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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 08:54
13 octobre 2014 : Lettre ouverte d'Abdennour Bidar au monde musulman - 4

Trois mois avant les attentats du 7 janvier, Abdennour Bidar appelait le monde musulman à "commencer par réformer toute l'éducation que tu donnes à tes enfants, dans chacune de tes écoles, chacun de tes lieux de savoir et de pouvoir. Que tu les réformes pour les diriger selon des principes universels (même si tu n'es pas le seul à les transgresser ou à persister dans leur ignorance)".

Lu à 660985 reprises, cet appel n'est pas passé inaperçu sur l'Internet.

Quel écho aura-t-il demain en France auprès des institutions représentatives musulmanes, dans les mosquées, et plus largement auprès des fidèles ?

Voilà une question que je me pose pour mon propre compte.

Je la formulerais autrement : si j'étais musulman, ou fidèle de toute autre confession, à quel(s) titre(s), sur la foi de quelle légitimité devrais-je accepter qu'un tiers s'immisce - fasse intrusion - au plus profond de mes convictions religieuses ?

Corollairement si un philosophe français de confession musulmane, ou de toute autre confession, interpelle publiquement sa communauté d'appartenance religieuse, au nom de quels motifs devrais-je, moi qui suis aussi français, m'interdire de m'intéresser à sa religion et au questionnement public qu'il (me) propose ?

Ces deux versants, celui de la spiritualité intime et subjective, et celui de la raison publique objectivante, mis aujourd'hui en tension, sont-ils antagonistes et irréconciliables ou complémentaires et susceptibles d'harmonie ?

Plus loin, peut-on aimer autrui sans savoir ce qu'il pense, et comment il pense différemment de nous ? Et ce, pour savoir ce que nous pensons déjà en commun maintenant; et ce que nous pouvons penser ensemble pour agir demain ?

Plume Solidaire

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Source : marianne.net

Lundi 13 Octobre 2014 à 05:00 | Lu 660985 fois I

Abdennour Bidar est philosophe. Membre du comité de rédaction de la revue Esprit, il est auteur de plusieurs essais sur les évolutions modernes et contemporaines de l’islam, la philosophie de la religion, la laïcité.

Pour le philosophe Abdennour Bidar, les croyants ne peuvent pas se contenter de dénoncer la barbarie terroriste pour éluder l'origine des dérives djihadistes. Face aux dogmes et à l'instrumentalisation politique dont ils sont l'objet, le monde musulman doit faire son autocritique et œuvrer à sa propre réforme.

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Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin - de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd'hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position de barzakh, d'isthme entre les deux mers de l'Orient et de l'Occident !

Et qu'est-ce que je vois ? Qu'est-ce que je vois mieux que d'autres, sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois, toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d'enfanter un monstre qui prétend se nommer Etat islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : Daesh. Mais le pire est que je te vois te perdre - perdre ton temps et ton honneur - dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine.

Que dis-tu en effet face à ce monstre ? Tu cries : « Ce n'est pas moi ! », « Ce n'est pas l'islam ! » Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (#NotInMyName). Tu t'insurges que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire. Il est indispensable qu'à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l'islam dénonce la barbarie. Mais c'est tout à fait insuffisant ! Car tu te réfugies dans le réflexe de l'autodéfense sans assumer aussi et surtout la responsabilité de l'autocritique. Tu te contentes de t'indigner alors que ce moment aurait été une occasion historique de te remettre en question ! Et tu accuses au lieu de prendre ta propre responsabilité : « Arrêtez, vous, les Occidentaux, et vous, tous les ennemis de l'islam, de nous associer à ce monstre ! Le terrorisme, ce n'est pas l'islam, le vrai islam, le bon islam qui ne veut pas dire la guerre mais la paix ! »

J'entends ce cri de révolte qui monte en toi, ô mon cher monde musulman, et je le comprends. Oui, tu as raison, comme chacune des autres grandes inspirations sacrées du monde, l'islam a créé tout au long de son histoire de la beauté, de la justice, du sens, du bien, et il a puissamment éclairé l'être humain sur le chemin du mystère de l'existence... Je me bats ici, en Occident, dans chacun de mes livres, pour que cette sagesse de l'islam et de toutes les religions ne soit pas oubliée ni méprisée ! Mais de ma position lointaine je vois aussi autre chose que tu ne sais pas voir... Et cela m'inspire une question - « la » grande question : pourquoi ce monstre t'a-t-il volé ton visage ? Pourquoi ce monstre ignoble a-t-il choisi ton visage et pas un autre ? C'est qu'en réalité derrière ce monstre se cache un immense problème, que tu ne sembles pas prêt à regarder en face. Il faudra bien pourtant que tu finisses par en avoir le courage.

