corps social pour l’enfermer dans l’exclusivisme, la non-reconnaissance de la moindre altérité, le laissant prospérer dans la médiocrité de l’être.


S’y ajoute l’extrême violence par laquelle s’exerce le pouvoir théologico-politique qui détruit cruellement toute forme de différence ou d’opposition.

 

Ce dispositif a été mis en place dès les débuts de l’islam, juste après la mort du prophète lors du conflit de succession qui s’est manifesté durant la féroce discussion que la chronique arabe appelle la "saqîfa", ainsi désignée par le vestibule où elle a eu lieu. Et cette machine répressive perdure jusqu’à aujourd’hui et ensanglante les événements qui déchirent ce monde, de la Syrie à la Libye, après avoir endeuillé l’Algérie dans les années noires, celles de la décennie de 1990.
C’est que l’islam s’est figé en systématisant l’idée que tout finit avec lui.


Ainsi a été construit l’édifice qui se dit abriter la dernière révélation monothéiste qui rectifie, parachève et finit par abolir les révélations antérieures. Révélation ultime apportée aux humains par le sceau des prophètes où Dieu a dit son dernier mot. Même Dieu ne peut plus parler.
C’est cette clôture mortifère qu’on veut imposer aux humains, croyants et non croyants. Mais, ceux-ci, à l'intérieur même de l'islam, par leur génie irrépressible, se révoltent et refusent la clôture dans laquelle l'autorité théologico-politique tient à les incarcérer.

 

Adonis suit toutes les paroles rebelles, celles des poètes, des soufis, des philosophes, des hérésiarques qui ont déclaré explicitement leur rejet du dogme-prison ou qui l’ont exprimé implicitement par la puissance de leurs œuvres antinomiques. En écrivant et en pensant par    « temps de persécution », ils avaient réussi à transmettre le cri tragique de la survie.
Tout ce dispositif a été investi par Adonis, théoriquement et poétiquement.


Théoriquement à travers une œuvre en quatre volumes publiée en arabe dans les années 1970 et non traduite (Ath-Thâbit wa ‘l-Mutahawwil,  Le Fixe et le Mouvant ) où l'auteur revisite l'histoire des lettres arabes selon l'opposition entre les littéralistes conservateurs qui refusent toute innovation et les énergies transgressives qui les ont débordés de toute part. Poétiquement dans Al-Kitâb (Le Livre) où le poète contemporain, accompagné du plus grand poète arabe al-Mutanabbi (Xe s.), revisite le passé, depuis l’épisode de la "saqîfa", pour en dénoncer l’horreur et célébrer ceux qui lui ont résisté. L’épisode de haute cruauté ici rapporté prend sa matière notamment d'un vaste ouvrage conçu par un chercheur irakien, en plusieurs volumes : Mawsû'at al-'Adhâb (Encyclopédie de la torture -- ou des "sévices").


Toute une énergie créatrice s’est dressée contre la dogmatique qui a figé cette religion; les docteurs qui veillent sur sa pérennité tiennent à la réduire à l'orthopraxie en allant jusqu'à suspecter la moindre spéculation théologique. C'est une religion qui a été rêvée sans culture. Mais, contre elle ou dans le contournement de son noyau dur, une immense culture est née.

 

Et c’est ce fonds irréductible de la tradition arabe qui se redéploie chez un poète qui a assimilé la révolution poétique qu'a connue l'Europe au XIXe siècle, celle qui suit sa ligne ascendante, en allemand de Hölderlin à Rilke en passant par Nietzsche, en français de Baudelaire aux surréalistes en transitant par Mallarmé.


La composition du "Kitâb" reprend le schème de la Divine Comédie où Dante accompagné de Virgile revisite l'histoire de la Chrétienté et projette sur elle son regard critique, en innovant poétiquement et en défendant ses propres choix politique dans le conflit qui a opposé le Pape et l'Empereur. Toutefois Dante demeure dans la croyance qui est la sienne et son voyage outre-monde finit avec la vision béatifique de la Trinité en gloire. Tandis qu'Adonis se veut l'enfant de l'ère du désenchantement, celle-là même qui a été inaugurée par les poètes novateurs de la révolution industrielle. 


Et c’est par son regard intransigeant de poète désenchanté qu’Adonis dévisage les actualités arabes trois ans après ce qu’on a appelé "printemps". Pour lui, nul salut n’est imaginable sans le préalable de la neutralisation de la religion pour n’en faire plus le déterminant exclusif de l'identité, du social et du politique. Mais ce préalable est loin d'être exaucé : même dans la Tunisie qui donne le moins de désespoir, les constituants, malgré la vigilante pression d'une société civile séculière, n’ont pas réussi à se dégager de l'exclusivisme du référent "arabo-islamique" dans la constitution qu'ils ont adoptée le 26 janvier dernier.


 Bibliographie
Adonis : - Printemps arabes, Religion et Révolution, La Différence,  2014 
Le Livre, tome I et II, Le Seuil éd., 2010 et 2013
(ces deux œuvres sont traduites de l'arabe)

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