Ce problème est celui des racines du mal. D'où viennent les crimes de ce soi-disant « Etat islamique » ? Je vais te le dire, mon ami. Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c'est mon devoir de philosophe. Les racines de ce mal qui te vole aujourd'hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre - et il en surgira autant d'autres monstres pires encore que celui-ci que tu tarderas à admettre ta maladie, pour attaquer enfin cette racine du mal !

Même les intellectuels occidentaux ont de la difficulté à le voir : pour la plupart, ils ont tellement oublié ce qu'est la puissance de la religion - en bien et en mal, sur la vie et sur la mort - qu'ils me disent : « Non, le problème du monde musulman n'est pas l'islam, pas la religion, mais la politique, l'histoire, l'économie, etc. » Ils ne se souviennent plus du tout que la religion peut être le cœur de réacteur d'une civilisation humaine ! Et que l'avenir de l'humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière, mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité tout entière ! Saurons-nous tous nous rassembler, à l'échelle de la planète, pour affronter ce défi fondamental ? La nature spirituelle de l'homme a horreur du vide, et si elle ne trouve rien de nouveau pour le remplir elle le fera demain avec des religions toujours plus inadaptées au présent - et qui comme l'islam actuellement se mettront alors à produire des monstres.

Je vois en toi, ô monde musulman, des forces immenses prêtes à se lever pour contribuer à cet effort mondial de trouver une vie spirituelle pour le XXIe siècle ! Malgré la gravité de ta maladie, il y a en toi une multitude extraordinaire de femmes et d'hommes qui sont prêts à réformer l'islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l'humanité entretenait jusque-là avec ses dieux ! C'est à tous ceux-là, musulmans et non-musulmans, qui rêvent ensemble de révolution spirituelle, que je me suis adressé dans mes ouvrages ! Pour leur donner, avec mes mots de philosophe, confiance en ce qu'entrevoit leur espérance !

Mais ces musulmanes et ces musulmans qui regardent vers l'avenir ne sont pas encore assez nombreux, ni leur parole, assez puissante. Tous ceux-là, dont je salue la lucidité et le courage, ont parfaitement vu que c'est l'état général de maladie profonde du monde musulman qui explique la naissance des monstres terroristes aux noms d'Al-Qaïda, Jabhat Al-Nosra, Aqmi ou « Etat islamique ». Ils ont bien compris que ce ne sont là que les symptômes les plus visibles sur un immense corps malade, dont les maladies chroniques sont les suivantes : impuissance à instituer des démocraties durables dans lesquelles est reconnue comme droit moral et politique la liberté de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion ; difficultés chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de l'égalité, de la responsabilité et de la liberté ; impuissance à séparer suffisamment le pouvoir politique de son contrôle par l'autorité de la religion ; incapacité à instituer un respect, une tolérance et une véritable reconnaissance du pluralisme religieux et des minorités religieuses.

Tout cela serait-il donc la faute de l'Occident ? Combien de temps précieux vas-tu perdre encore, ô cher monde musulman, avec cette accusation stupide à laquelle toi-même tu ne crois plus, et derrière laquelle tu te caches pour continuer à te mentir à toi-même ?

Depuis le XVIIIe siècle en particulier, il est temps de te l'avouer, tu as été incapable de répondre au défi de l'Occident. Soit tu t'es réfugié de façon infantile et mortifère dans le passé, avec la régression obscurantiste du wahhabisme qui continue de faire des ravages presque partout à l'intérieur de tes frontières - un wahhabisme que tu répands à partir de tes Lieux saints de l'Arabie saoudite comme un cancer qui partirait de ton cœur lui-même ! Soit tu as suivi le pire de cet Occident, en produisant comme lui des nationalismes et un modernisme qui est une caricature de modernité - je veux parler notamment de ce développement technologique sans cohérence avec leur archaïsme religieux qui fait de tes « élites » richissimes du Golfe seulement des victimes consentantes de la maladie mondiale qu'est le culte du dieu Argent.

Qu'as-tu d'admirable aujourd'hui, mon ami ? Qu'est-ce qui en toi reste digne de susciter le respect des autres peuples et civilisations de la Terre ? Où sont tes sages, et as-tu encore une sagesse à proposer au monde ? Où sont tes grands hommes ? Qui sont tes Mandela, qui sont tes Gandhi, qui sont tes Aung San Suu Kyi ? Où sont tes grands penseurs dont les livres devraient être lus dans le monde entier comme au temps où les mathématiciens et les philosophes arabes ou persans faisaient référence de l'Inde à l'Espagne ? En réalité, tu es devenu si faible derrière la certitude que tu affiches toujours au sujet de toi-même... Tu ne sais plus du tout qui tu es, ni où tu veux aller, et cela te rend aussi malheureux qu'agressif... Tu t'obstines à ne pas écouter ceux qui t'appellent à changer en te libérant enfin de la domination que tu as offerte à la religion sur la vie tout entière.

Tu as choisi de considérer que Mohammed était prophète et roi. Tu as choisi de définir l'islam comme religion politique, sociale, morale, devant régner comme un tyran aussi bien sur l'Etat que sur la vie civile, aussi bien dans la rue et dans la maison qu'à l'intérieur même de chaque conscience. Tu as choisi de croire et d'imposer que l'islam veut dire soumission alors que le Coran lui-même proclame qu'« il n'y a pas de contrainte en religion » (La ikraha fi Dîn). Tu as fait de son appel à la liberté l'empire de la contrainte ! Comment une civilisation peut-elle trahir à ce point son propre texte sacré ? Je dis qu'il est l'heure, dans la civilisation de l'islam, d'instituer cette liberté spirituelle - la plus sublime et difficile de toutes - à la place de toutes les lois inventées par des générations de théologiens !

De nombreuses voix que tu ne veux pas entendre s'élèvent aujourd'hui dans la Oumma pour dénoncer ce tabou d'une religion autoritaire et indiscutable... Au point que trop de croyants ont tellement intériorisé une culture de la soumission à la tradition et aux « maîtres de religion » (imams, muftis, chouyoukhs, etc.) qu'ils ne comprennent même pas qu'on leur parle de liberté spirituelle, ni qu'on leur parle de choix personnel vis-à-vis des « piliers » de l'islam. Tout cela constitue pour eux une « ligne rouge » si sacrée qu'ils n'osent pas donner à leur propre conscience le droit de la remettre en question ! Et il y a tant de familles où cette confusion entre spiritualité et servitude est incrustée dans les esprits dès le plus jeune âge et où l'éducation spirituelle est d'une telle pauvreté que tout ce qui concerne la religion reste quelque chose qui ne se discute pas !

Or, cela, de toute évidence, n'est pas imposé par le terrorisme de quelques troupes de fous fanatiques embarqués par l'« Etat islamique ». Non, ce problème-là est infiniment plus profond ! Mais qui veut l'entendre ? Silence là-dessus dans le monde musulman, et dans les médias occidentaux on n'écoute plus que tous ces spécialistes du terrorisme qui aggravent jour après jour la myopie générale ! Il ne faut donc pas que tu t'illusionnes, ô mon ami, en faisant croire que, quand on en aura fini avec le terrorisme islamiste, l'islam aura réglé ses problèmes ! Car tout ce que je viens d'évoquer - une religion tyrannique, dogmatique, littéraliste, formaliste, machiste, conservatrice, régressive - est trop souvent l'islam ordinaire, l'islam quotidien, qui souffre et fait souffrir trop de consciences, l'islam du passé dépassé, l'islam déformé par tous ceux qui l'instrumentalisent politiquement, l'islam qui finit encore et toujours par étouffer les Printemps arabes et la voix de toutes ses jeunesses qui demandent autre chose. Quand donc vas-tu faire enfin cette révolution qui dans les sociétés et les consciences fera rimer définitivement spiritualité et liberté ?

Bien sûr, dans ton immense territoire il y a des îlots de liberté spirituelle : des familles qui transmettent un islam de tolérance, de choix personnel, d'approfondissement spirituel ; des lieux où l'islam donne encore le meilleur de lui-même, une culture du partage, de l'honneur, de la recherche du savoir, et une spiritualité en quête de ce lieu sacré où l'être humain et la réalité ultime qu'on appelle Allâh se rencontrent. Il y a en terre d'Islam, et partout dans les communautés musulmanes du monde, des consciences fortes et libres. Mais elles restent condamnées à vivre leur liberté sans reconnaissance d'un véritable droit, à leurs risques et périls face au contrôle communautaire ou même parfois face à la police religieuse. Jamais pour l'instant le droit de dire « Je choisis mon islam », « J'ai mon propre rapport à l'islam » n'a été reconnu par l'« islam officiel » des dignitaires. Ceux-là, au contraire, s'acharnent à imposer que « la doctrine de l'islam est unique » et que « l'obéissance aux piliers de l'islam est la seule voie droite » (sirâtou-l-moustaqîm).

Ce refus du droit à la liberté vis-à-vis de la religion est l'une de ces racines du mal dont tu souffres, ô mon cher monde musulman, l'un de ces ventres obscurs où grandissent les monstres que tu fais bondir depuis quelques années au visage effrayé du monde entier. Car cette religion de fer impose à tes sociétés tout entières une violence insoutenable. Elle enferme toujours trop de tes filles et tous tes fils dans la cage d'un bien et d'un mal, d'un licite (halâl) et d'un illicite (harâm) que personne ne choisit mais que tout le monde subit. Elle emprisonne les volontés, elle conditionne les esprits, elle empêche ou entrave tout choix de vie personnel. Dans trop de tes contrées, tu associes encore la religion et la violence - contre les femmes, les « mauvais croyants », les minorités chrétiennes ou autres, les penseurs et les esprits libres, les rebelles - de sorte que cette religion et cette violence finissent par se confondre, chez les plus déséquilibrés et les plus fragiles de tes fils, dans la monstruosité du djihad !

Alors ne fais plus semblant de t'étonner, je t'en prie, que des démons tels que le soi-disant Etat islamique t'aient pris ton visage ! Les monstres et les démons ne volent que les visages qui sont déjà déformés par trop de grimaces ! Et si tu veux savoir comment ne plus enfanter de tels monstres, je vais te le dire. C'est simple et très difficile à la fois. Il faut que tu commences par réformer toute l'éducation que tu donnes à tes enfants, dans chacune de tes écoles, chacun de tes lieux de savoir et de pouvoir. Que tu les réformes pour les diriger selon des principes universels (même si tu n'es pas le seul à les transgresser ou à persister dans leur ignorance) : la liberté de conscience, la démocratie, la tolérance et le droit de cité pour toute la diversité des visions du monde et des croyances, l'égalité des sexes et l'émancipation des femmes de toute tutelle masculine, la réflexion et la culture critique du religieux dans les universités, la littérature, les médias. Tu ne peux plus reculer, tu ne peux plus faire moins que tout cela ! C'est le seul moyen pour toi de ne plus enfanter de tels monstres, et si tu ne le fais pas, tu seras bientôt dévasté par leur puissance de destruction.

Cher monde musulman... Je ne suis qu'un philosophe, et comme d'habitude certains diront que le philosophe est un hérétique. Je ne cherche pourtant qu'à faire resplendir à nouveau la lumière - c'est le nom que tu m'as donné qui me le commande, Abdennour, « Serviteur de la Lumière ». Je n'aurais pas été si sévère dans cette lettre si je ne croyais pas en toi. Comme on dit en français, « qui aime bien châtie bien ». Et, au contraire, tous ceux qui aujourd'hui ne sont pas assez sévères avec toi - qui veulent faire de toi une victime -, tous ceux-là en réalité ne te rendent pas service ! Je crois en toi, je crois en ta contribution à faire demain de notre planète un univers à la fois plus humain et plus spirituel ! Salâm, que la paix soit sur toi.

* Abdennour Bidar est philosophe, auteur de Self islam, histoire d'un islam personnel (Seuil, 2006), L'Islam sans soumission : pour un existentialisme musulman (Albin Michel, 2008), et d' Histoire de l'humanisme en Occident (Armand Colin, 2014).

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Plume Solidaire , écrivain public - dans Chronique des permanences
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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 19:06
Une miniature célèbre représentant Muhammad et les traits de son visage, extraite de l’ouvrage d’al-Bîrûnî, al-Âthâr al-bâqiya, Iran, XVIe siècle (Paris, BnF, Manuscrits orientaux, Arabe 1489, fol. 5v). Cette image est celle que l’éditeur Belin avait choisi de flouter dans l’un de ses manuels d’histoire destiné aux classes de 5e, en 2005

Une miniature célèbre représentant Muhammad et les traits de son visage, extraite de l’ouvrage d’al-Bîrûnî, al-Âthâr al-bâqiya, Iran, XVIe siècle (Paris, BnF, Manuscrits orientaux, Arabe 1489, fol. 5v). Cette image est celle que l’éditeur Belin avait choisi de flouter dans l’un de ses manuels d’histoire destiné aux classes de 5e, en 2005

Image de l'Institut Français du Proche-Orient

 

Dans son article Amères leçons d’un crime terroriste, Bruno Guigue met en lumière trois maillons principaux dans la chaînes des responsabilités des attentats du 7 janvier (lire l'article plus bas).

Dans le même sens, je me souviens qu'au cours de la dernière campagne pour l'élection présidentielle, seuls les candidats des petits partis avaient répondu à mon interpellation concernant l'enseignement de la lecture et de l'écriture du français aux immigrés et aux étrangers dans leur programme. Les grands partis m'avaient boudé.

L'illettrisme et les carences de l'organisation de la formation professionnelle en France, dont l'effarant gaspillage a été à relevé par Jacques Attali comme l'un des chantiers prioritaires des réformes de l'Etat, sont deux outils qui auraient dû, et devraient toujours être, privilégiés, comme outils indispensables pour une intégration sans heurt des étrangers salariés ou non.

On sait aujourd'hui qu'une proportion considérable de jeunes qui résident dans les banlieues est sans emploi*. Dans une récente enquête, j'ai lu que le taux ce chômage des salariés étrangers non européens est deux fois supérieurs (autour de 20%) en comparaison, à celui des français et des salariés qui sont ressortissants de l'Union Europénne. Et, si je connais comme tout un chacun quelques personnes, proches ou lointaines, blanches de couleur de peau, brunes, jaunes, noires ou vertes, qui s'échinent à mettre en oeuvre des stratégies de refus d'insertion ou de retour dans le monde de l'emploi salarié, force est de constater que la plupart, originaires de France, de Navarre et d'ailleurs, travaillent, ou souffrent de ne pas travailler assez ou pas du tout.

Sensibilisé à la politique de la ville pour en avoir exercé la mise en oeuvre dans mon domaine de compétence dans une ville emblématique par l'importance et le nombre des ethnies qui y sont installées, je prends note avec consternation, tant j'étais convaincu qu'elle n'était plus que l'ombre de ses ambitions initiales, d'un certain renouveau de l'intérêt pour les enjeux qu'elle représente depuis les évènements du 7 janvier. Si l'énorme chantier de rénovation des banlieues était une impérieuse nécessité, nos politiques semblent se rendre compte aujourd'hui, contrairement à un vieil adage en matière économique que "quand le bâtiment va, tout" ...ne va pas nécessairement bien. 

En particulier dans les secteurs d'activité où l'humain est prépondérant : éducation, religion, vie citoyenne, culture...

C'est que les territoires perdus de la République ne se limitent pas à la surface et aux immeubles rénovés au sein de leurs périmètre urbain. Les terres laissées en friche sont aussi de nature intellectuelles, artistiques, spirituelles, civiques, sociales...

L'abandon de la formation des professeurs des écoles, le dénigrement de la vie associative toujours suspectée de complaisance victimaire, l'affaiblissement des crédits alloués aux services publics, l'explosion du nombre des familles monoparentales, les irrégularités et l'insuffisance des revenus salariés qui sont les conséquences de la précarisation des emplois non qualifiés, font partie des facteurs qui ont conduit au détachement de ces quartiers des autres territoires de la république. 

La "mal-mondialisation", celle des réseaux sociaux, des sites Internet djihadistes, des chaînes de télévisions  à vocation religieuse diffusées par satellite, s'est chargée de les conquérir.

Même la nature humaine a horreur du vide.

* les chiffres lancés au cours des débats télévisés vont de 25 à 50% de taux de chômage des jeunes.

 

Plume Solidaire

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Source : omma.com

Amères leçons d’un crime terroriste

Par Bruno Guigue | le 13. janvier 2015 - 8:11

 

Car la criminalité terroriste de ces ex-délinquants n’est pas une délinquance au carré, mais l’expression dévastatrice d’une violence idéologique, celle qui voue les « kouffars » et autres « mécréants » à l’exécration des prétendus « vrais musulmans ».

 

Bruno Guigue

Normalien, énarque, aujourd'hui professeur de philosophie, auteur de plusieurs ouvrages, dont "Aux origines du conflit israélo-arabe, l'invisible remords de l'Occident (L'Harmattan, 2002)

(...)

Comme toute manifestation d’unanimisme, celle qui s’est déroulée le 11 janvier 2015,  toutefois, a son revers de la médaille. A son insu, elle a jeté un voile pudique sur de multiples non-dits. Passé le moment exaltant d’une communion quasi-universelle, on voit bien que le monde est tel qu’il était auparavant, qu’il n’a pas changé d’un iota. Des millions de manifestants ont exprimé avec dignité leur rejet de la terreur, mais ce n’est pas leur faire injure de dire que ce rejet ne résout rien. « Rien ne sera plus jamais comme avant », ont dit certains commentateurs optimistes. Il faut l’espérer, mais en est-on si sûr ?

Pour que rien ne fût comme avant, il faudrait d’abord tirer les leçons de l’événement,  en analyser les circonstances, identifier la chaîne des responsabilités qui y ont conduit. Or qu’en est-il ? Sans nul doute, la radicalisation d’un petit groupe d’individus se réclamant d’une idéologie sectaire et suicidaire est le premier chaînon de cette chaîne. Les trois auteurs des assassinats en assument la responsabilité personnelle, et aucune excuse absolutoire ne saurait les en dispenser. Coupables du crime commis, ils l’ont d’ailleurs payé de leur vie, ce qu’on peut évidemment regretter, tant il est vrai que vivants ils eussent contribué à faire la part des autres responsabilités.

Ces individus, loin d’être des « loups solitaires », n’ont pas agi seuls. Et surtout, ils n’ont pas conçu dans la solitude de leur repaire la nécessité politique d’une telle violence, ils n’ont pas inventé la justification idéologique nécessaire au passage à l’acte. Soldats perdus du jihad planétaire de seconde génération,  ils furent les exécutants d’une opération-suicide dont le modèle, sinon l’ordre, est venu d’en haut. Car la criminalité terroriste de ces ex-délinquants n’est pas une délinquance au carré, mais l’expression dévastatrice d’une violence idéologique, celle qui voue les « kouffars » et autres « mécréants » à l’exécration des prétendus « vrais musulmans ».

C’est pourquoi le deuxième chaînon de la chaîne des responsabilités qui ont mené au crime, c’est bien cette idéologie née au Moyen-Orient arabe à la fin du 18ème siècle, savamment distillée par les prédicateurs wahhabites, dont le jihadisme d’Al-Qaida et de « Daech » est l’ultime avatar. Radicalisée à l’extrême pour justifier le jihad global, cette doctrine morbide apporte à l’entreprise terroriste une caution prétendument religieuse. Elle nimbe abusivement de sacré une subversion violente des sociétés dont les coutumes n’ont pas la chance de correspondre à l’idée que les sectateurs du jihad se font de l’islam.

Si cette idéologie sectaire est l’affaire du monde musulman, il est clair que le monde musulman, dans son ensemble, n’en est pas responsable. Pourquoi le croyant de Tunis ou de Karachi, de Damas ou d’Aubervilliers devrait-il se battre la coulpe à propos d’une idéologie qui n’est pas la sienne ? C’est pourquoi la sommation faite aux musulmans, en tant que tels, de dénoncer le terrorisme jihadiste n’a pas de sens, même s’il est vrai que, le wahhabisme et ses rejetons faisant partie de l’islam, il appartient aux musulmans d’en combattre l’influence.

Problème du monde musulman, l’idéologie sectaire du jihad global ne cessera d’exercer ses méfaits que lorsqu’on lui aura appliqué une solution musulmane. Mais ce combat ne date pas d’hier. Adversaire résolu de la monarchie saoudienne dans les années 1960-70, le raïs égyptien Gamal Abdel Nasser a chèrement payé son désir de moderniser les sociétés arabo-musulmanes. Est-ce un hasard si les régimes nationalistes arabes égyptien, irakien et syrien, respectueux de l’islam mais non confessionnels, ont été systématiquement combattus par l’Occident allié à Israël, avec la complicité des pétromonarchies obscurantistes ? 

Pire encore : quelle est, aujourd’hui, la crédibilité de ces dirigeants occidentaux qui n’ont cessé, à la suite de l’administration américaine, de pactiser avec le diable ? Laurent Fabius n’a-t-il pas déclaré en décembre 2012 que le Front Al-Nosra faisait du « bon boulot » en Syrie ? (Voir « La farce tragique de l’Etat islamique »). C’est pourquoi le plus ahurissant, lors de la manifestation du 11 janvier, ce fut la feinte candeur des dirigeants français, comme si le crime revendiqué par Ahmed Coulibaly au nom de « Daech » n’avait aucun rapport avec les errements de la politique française au Proche-Orient.  

Et pourtant, la diabolisation insensée du régime de Damas, les livraisons d’armes à la rébellion, la complicité éhontée avec des pétromonarchies qui en sont les bailleurs de fonds notoires : autant d’aberrations qui ont exposé le peuple français à la vengeance sanguinaire des jihadistes. La France est passée en quelques jours, au cours de l’été 2014, des livraisons d’armes en faveur de la guérilla antigouvernementale en Syrie au bombardement aérien des groupes jihadistes en Irak : comment ces derniers n’auraient-ils pas été furieux de ce revirement incompréhensible ?

Naviguant à vue, influencé par des conseillers à l’incompétence crasse et des experts ayant perdu toute objectivité, François Hollande a mené en Syrie, à la suite de Nicolas Sarkozy, une politique interventionniste dont nous payons aujourd’hui la stupidité criminelle. Contraire aux intérêts de la France, cette prise de parti dans une guerre civile étrangère nous est revenue à la figure comme un boomerang. L’obstination maladive à vouloir abattre le régime syrien, par tous les moyens, a accouché d’un monstre, le prétendu « Etat islamique », qui est le rejeton abâtardi des politiques française, américaine, saoudienne et qatarie.

 Parce qu’ils prétendent combattre aujourd’hui à Paris des terroristes qu’ils soutenaient hier à Damas, les dirigeants de la France ont cru se refaire une virginité en se mêlant à la foule immense de ceux qui ont clamé, sur le pavé de nos villes, leur refus de la haine. Rivalisant en proclamations grandiloquentes, ils ont étalé leur autosatisfaction devant les caméras, comme si cette victoire massive du bon sens était la leur, le tout, comble du grotesque, en compagnie des tortionnaires de la Palestine. Peine perdue : dans la chaîne des responsabilités qui ont conduit au crime terroriste du 7 janvier, c’est hélas l’incroyable cynisme des dirigeants français qui constitue le troisième chaînon.

 

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Plume Solidaire , écrivain public - dans Chronique des permanences
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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 12:48

Chanter en dansant "je ne suis pas islamophobe ! je ne suis pas islamophobe !", en portant une pancarte qui proclame " Je suis musulman, je suis chrétien, je suis juif, je suis bouddhiste, je suis athée, je suis républicain, je suis français, je suis Charlie", revient à exprimer de beaux sentiments louables.

Mais le destin des voeux pieux, est de se perdre dans les sables.

L'unanimité des valeurs républicaines ne cache-t-elle pas aussi un sursaut identitaire ? 

Cette identité française est-elle profonde ou n'est-elle qu'un vernis, que de nouvelles actions mortifères feront vite craqueler ?

S'agit-il d'ouvrir les bras aux mondes arabes et sahéliens à partir de nos valeurs et de notre culture sans faire un pas dans leur direction ? N'est-ce pas nous aveugler pour nous retrouver déconcertés et déçus de les refermer sur le vide ?

N'est-ce pas encore tenir la posture assimilationniste qui consiste à nous appuyer sur notre identité française pour demander à l'Autre de s'adapter à notre belle civilisation ?

J'ai souvent observé la joie de mes interlocutrices et de mes interlocuteurs lorsque je demandais, à un malien par exemple s'il est originaire de Bamako, de la région de Mopti ou de Kayes. Je ne suis jamais allé à Bamako, à Mopti, à Kayes. Et je n'irai peut-être jamais voir Gao et Tombouctou. Mais mon peu d'intérêt pour la géographie physique, humaine et économique de l'Afrique et des pays du Maghreb dont proviennent la plupart des personnes que nous recevons, suffit pour établir une passerelle qui nous rapproche.

S'intéresser à l'islam d'aujourd'hui tel qu'il fut, tel qu'il est, et tel qu'il pourrait devenir sous le regard de musulmans éclairés, c'est déjà faire un petit pas vers une meilleure compréhension des mondes islamiques, et dans nos relations avec les musulmans dans notre pays.

Nous ne changerons pas les personnes que nous recevons, pas plus que les idéologies identitaires nationalistes françaises et étrangères, mais nous pouvons évoluer dans notre propre représentation de l'islam en nous initiant à ses visages les plus lumineux d'hier et d'aujourd'hui*.

Lire Le dictionnaire amoureux de l'Algérie, ou Sagesses d'islam de Malek Chebel; Les nouveaux penseurs de l'islam de Rachid Benzime, lire les livres de Gilles Kepel - qui avait tout compris avant que le pire n'advienne à nos portes -, et ceux d'Abdennour Bidar, lire les articles de Mohammed Taleb sur Le Monde.fr, les chroniques de Kamel Daoud (impact24.info) menacé de mort, les émissions sur France Culture d'Abdelwahab Medeb qui vient de nous quitter,  la poésie arabe de Khalil Gibran ( Plumeacide : Khalil Gibran - le Prophète)...

Nous français des champs, français des villes, avons tout à apprendre pour aimer les mondes arabes et africains musulmans, et partager nos découvertes avec ces étrangers que nous croisons tous les jours.

Français des cortèges de dimanche dernier, ne voyez-vous pas que les mondes musulmans ne défilaient pas à vos côtés ? Vous êtes-vous demandé pour quelles raisons ?

Car ce dont nous avons peut-être le plus besoin, nous français de souche mondialement connectés et épris de transversalité, de diversité et de mixité, c'est de nous montrer à nous-mêmes notre aptitude à entrer dans ces univers qui nous sont étrangers pour apprendre à les reconnaître, à défaut de pouvoir les connaître.

C'est aussi nous demander, au lieu de savoir ce que nous serions "en droit" d'attendre de nos amies et amies musulman(e)s pour vivre en harmonie les un(e)s avec les autres, comment lancer un pont sur l'écart qui sépare nos civilisations.

A c'est à ce prix (plancher), que nous nous extrairons du moralisme républicain, de notre ethnocentrisme, et de nos pathologies égotistes auxquels nous sommes déjà retournés. 

Le sursaut républicain sans le rebond citoyen de l'action qui s'unit à la pensée pour la matérialiser, n'est qu'un saut dans le vide.

4 millions de voix qui font la clameur publique, ne valent pas 4 millions de livres sur l'islam lus dans le silence de l'intimité avec soi.

 

 

Trois mots-clés pour comprendre le dialogue : 

- Mutazilisme : lmutazilisme, ou motazilisme, est une école de pensée théologique musulmane apparue au viiie siècle. Né en même temps que le sunnisme et le chiisme, mais indépendant d'eux, le mutazilisme disparait définitivement au xiiie siècle, essentiellement vaincu par le sunnisme.

La théologie mutazilite se développe sur la logique et le rationalisme, inspirés de la philosophie grecque et de la raison (logos), qu'elle cherche à combiner avec les doctrines islamiques, pour ainsi montrer une possible compatibilité.

Mohammed Iqba

- Averroès

Al-Ghazâlî

 

* cela me donne in petto l'idée enthousismante d'organiser un cycle de conférences sur l'islam

 

Plume Solidaire

Le Monde des religions

Source: lemondedesreligions.fr

L'acte de philosopher est une injonction coranique - Abdennour Bidar

DÉBAT

Pourquoi l'islam doit philosopher

publié le 17/07/2014

Philosophes spécialistes de la religion musulmane, Souleymane Bachir Diagne* et Abdennour Bidar** insistent sur la nécessité, pour l'islam, de se réapproprier l'exercice de la réflexion philosophique. Pour Le Monde des Religions, ils participent à un débat animé par Fabien Trécourt, capté en vidéo par Philosophies TV.

* Spécialiste de l'histoire des sciences et de la philosophie islamique, Souleymane Bachir Diagne est notamment l'auteur deComment philosopher en islam (ed. Philippe Rey, 2014).

** Philosophe et normalien, Abdennour Bidar est spécialiste des évolutions actuelles de l'islam et des m
utations de la vie spirituelle dans le monde contemporain. Il a notamment publié L'islam sans soumission : pour un existentialisme musulman(Albin Michel, 2008).

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Plume Solidaire , écrivain public - dans Chronique des permanences
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